Heidemarie Wieczorek-Zeul

Entretiens

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octobre 29, 2007

Heidemarie Wieczorek-Zeul

Ministre fédérale de la coopération économique et du développement

"Il faut être bien conscient que le monde regorge de différences fondées sur le sexe et qu’il faut des politiques volontaires et éclairées et suffisamment de ressources pour mettre fin aux discriminations fondées sur le sexe. Il ne suffit pas que l’égalité des droits soit inscrite dans les lois et les règlements." – Heidemarie Wieczorek-Zeul

iKNOW Politics: Vous êtes Ministre fédérale de la coopération économique et du développement depuis sept ans, et vous accomplissez actuellement votre troisième mandat à ce poste. En tant que femme à un poste aussi stratégique, en particulier en 2007, année où l’Allemagne a occupé la présidence de l’UE et du G8, pouvez-vous nous dire comment vous faites face aux attentes, à la charge de travail et à la pression que suppose votre fonction ? Le public s’attend-il à ce qu’une femme ministre ait des objectifs différents?

Ce qui me motive jour après jour, ce sont les résultats de notre travail. Le sourire d’un enfant est la meilleure récompense qu’on puisse imaginer et c’est ce qui m’encourage à continuer. Et, oui, on attend des femmes qu’elles prennent des mesures plus concrètes et plus en phase avec les besoins.

iKNOW Politics: Dernièrement, vous avez accueilli une conférence de haut niveau sur l’émancipation économique des femmes. Pourquoi pensez-vous qu’il est important de renforcer l’émancipation économique des femmes?

Je suis absolument convaincue que l’émancipation économique et les droits des femmes sont interdépendants et se renforcent mutuellement. Pourquoi ? Parce que les femmes ne détiennent que 1 % des richesses de la planète, qu’elles ne gagnent que 10 % des revenus distribués dans le monde et qu’elles sont donc loin d’être les égales des hommes qui détiennent 99 % des richesses et reçoivent 90 % des revenus. Le gouffre ne pourrait pas être plus grand. Tant que les femmes ne seront pas indépendantes sur le plan économique, leur liberté d’expression sera restreinte, elles ne pourront pas prendre des décisions de manière indépendante, ni s’assumer pleinement ou assumer pleinement leurs enfants. Il s’agit là des droits fondamentaux de la personne humaine.

L’émancipation économique des femmes n’est pas simplement une mode ou une formule toute faite, il s’agit de permettre aux femmes d’être sur un pied d’égalité avec leur mari, en ce qui concerne les décisions les concernant elles et leur famille. Qui plus est, l’émancipation économique et politique des femmes ne concerne pas que les femmes, c’est un élément central du développement. Quand on limite les perspectives économiques qui s’offrent aux femmes, on nuit à leur développement concret, ce qui ralentit la réduction de la pauvreté et perpétue d’autant les violations des droits de l’homme que l’on peut observer. Nous devons agir, créer de nouveaux partenariats et intégrer fermement l’émancipation économique et politique des femmes dans les programmes nationaux et internationaux de développement et autres plans d’action !

C’est pour cette raison que je me suis associée avec des collègues du Danemark, de Norvège, du département CAD de l’OCDE, du Royaume-Uni et de la Banque mondiale, pour organiser la conférence de haut-niveau sur l’émancipation économique des femmes à Berlin, en février 2007 et que je tiens tellement à mon rôle de promoteur du Gender Action Plan (Plan d’action pour les femmes) de la Banque mondiale. Les partenariats autour de l’émancipation économique des femmes se développent et prennent de l’ampleur, à nous maintenant de savoir utiliser cette dynamique.

iKNOW Politics: Voyez-vous des obstacles politiques à surmonter pour que les femmes puissent s’émanciper sur le plan économique?

Il faut être bien conscient que le monde regorge de différences fondées sur le sexe et qu’il faut des politiques volontaires et éclairées et suffisamment de ressources pour mettre fin aux discriminations fondées sur le sexe. Il ne suffit pas que l’égalité des droits soit inscrite dans les lois et les règlements. Encore faut-il que les femmes puissent exercer l’intégralité des droits qui coulent de source pour les hommes : droit à la propriété foncière, à l’éduction, à l’héritage et droit de signer des contrats. Comme notre Chancelière l’a dit à juste titre en février lorsqu’elle a ouvert la conférence sur l’émancipation économique des femmes, le respect de l’égalité des sexes n’est pas une question qui concerne les femmes, mais une obligation de la société qui exige également une remise en cause des rôles et de la domination exercés par les hommes. Or, ce n’est pas toujours évident, ni dans nos relations personnelles, ni dans notre vie économique et politique. Pourtant, si nous ne remplissons pas notre devoir vis-à-vis des femmes et des filles et fillettes, c’est un manquement à notre mandat et à nos obligations politiques.

iKNOW Politics: Vous-même, que faites-vous pour aider et encourager les femmes et les filles à participer à la vie politique?

Très jeune, j’ai commencé à me battre au sein de mon parti, le Parti social-démocrate allemand, pour obtenir un système de quotas dans les organes de décision et, avec d’autres femmes, nous avons réussi à instaurer ce système. En effet, ce n’est que si les femmes participent aux décisions que tous leurs arguments et intérêts peuvent être pris en compte dans les décisions en question. Aujourd’hui, le bien-fondé du système de quotas est évident : les femmes ont réussi à accéder à des fonctions de responsabilité dans la vie politique, ce qui profite à l’ensemble du monde politique. Par ailleurs, je tiens particulièrement à soutenir les réseaux de femmes, non seulement en Allemagne, mais aussi dans les pays en développement avec lesquels nous travaillons.

iKNOW Politics: Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui exercent des responsabilités politiques ou qui aspirent à exercer de telles responsabilités pour réussir leur carrière?

Je leur conseillerais de penser par elles-mêmes et d’avoir le courage de leurs convictions !

 

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