Lena Hjelm-Wallén

Entretiens

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août 29, 2007

Lena Hjelm-Wallén

ancienne Vice-Premier Ministre de Suède

A l’âge de 25 ans, Mme Hjelm-Wallén a été élue au Parlement suédois. Entrée au gouvernement cinq ans plus tard, elle était la plus jeune parlementaire de tous les temps à devenir ministre. Durant les vingt années qu’elle a passées au gouvernement suédois, elle a été Ministre de l’éducation et des affaires culturelles, Vice-Premier ministre, Ministre des affaires étrangères et Ministre responsable de la coopération internationale au développement. Aujourd’hui, entre autres responsabilités, elle préside le Conseil d’administration de l’organisation International IDEA.

iKNOW Politics: Mme Hjelm-Wallén, pouvez-vous nous exposer brièvement votre parcours?

J’ai grandi dans une petite ville de Suède et j’ai été la première de ma famille à obtenir un diplôme d’enseignement secondaire. Après avoir fait mes études à l’Université d’Uppsala, j’ai enseigné pendant trois ans. Je faisais partie de l’antenne locale du Parti social-démocrate et des jeunes sociaux-démocrates, mais je n’étais pas encore très engagée. En 1968 - j’avais alors 25 ans, mon parti m’a demandé de me présenter aux élections législatives ce qui m’a beaucoup étonnée. J’ai été inscrite en troisième position sur la liste du parti, qui a obtenu six sièges dans mon département, et j’ai donc été élue au Parlement.

iKNOW Politics: Vous seriez-vous présentée aux élections si on ne vous l’avait pas demandé?

Non, je ne crois pas, pas à ce moment-là. Peut-être que si j’avais continué la politique locale, j’aurais été tentée de viser d’autres responsabilités. Il y avait cinq ans que j’étais au Parlement, le Premier ministre de l’époque, Olof Palme m’a demandé d’entrer au gouvernement comme Ministre de l’éducation. La première fois, j’ai refusé. Il me semblait que j’étais encore trop jeune et j’avais une petite fille de cinq ans. Mais Olof Palme n’a cessé de revenir à la charge pendant trois mois et j’ai fini par accepter. Cependant, avant d’accepter, j’en ai discuté longuement avec ma famille. Il faut comprendre qu’il s’agit d’une fonction extrêmement difficile et que l’appui de la famille est crucial pour réussir.

iKNOW Politics: En Suède aujourd’hui, nous avons 47 % de femmes au Parlement, mais ce n’était pas le cas en 1969, quand vous êtes devenue parlementaire. A l’époque, il n’y avait que 16 % de femmes. Est-ce que le fait d’être une femme a joué sur votre façon d’agir?

Oui, c’est certain, la composition du parlement est très différente de ce qu’elle était quand j’ai commencé, mais c’est surtout le fait que j’étais jeune qui était nouveau. Le parti avait besoin d’expérimentation et de renouveau à ce moment-là. Le fait que je sois une femme n’était qu’un atout supplémentaire. Il a été convenu au sein du parti que sur les six sièges que nous avions remportés dans mon département, il devait y avoir au moins une femme. Cette idée venait en grande partie de la direction du parti. Le Premier ministre Olof Palme et son successeur, Ingvar Carlsson, étaient très attentifs au fait qu’ils devaient veiller à une composition plus égale du parti. Je sais que la femme d’Olof Palme, Lisbeth Palme, s’est beaucoup battue pour l’égalité, et grâce à ce combat, en 1974, nous avons été cinq femmes à nous voir confier des portefeuilles ministériels, sur un gouvernement de 20 membres. A la fin des années 70, la direction du parti a estimé que l’égalité hommes-femmes devait être une norme et il a été recommandé aux antennes locales du parti de désigner des femmes dans une optique paritaire de l’ordre de 40 % pour 60 % d’hommes, mais cela n’a jamais été une obligation statutaire.

iKNOW Politics: Quels changements concrets avez-vous opéré en faveur des femmes durant votre mandat et quel a été votre succès le plus important quand vous étiez au gouvernement?

Durant mon mandat parlementaire, le dossier le plus important était le processus de réforme de la fiscalité et du système de sécurité sociale. Nous avons réussi à faire en sorte que mari et femme soient considérés comme des individus jouissant des mêmes droits et responsabilités économiques au sein de la famille. Cela a servi de base en matière d’égalité. Ensuite, quand j’étais Ministre de l’éducation, la réforme la plus importante pour les femmes a été celle du fonctionnement interne de l’école. Avant la réforme, les enfants avaient souvent du temps libre en milieu de journée et il fallait rester à la maison pour s’occuper d’eux durant cette période. Le fait de considérer la journée d’école comme une journée de travail normale a permis aux deux parents de travailler à plein temps. La décision de servir des repas dans les écoles a aussi été très importante à cet égard, mais cette pratique existait déjà avant mon arrivée au gouvernement.

En tant que Ministre de l’éducation, j’ai aussi introduit dans le programme scolaire les questions d’égalité des sexes. Je n’ai pas eu besoin de créer un programme entièrement nouveau, mais j’ai dû m’assurer que ce que l’on enseignait aux enfants était mieux appliqué. Puis, en tant que Ministre de la coopération internationale au développement, dans les années 80, je suis partie du constat qu’en aidant les femmes on investissait dans l’avenir car cela signifiait souvent que c’était toute la famille qui en profitait. A ce titre, les microcrédits de la Grameen Bank sont un bon exemple. Ces réformes politiques auraient bien évidemment pu être menées par un homme, mais je crois qu’elles étaient plus naturelles pour moi, parce que je suis une femme. Et plus important encore, être ministre, c’est être un modèle pour les autres. Je crois que cela a beaucoup aidé les gens de voir qu’une femme relativement ordinaire pouvait être ministre et avoir une famille.

iKNOW Politics: Comment travaillez-vous aujourd’hui et que faites-vous pour faire évoluer la société et continuer à faire avancer la cause des femmes maintenant que vous n’êtes plus une représentante officielle de l’Etat?

Après mon activité politique, ou plus exactement, ministérielle, j’ai intégré le monde des ONG. En tant que présidente de la Commission suédoise pour l’Afghanistan et du Centre international Olof Palme, je défends les droits fondamentaux des femmes à travers une quantité de petits projets. La Commission pour l’Afghanistan s’est toujours occupée des questions de santé et d’éducation, en particulier pour les femmes. Aujourd’hui en Suède, les femmes n’ont plus vraiment besoin de prouver qu’elles sont les égales des hommes, mais c’est encore le cas dans bon nombre d’autres pays de par le monde. C’est une étape incontournable pour toutes les femmes. L’égalité des sexes ne se fait pas d’un seul coup, mais au contraire petit à petit. Mon expérience est qu’il n’est pas impossible d’influencer les hauts dirigeants d’un parti politique, mais le fait d’obtenir une égalité des sexes plus normale dans l’élite politique n’est pas suffisant. ll faut aussi s’assurer que ces changements se répercutent au niveau local où l’orthodoxie progressiste n’est pas aussi répandue. Par rapport à mon pays où les inégalités entre les hommes et les femmes n’étaient pas si grandes, le chemin sera plus long dans les pays en développement parce que la pauvreté elle-même est une source d’inégalité.

iKNOW Politics: Vous considérez-vous comme quelqu’un qui milite délibérément pour les droits des femmes, ou est-ce que cela fait tout simplement parti de votre travail?

Au fil du temps, c’est devenu un aspect de mon travail. Cependant, je réalise de plus en plus l’importance d’agir directement pour promouvoir l’égalité des sexes. Lorsque j’ai commencé, j’ai essayé d’intégrer l’égalité, au sens de l’égalité pour tous de manière naturelle. Mais il faut travailler directement auprès des femmes pour parvenir à une égalité des sexes.

iKNOW Politics: A présent parlons d’un évènement relativement récent. Vous avez dirigé la commission électorale chargée d’élire le nouveau dirigeant du plus grand parti suédois, les sociaux-démocrates, et c’est Mona Sahlin qui est sortie vainqueur, devenant ainsi la première femme à ce poste. Y avait-il une volonté de choisir une femme?

Le processus de sélection des candidats à l’élection du chef du parti est quelque chose dont je suis très fière. Lorsque nous avons entamé la procédure, nous avons décidé, pour la première fois, de demander directement aux militants quel type de qualités ils attendaient du nouveau dirigeant du parti. Ils se sont réunis dans les différents districts et il est ressorti des débats qu’ils voulaient une personne qui sache les écouter et dialoguer avec eux. Il était manifeste également qu’ils voulaient du changement et qu’après 117 ans où le parti avait toujours été dirigé par des hommes, ils voulaient une femme. Le système suédois des partis politiques à mûri au fil des ans et l’on voit désormais beaucoup de femmes à des postes élevés dans la hiérarchie des partis. Nous avions cinq femmes très compétentes susceptibles de faire un bon chef de parti, de sorte qu’il aurait été dommage que ce ne soit pas une femme qui soit élue. Mais bien sûr, nous ne pouvions pas écarter les hommes de la présélection. Au bout du compte, c’est le parti qui a élu une femme.

iKNOW Politics: Quel conseil donneriez-vous aux autres femmes qui exercent des responsabilités politiques ou aspirent à de telles responsabilité pour réussir leur carrière ? Et comme vous l’avez dit précédemment, il y a plus de femmes qui se font concurrence entre elles. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Il ne faut pas que les femmes aient peur de la concurrence, ni entre elles, ni avec les hommes. Au début de ma carrière, les femmes constituaient peu de réseaux. Nous étions cinq femmes au gouvernement, mais nous ne nous sommes jamais réunies sans les hommes. Aujourd’hui, la situation est très différente et il est tout à fait normal que les femmes se réunissent entre elles, et même sans distinction de parti. Lorsque j’étais Ministre des affaires étrangères, j’ai été ravie de l’invitation de Madeleine Albright à créer un groupe de femmes ministres des affaires étrangères.

Je crois qu’il est important de chercher du renfort auprès des autres ! Lorsque vous faites de la politique, il est très important d’avoir autour de vous un groupe auquel vous faites confiance et qui peut vous aider à vous concentrer sur l’essentiel quand les médias commencent à vous attaquer sur votre personnalité ou sur votre vie privée. A cet égard, je crois que c’est encore plus difficile pour les femmes que pour les hommes. Aussi, voici ce que je conseillerais aux femmes qui ont des responsabilités politiques ou aspirent à en avoir:1) constituez des réseaux avec d’autres femmes, c’est très importante; 2) entourez-vous de personnes valables et compétentes qui vous épaulerons et vous aideront à tenir le cap; 3) ne négligez pas l’importance des connaissances, la vision et l’ambition ne suffisent pas, on attendra de vous que vous puissiez répondre à tout, y compris sur des détails pratiques. Il en va de la politique comme de l’école: il faut faire ses devoirs ! Il faut avoir, et une vision, et des connaissances.

Cette interview a été réalisée par Camilla Hansson, assistante de recherche, International IDEA, et Rita Taphorn, agente de programme, International IDEA.

 

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