Partis politiques

Le lobby des femmes: Comment réconcilier féminisme et politique ?

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mar, 2011-03-29 00:38

Résumé: 

"Réveillons-nous !". C’était le slogan qui animait le Laboratoire de l’Egalité né en décembre 2009 pour mettre en avant la question du sort des femmes dans la réforme des retraites. Ni association féministe militante, ni mouvement directement affilié à un parti politique, le Laboratoire de l’Egalité s’est d’abord affirmé comme une "plateforme d’échanges" réunissant divers experts sur le thème de l’égalité hommes-femmes.

Au niveau européen on trouve le LEF qui représente 2500 associations de femmes en Europe, et porte leurs revendications et priorités. Ces formes d’associations apparaissent comme une transition dans le paysage féministe : revendiquant une volonté politique d’application du droit des femmes, ses membres usent aussi de leur expertise pour peser dans le débat, que ce soit au niveau national ou international, sans pour autant valoriser une action militante, de terrain. Une bonne alternative pour unir les féministes ?

Corps: 

Pour plus d'informations, veuillez visiter le Lobby Européen des Femmes.  


Réponse récapitulative sur l'incidence de analphabétisme sur la participation des jeunes filles à la vie politique

Les femmes, et notamment les jeunes femmes, se retrouvent souvent simples spectatrices, et non actrices, des processus électoraux et de la prise décisions. Parmi les nombreux facteurs en jeu, le manque d'éducation est l'une des principales entraves à la participation des jeunes femmes à la vie politique. L'analphabétisme touche les femmes de façon disproportionnée dans le monde entier, mais surtout en Afrique et en Asie, où les filles en particulier rencontrent d'énormes difficultés pour acquérir des rudiments de lecture et d'écriture.

Cette réponse récapitulative examinera d'abord l'incidence de l'analphabétisme et du manque d'éducation sur la participation des jeunes femmes à la vie politique. Elle se penchera ensuite sur la meilleure manière d'aborder le problème en passant en revue les stratégies, politiques et programmes spéciaux mis en place dans le monde pour lutter contre l'analphabétisme et aider les jeunes filles et les jeunes femmes à s'engager en politique

Algérie: Le président du MSP appelle les femmes à une participation plus accrue à la vie politique

Soumis par iKNOW Politics le Mer Ven, 2010-05-28 01:39

Résumé: 

La participation de la femme à la vie politique doit être "plus soutenue", a estimé, samedi à Tébessa, le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Bouguerra Soltani. Au cours d'une conférence de wilaya des militantes de ce parti politique, M. Soltani a rappelé que l'Etat "a ouvert largement les portes aux femmes pour qu'elles s'intègrent dans la vie sociale et politique et s'impliquent davantage, en exploitant leur savoir-faire, leurs idées et leurs connaissances, dans le processus de développement".

Corps: 

Pour plus d'informations, veuillez visiter le site web de Agence Centrafrique Presse.


GB: Diane Abbott, une candidate noire à la présidence du Labour

Soumis par iKNOW Politics le Mer Ven, 2010-05-21 01:07

Résumé: 

Une femme noire a, pour la première fois dans l'histoire de la vie politique britannique, fait acte de candidature à la présidence du parti travailliste.

Agée d'une cinquantaine d'années, Diane Abbott fut en 1987 la première femme et la première noire à être élue aux Communes. Diplômée de Cambridge, ancienne journaliste à la télévision, elle a estimé que le Labour "ne pouvait pas aller de l'avant avec une direction privée totalement de femmes".

Corps: 

Pour plus d'informations, veuillez visiter le site web de Nouvelobs.


Sénégal: La loi sur la parité relève d’une question de démocratie, selon Aminata Mbengue Ndiaye

Soumis par iKNOW Politics le Mer Thu, 2010-05-20 01:28

Résumé: 

La responsable des femmes du Parti socialiste (PS, opposition), Aminata Mbengue Ndiaye, a précisé mercredi à Dakar que la loi sur la parité absolue homme-femme relève d’une question de démocratie, affirmant qu’elle est ‘’politique’’ et n’a pas de portée sociale.

‘’La loi est politique et pas sociale, c’est une question de démocratie. Il n’est pas question que les femmes qui animent les partis politiques soient laissées en rade’’, a-t-elle dit Aminata Mbengue Ndiaye.

Corps: 

Pour plus d'informations, veuillez visiter le site web de APS.


Entretien avec Mme Janet Mikhael, Maire de Ramallah

Soumis par iKNOW Politics le Mer Lun, 2010-05-17 05:00

Résumé: 

"Les femmes savent très bien comment administrer une ville, garantir son développement et sa propreté et améliorer la vie des femmes, des enfants et des familles en créant des centres culturels, des parcs et des projets sociaux."

Corps: 

Janet MichaeliKNOW Politics: Mme Janet Mikhael, vous êtes la première femme maire des Territoires palestiniens occupés. A quels défis vous êtes-vous trouvée confrontée en tant que femme occupant une position de pouvoir? Comment votre formation et votre expérience passée vous ont-elles aidée?

Janet Mikhael: Permettez-moi tout d’abord de remercier iKNOW Politics de s’intéresser aux femmes palestiniennes. En fait, les femmes palestiniennes ont fait des progrès considérables pour ce qui est de l’accès à des postes à responsabilités et ont commencé à collaborer fructueusement avec les hommes en se chargeant de tous les dossiers en cours et en prouvant leurs compétences.

Cela n’a pas été facile pour moi de devenir la première femme maire d’une grande ville comme Ramallah. Toutefois, Ramallah est une ville libérale d’esprit ouvert habitée par des citoyens ayant un degré d’instruction élevé, ce qui m’a aidée à accéder à ce poste. J’étais aussi le proviseur d’un grand lycée et mes contacts avec les parents et les citoyens m’ont beaucoup aidée à développer mes capacités de dirigeante du conseil municipal.

J’ai été confrontée à un grand nombre de difficultés, parmi lesquelles:

- de très fortes pressions pour que j’abandonne le siège de maire ou le partage avec d’autres partis, ce que j’ai refusé par respect pour les électeurs ;

- des intimidations et des menaces ;

- des traditions qui dévaluent le rôle joué par les femmes dans la société et les considèrent comme inaptes à occuper des fonctions publiques. Seul un petit groupe de gens, dont j’ai ignoré les tentatives car j’étais confiante et ambitieuse, a adopté cette attitude;

- l’occupation israélienne, qui limite notre capacité à mettre notre politique en œuvre;

- l’instabilité politique, problématique, mais en cours de résolution à l’heure actuelle;

- le conseil municipal était mal organisé et son personnel ne réussissait pas à s’adapter aux exigences d’une ville en expansion rapide. La restructuration, la formation du personnel et le recrutement de nouveaux collaborateurs qualifiés, couplés à notre engagement social, aux visites sur le terrain, à la communication avec les citoyens, aux consultations et ateliers permanents, ont permis de relever ces défis. C’est aussi grâce à ma détermination, ma confiance, ma persévérance, ma foi et ma passion pour mon travail que j’ai réussi à surmonter certains obstacles, mais d’autres se dessinent déjà.

Je me suis présentée aux élections parce que j’aimais ma ville et que je voulais l’améliorer et que mes parents, mes amis et mes collègues m’y ont encouragée. Les élections de 2005 ont marqué un tournant et suscité beaucoup d’enthousiasme car, pour la première fois depuis 30 ans, elles avaient lieu sous la responsabilité de l’Autorité nationale palestinienne. Ces élections, démocratiques, ont toutefois été le théâtre d’un fort affrontement entre les blocs. J’ai beaucoup bénéficié au cours de ces élections de l’expérience que j’avais acquise en tant que proviseur d’un grand lycée, ainsi que de mes vastes connaissances.

iKNOW Politics: A votre avis, quelles sont les choses que les femmes candidates doivent savoir? Quel conseil donneriez-vous aux femmes candidates se présentant avec des ressources limitées dans des sociétés dominées par les hommes?

Janet Mikhael: une femme candidate doit avoir pleinement conscience des tâches qui l’attendent. Il faut qu’elle suive une formation, qu’elle étudie toute la législation et la réglementation pertinentes et ait confiance en elle-même. Il faut aussi qu’elle traite tout un chacun de façon équitable et respectueuse de la loi et affiche ouvertement son respect pour les coutumes et la tradition. Toutefois, il faut aussi qu’elle prouve qui elle est et sache faire fi des rumeurs, tout particulièrement les rumeurs de dénigrement. Je suis certaine que les femmes ne peuvent s’imposer que si elles font dans le domaine juridique un travail exigeant aussi des efforts et des sacrifices.

iKNOW Politics: Auriez-vous la gentillesse de décrire à nos lecteurs un changement particulier en faveur des femmes que vous êtes fière d’avoir instauré en tant que maire de Ramallah et dont l’influence continue à se faire sentir?

Janet Mikhael:  Les femmes palestiniennes ont triomphé à l’échelon local du pouvoir, ce qui constitue le changement le plus fondamental à mon sens. Je suis fière d’être une femme palestinienne qui a rompu certaines traditions et été élue maire du conseil municipal le plus important de Palestine. J’espère que davantage de femmes seront élues aux conseils municipaux des grandes villes de Palestine, car les femmes palestiniennes sont tout à fait aptes à occuper des postes à responsabilités.

Je suis très fière du plan et des projets stratégiques instaurés pour améliorer la ville. Nous avons notamment remis en cause l’ancienne formule du conseil municipal, perçu comme un prestataire de services destinés aux citoyens. Aujourd’hui, les conseils municipaux offrent, outre une palette de services culturels, une contribution locale et internationale qui a fait la réputation internationale de Ramallah et transformé la ville, déjà connue pour son statut politique, en un centre culturel respecté.

iKNOW Politics: Vous avez été la première femme à occuper le poste de maire. Quelle importance revêt la présence d’une femme à ce poste à responsabilités ? Pensez-vous que votre condition de femme ait apporté une dimension nouvelle à cette fonction?

Janet Mikhael: Il est extrêmement important qu’une femme occupe le siège de maire pour plusieurs raisons:

Tout d’abord, cette position met en relief l’importance de la femme palestinienne et rend hommage à sa longue lutte aux côtés des hommes pendant la crise palestinienne. Les femmes palestiniennes ont des fils, des frères et des maris martyrs et prisonniers politiques. Lorsque les hommes sont loin, prisonniers ou martyrs, ce sont les femmes qui prennent en charge le domaine politique et la société.

Ensuite, mon élection a rompu les traditions en matière d’administration locale. Les femmes savent très bien comment administrer une ville, garantir son développement et sa propreté et améliorer la vie des femmes, des enfants et des familles en créant des centres culturels, des parcs et des projets sociaux. Je pense que la priorité donnée aux projets en faveur de l’environnement et de l’amélioration de la qualité de vie ont donné une dimension nouvelle à la ville.

iKNOW Politics: Pensez-vous que la participation à un réseau mondial tel qu’iKNOW Politics pourrait aider les femmes dirigeantes à réussir et à mobiliser leurs partisans autour de questions d’intérêt commun?

Janet Mikhael: En fait, appartenir à un réseau et communiquer son expérience à d’autres femmes contribue à la diffusion des connaissances. Quel que soit son degré d’instruction, on bénéficie toujours de l’expérience des autres. Par exemple, je pensais autrefois que les femmes européennes étaient probablement plus fortes et plus actives. Mon expérience m’a toutefois révélé que nous avons des intérêts communs et qu’elles ne sont pas plus fortes ni plus expérimentées. Nous les femmes palestiniennes, nous sommes très actives et nous pouvons aussi bien bénéficier de l’expérience d’autres femmes vivant ailleurs dans le monde que mettre la nôtre à leur service. Les femmes palestiniennes sont très actives et ont autant d’expérience que moi, voire davantage.

iKNOW Politics

Si vous aviez un conseil à donner aux membres d’iKNOW Politics, à savoir à des femmes candidates et dirigeantes, quel serait-il?

Janet Mikhael: Avoir confiance, se fier à ses connaissances, agir avec intégrité, traiter tout le monde avec équité et transparence et respecter les divergences d’opinion.


Femmes en Politiques 2010 (affiche)

Cette affiche de l’Union Interparlementaire indique le nombre de femme en politique à travers le monde à la date de janvier 2010. L’affiche fournit des informations relatives au nombre de femmes aux plus hautes fonctions de l’Etat, dans les ministères et parlements à travers le monde.

Entretien avec Nilcéa Freire, Ministre du Secrétariat spécial pour la promotion de la femme (SPM) du Brésil

Soumis par iKNOW Politics le Mer Dim, 2010-02-21 19:29

Résumé: 

“Les partis, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont le reflet de la société. Les hommes font preuve de machisme aussi dans les partis, ils ont beaucoup de mal à faire de la place. Il existe aujourd'hui une forte concurrence entre eux et ils ne souhaitent pas qu'elle s'étende aux femmes. C'est la raison pour laquelle le changement dépend davantage de l'engagement des femmes. De plus en plus de femmes sont conscientes du fait qu'il n'est pas possible d'arriver au pouvoir sans partis, ce qui contribue à créer au sein des partis une masse critique de femmes susceptible de porter à leur transformation”.

Corps: 

iKNOW Politics: Merci beaucoup, Madame la Ministre, de nous recevoir. Je voudrais commencer par vous demander de nous parler de votre trajectoire politique. Comment a-t-elle débuté? Quelle en a été l'inspiration? Le fait que vous soyez une femme a-t-il constitué un obstacle particulier? Nilcea Freire

Nilcéa Freire: Je fais de la politique depuis que je suis toute jeune. J'ai commencé à l'université, dans le mouvement étudiant. Je militais au Parti communiste du Brésil. C'était l'époque de la dictature militaire et nous étions dans la clandestinité. J'ai fui au Mexique (1975-1977), où j'ai poursuivi des études, que j'ai toutefois interrompues dès mon retour au Brésil. Cela fait très longtemps que l'activité politique fait partie de ma vie, en parallèle de mon activité professionnelle. Je suis médecin de formation et professeur à l'université. Après quelques années de travail, j'ai été choisie pour occuper le poste de Recteur de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro (2000-2003). A la fin de mon mandat de recteur de l'université, je suis entrée au ministère à l'invitation du Président Luiz Inácio Lula da Silva (2004).

Mon engagement politique s'est exprimé sous la forme du militantisme dans un parti, je n'ai jamais été candidate. J'appartiens depuis 1989 au Parti des travailleurs (PT). Je crois que nous avons toutes la sensation que nos choix nous font subir un certain isolement, que nous n'avons personne avec qui les partager. C'est particulièrement le cas lorsque l'environnement dans lequel on se trouve est majoritairement masculin, ce qui est mon cas depuis que je suis étudiante. Dans le mouvement estudiantin, la direction de mon parti était en majorité masculine, nous étions tout juste deux femmes. C'est le cas à gauche comme à droite et cette caractéristique culturelle machiste existe dans tous les partis. A l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro, où j'ai travaillé toute ma vie, l'environnement est plus progressiste et ces questions ne se posent pas de façon explicite, mais elles existent tout de même sur un plan plus subtil. Quand on m'a confié les fonctions de recteur, les hommes aussi étaient favorables à ce choix. Toutefois, quand j'ai pris mes fonctions, mes collègues ont eu du mal à savoir comment se battre et se mettre en contact avec moi dans ce nouveau cas de figure. Sur le plan hiérarchique, je me trouvais au-dessus d'eux, ce qui a créé de fortes attentes avant que tout le monde ne s'habitue.

Le mythe veut que nous, les femmes, nous soyons très fragiles émotionnellement, que nous puissions perdre le contrôle à tout moment. C'est l'image qu'on avait de moi avant de se rendre compte qu'il n'en était rien, que je ne correspondais pas aux stéréotypes. Le plus important, toutefois, est le fait que les femmes souffrent d'une forte surcharge de travail. J'ai accompli tout mon parcours avec deux enfants petits, dont je m'occupais presque seule. J'appartiens à la classe moyenne brésilienne, ce qui signifie que j'ai pu m'offrir les services d'une domestique rémunérée pour m'aider, mais il n'en reste pas moins que c'était difficile de laisser les enfants petits pour aller faire de la politique et mener des activités professionnelles.

Beaucoup de femmes n'y arrivent pas: elles n'ont personne à qui laisser les enfants, personne avec qui partager les tâches du quotidien. C'est un obstacle important, parce que le mythe veut aussi que les femmes n'aiment pas la politique. Personne ne leur, ne nous, demande pourquoi nous en sommes absentes. Il y a longtemps déjà, on a demandé à une femme syndicaliste: "Pourquoi n'es-tu pas à la direction du syndicat? Tu as des idées excellentes, pourquoi ne t'es-tu pas présentée à la direction du syndicat?” Et elle a répondu: “Pourquoi? Quand mon mari sort de l'usine et va au syndicat, personne ne lui demande des comptes et il ne m'a jamais demandé si j'aimerais qu'il rentre à la maison un soir par semaine pour s'occuper des enfants et préparer le repas, pendant que je vais moi au syndicat à la sortie de l'usine. Je sors de l'usine et je rentre à la maison m'occuper des enfants et préparer le repas, je n'ai pas le temps de devenir dirigeante syndicale”.

iKNOW Politics: "Vous qui occupez désormais des fonctions haut placées au sein du ministère chargé de la condition de la femme, quelles sont selon vous les possibilités d'un réel changement politique?

Nilcéa Freire: Occuper un poste comme celui-ci constitue une occasion unique. Nous les femmes, nous ne devons jamais oublier ce que cela nous a coûté d'arriver jusque là. Au Secrétariat spécial de la promotion de la femme (SPM), nous étudions la reformulation de la législation électorale brésilienne concernant les quotas de femmes. Au Brésil, la loi sur les quotas exige des partis qu'ils réservent au moins 30% des places sur leurs listes aux femmes. Toutefois, si un parti ne respecte pas ce chiffre, il ne s'expose à aucune sanction. Si le parti déclare: “Nous n'arrivons pas aux 30% de femmes”, il ne se passe rien. Les retombées de cette loi sont donc très limitées. Nous sommes en train d'évaluer ce qu'il serait possible de faire pour faire évoluer la situation. Au Brésil, le scrutin est nominal, ce qui rend la mise en œuvre des quotas plus difficile. Nous devons au moins trouver le moyen de rendre ces 30% efficaces. A l'heure actuelle, 10% seulement des membres du congrès sont des femmes.

iKNOW Politics: Les normes et le cadre normatif comptent, mais ne suffisent pas. Il faut des changements structurels et notamment faire évoluer la mentalité de la société. Quelles sont les stratégies mises en place par le gouvernement du Président Lula da Silva sur ce plan?

Nilcéa Freire: Nous agissons sur différents fronts, dont le front culturel, qui me paraît très important. Nous intervenons plus précisément dans les écoles, où il est possible de transmettre très vite aux garçons comme aux filles une autre vision du monde. Depuis 2005, il existe un programme intitulé Genre et diversité, qui a pour but d'apprendre aux enseignants des matières de base comment aborder les questions de genre, de race, d'ethnie et de préférences sexuelles avec les enfants. Ce programme est conçu pour les enfants de neuf à onze ou douze ans, quasiment jusqu'à l'adolescence. Quatorze mille enseignants dans tout le Brésil ont bénéficié de cette spécialisation, qui a été élargie cette année. Il s'agit d'un enseignement à distance (e-learning). Nous voulons nous attaquer à l'éducation formelle car l'éducation, si elle peut être un instrument de modernisation de la société, peut tout aussi bien être utilisée pour préserver les préjugés et le statu quo. Nous travaillons sur un autre front, à savoir l'appui aux campagnes que nous proposent les organisations de la société civile.

L'année dernière, nous avons lancé une campagne intitulée: “Je m'engage en faveur des femmes au pouvoir”. L'outil principal de cette campagne est un site Internet, sur lequel nous recueillons des informations et entreprenons des analyses concernant la participation des femmes à la vie politique. Dans le cadre de cette campagne, nous avons aussi offert à toutes les candidates et tous les candidats une plate-forme politique pour les élections municipales de 2008. Cette plate-forme est le fruit du travail, non seulement du SPM, mais aussi du Conseil national des droits de la femme (CNDM), enceinte rassemblant des instances des partis politiques brésiliens consacrées aux femmes, que nous soutenons. Tous les partis, de droite comme de gauche, y sont réunis. Nous avons lancé cette plate-forme au moyen de spots radiophoniques, d'affiches et de slogans et les candidates y ont fait appel pour leur campagne. A ce qui précède viennent s'ajouter les programmes permanents et les projets du SPM et du gouvernement visant à défendre et renforcer l'autonomie des femmes, particulièrement dans le monde du travail, tant pour les femmes qui vivent dans les zones urbaines que pour celles qui vivent dans la campagne brésilienne. Défendre l'autonomie de ces femmes signifie souvent revenir aux choses les plus fondamentales, par exemple s'assurer qu'elles disposent de papiers d'identité.

Quand nous sommes arrivés au gouvernement, presque trois ou quatre millions de ces femmes ne disposaient même pas de carte d'identité, qui constitue leur principal document officiel d'identité. Elles ne pouvaient donc pas avoir accès aux programmes de crédits proposés par le gouvernement. Œuvrer en faveur de l'autonomie signifie élargir les perspectives d'emploi et d'accès au marché du travail et, par ailleurs, créer des conditions propices à une qualité de vie minimum.

C'est dans ce but que nous avons organisé deux conférences nationales sur les femmes, la première en 2004 et la seconde en 2007. Il s'agit de processus participatifs qui commencent par des conférences municipales, auxquelles succèdent des conférences régionales, pour arriver à la conférence nationale. La première a réuni mille huit cents déléguées de tout le Brésil, au terme d'un processus qui a vu la participation de cent vingt mille femmes. La seconde, qui a rassemblé en 2007 deux mille huit cents déléguées, a été le point fort d'un processus auquel deux cent vingt mille femmes ont participé. La première conférence a permis d'élaborer les principes et les lignes directrices du premier plan national de promotion de la femme et la seconde de revoir ce plan, qui a été élargi, notamment pour inclure d'autres contributions. Nous sommes en pleine mise en œuvre des accords passés au cours de cette seconde conférence. En outre, le plan n'engage pas seulement le SPM, mais aussi les ministères du gouvernement de Lula da Silva: travail, éducation, santé, développement social, science et technologie, etc. Tous les ministères sont concernés par les onze chapitres de ce plan, qui vont de l'éducation inclusive et non sexiste jusqu'à la question des femmes et du pouvoir.

iKNOW Politics: Vous jouissez d'une longue expérience du militantisme au sein de partis politiques. Quelle est votre vision de la participation des femmes au travail des partis? Quelles seraient vos suggestions de changement ou d'amélioration?

Nilcéa Freire: La relation entre les femmes et les partis politiques et la politique officielle est extrêmement délicate. Au départ, le féminisme traditionnel (et encore aujourd'hui certains courants sont de cet avis) a radicalement remis en cause le militantisme des femmes dans les partis politiques. Pendant des années, au Brésil, les femmes qui militaient dans le mouvement féministe étaient farouchement opposées aux partis politiques. Le mouvement féministe se positionnait comme un mouvement d'inspiration libertaire, tout ce qui posait des limites était rejeté. Au Brésil, une ligne de démarcation claire a séparé les femmes autonomes appartenant au mouvement féministe de celles qui ont décidé de s'engager dans les partis.

De façon générale, les femmes qui revenaient d'exil, qui avaient déjà milité dans un parti politique, ont opté pour cette seconde solution, mais elles n'ont pas été nombreuses, ce qui explique que nous continuions à être minoritaires au sein des partis. Les partis, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont le reflet de la société. Les hommes font preuve de machisme aussi dans les partis, ils ont beaucoup de mal à faire de la place. Il existe aujourd'hui une forte concurrence entre eux et ils ne souhaitent pas qu'elle s'étende aux femmes. C'est la raison pour laquelle le changement dépend davantage de l'engagement des femmes.

De plus en plus de femmes sont conscientes du fait qu'il n'est pas possible d'arriver au pouvoir sans partis, ce qui contribue à créer au sein des partis une masse critique de femmes susceptible de porter à leur transformation. Vous voyez que, bien souvent, c'est la pression qui paie. Prenez par exemple le cas de Michelle Bachelet, au Chili. Elle n'était pas la candidate de prédilection de son parti, bien au contraire. Le parti n'a appuyé sa candidature que lorsqu'il a eu connaissance des sondages d'opinion. C'est dans ces cas-là que le parti dit: "Cette femme bénéficie du soutien des électeurs, appuyons-la”.

Il est illusoire de penser que les partis politiques se transformeront sans effort. Nous n'obtiendrons rien tant que durera le rapport de force dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui: peu de femmes organisées contre beaucoup d'hommes. On ne tient pas compte de nous? Il faut que nous fassions pression. La pression exercée du dehors sur les partis ne suffit pas non plus, il faut aussi faire pression de l'intérieur. Mon parti, le Parti des travailleurs (PT), a été le premier du Brésil à adopter des quotas de femmes pour la composition de sa direction, les nominations et les listes électorales pour la direction du parti. Il faut 30% de femmes, quel que soit le cas de figure. Ce n'est pas facile de lutter de l'intérieur, c'est difficile, car les lois fondamentales de la physique nous apprennent que deux corps ne peuvent occuper le même espace en même temps. Pour que l'un entre, l'autre doit partir. Pour qu'une femme arrive au pouvoir, un homme doit le quitter. Nous somme là pour nous battre et la première étape consiste à être tout simplement là.

iKNOW Politics: Vous avez fait beaucoup de formation. Comment voyez-vous le renouvellement de la classe dirigeante des femmes engagées dans la politique au Brésil? Auriez-vous des propositions à faire pour renforcer ce processus?

Nilcéa Freire: Nous nous réjouissons de voir que le renouvellement des dirigeantes va bon train au Brésil. Voici quelques années, rares étaient les jeunes femmes impliquées dans les activités du mouvement des femmes. Aujourd'hui, il existe un beau mouvement de jeunes féministes, qui ne cesse de se développer. Ce mouvement, qui a joué un rôle de premier plan lors de la Conférence nationale sur la condition de la femme, en 2007, continue à se développer. Ces femmes disposent d'une sorte de réseau couvrant tout le territoire national, ainsi que de représentantes dans tous les états brésiliens et une rencontre de jeunes féministes a été organisée l'année dernière. Par ailleurs, le SPM soutient l'Union nationale des étudiants (UNE) et, en son sein, UNE Mujer (la section féminine), qui s'efforce de créer des noyaux de femmes dans toutes les universités. Ces femmes sont en train de réaliser une étude, un travail de mobilisation, une campagne en faveur de la légalisation de l'avortement au Brésil et elles travaillent sur la question des droits sexuels et reproductifs.

Nous encourageons ce type de participation et de formation politique, car nous considérons que nous manquons d'espaces de formation, gouvernementaux et non gouvernementaux. Je ne parle pas de petits programmes de formation, mais de programmes plus importants, susceptibles d'autonomiser réellement les jeunes femmes. Il faut qu'elles sachent que ce n'est pas facile, que des obstacles existent, mais qu'il est possible de les surmonter. Je n'oublie jamais que j'ai une petite fille de sept mois et que beaucoup de chemin reste encore à parcourir pour qu'elle vive dans un monde plus égalitaire. Il ne faut pas que les femmes de demain doivent payer leur autonomie aussi cher que nous, qui sommes plus âgées. Nous avons souvent dû payer le prix fort pour devenir plus indépendantes, autonomes, et arriver là où nous en sommes aujourd'hui.

iKNOW Politics: Quel a été l'importance des réseaux dans votre travail?

Nilcéa Freire: Les réseaux sont fondamentaux. Au départ, j'ai parlé de la sensation d'isolement, que l'on œuvre au sein d'une instance non gouvernementale ou au gouvernement, ou encore dans un parti. On se sent souvent seule, on a l'impression d'être la seule à avoir des problèmes, car les femmes ont toujours tendance à culpabiliser pour tout. Il existe une dimension culturelle, liée à la notion de "péché originel". Il est très important de réaliser que d'autres ont des problèmes, que nous n'en portons pas la responsabilité, qu'il sont structurels et dépendent de la société, que d'autres femmes se trouvent dans la même situation et que ce n'est pas seule, mais en partenariat avec d'autres, qu'il sera possible de trouver des solutions, car elles ne seront pas individuelles. Une mentalité différente apparaîtra au fur et à mesure que grandira le nombre de femmes qui se sentent concernées. Pour moi, c'est le but d'un réseau, à savoir offrir des possibilités qui ne se présentent pas souvent dans le contexte individuel.

iKNOW Politics: Pour terminer, en votre qualité de ministre, quels sont les trois objectifs que vous vous donneriez dans un avenir proche? Comment aimeriez-vous qu'on se souvienne de vous?

Nilcéa Freire: L'un de mes objectifs consiste à veiller à la mise en œuvre de la loi “María da Penha", la loi contre la violence à l'égard des femmes au Brésil. Cette loi est le fruit de la lutte menée par les femmes brésiliennes, sanctionnée par le Président en 2006. Je souhaite également développer la participation politique des femmes en oeuvrant en faveur de la révision de la législation sur les quotas, afin qu'elle entre en vigueur pour les élections de 2010. En troisième lieu, je me fixe comme objectif de consolider la dimension transversale de la perspective du genre dans la politique de l'Etat brésilien et même, comme résultat de ces avancées, de permettre l'élection d'une femme à la Présidence du Brésil fin 2010.


Gulnara Shahinian

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:24
Gulnara Shahinian est spécialiste de la traite des êtres humains à l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, et consultante auprès de l’Office des Nations Unies contre la

Gabriela Serrano

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:24
Gabriela Serrano est entrée au service de l’International Republican Institute (IRI) en janvier 2004 en Bolivie en tant que Directrice de pays résidente, pour lancer une initiative d’éducation

Kira Sanbonmatsu

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:22
Kira Sanbonmatsu est professeur associée de sciences politiques et experte au Center for American Women and Politics (CAWP) de l’Eagleton Institute of Politics, Université de Rutgers.

Barbara Norrander

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:21
Barbara Norrander est professeur de sciences politiques à l’Université d’Arizona.

Pippa Norris

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:20
Pippa Norris est chargée de cours en politique comparée à l’Université Harvard et a dirigé le groupe de la Gouvernance démocratique au Programme des Nations Unies pour le développement.

Edith Miguda

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:20
Edith Miguda est titulaire d’un doctorat (PhD) d’études du genre et d’histoire de l’Université d’Adelaide, Australie-Méridionale.

Audrey McLaughlin

Soumis par dawn le Mer Mer, 2009-07-29 12:19
Audrey McLaughlin a été membre fédérale du Parlement pour le territoire du Yukon de 1987 à 1997.