Entretien

Entretien avec Inese Vaidere, députée au Parlement européen pour la Lettonie

Soumis par iKNOW Politics le Mer Ven, 2011-12-09 09:35

Résumé: 

Les gens qui disent du mal du gouvernement et de la classe politique devraient essayer de faire mieux. Ceux qui restent en retrait ne peuvent pas en vouloir à qui que ce soit. J'encourage les gens qui s'en sentent capables et qui n'ont pas peur à se lancer en politique.

Corps: 

 

iKNOW Politics: Vous êtes députée au Parlement européen et ancienne ministre du gouvernement letton, mais aussi Adjointe au maire du Conseil municipal de Riga. Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes heurtée à ces postes de responsabilité et quels outils votre formation vous a-t-elle donnés pour relever les défis de la politique? 

Inese Vaidere: Je suis en politique en raison de mon expérience professionnelle, puisque je suis économiste et professeur en titre à l'Université de Lettonie, où j'enseigne la finance internationale. Dans les années 90, lorsque les partis politiques lettons se sont saisis de ces questions, on m'a demandé d'élaborer un programme économique pour le parti, bien au fait des enjeux nationaux, mais encore peu armé sur le plan économique. A l'époque de l'Union soviétique, je m'étais juré de ne jamais faire de politique, et j'étais bien résolue à tenir parole. Je voulais continuer d'enseigner à l'université parce que j'adorais ça mais lorsqu'on met un doigt dans l'engrenage, on finit par se faire attraper. Mon nom est apparu pour la première fois sur une liste électorale dans les années 90 mais c'était de la figuration. J'avais dit mettez-moi si vous voulez, mais je ne veux pas du poste: il était prestigieux d'avoir sur la liste un professeur et docteur en économie. Peu à peu, je suis entrée dans la vie politique; ma première fonction politique a été celle de secrétaire parlementaire au ministère de l'économie pour un sous-ministre de l'économie en charge des affaires parlementaires. Puis, je suis devenue conseillère du premier ministre pour les affaires économiques et politiques. Ensuite, je suis devenue ministre de l'Environnement avant de devenir conseillère de la Présidente de la Lettonie pour les affaires économiques. Par la suite, j'ai été élue au Conseil municipal et suis devenue adjointe au maire pour une brève période. J'ai ensuite été élue au Parlement national et suis devenue présidente de la commission des affaires étrangères, puis j'ai été élue au Parlement européen. Bien souvent j'aurais voulu être un homme; c'est bien plus facile quand on fait de la politique. D'emblée, pour être prise au sérieux, il faut être au moins deux ou trois fois meilleure que les hommes qui vous côtoient. De plus, les hommes disposent d'une sorte de réseau informel; ils peuvent se rencontrer dans un bar, au restaurant ou dans un sauna. Si je vais au restaurant avec un homme, on va se demander ce qui se passe. Le fait d'être exclue de ce réseau informel est gênant et j'ai bien souvent eu l'impression que je ne pourrais pas réussir parce que je suis une femme. Lorsque je suis devenue ministre, j'ai montré de quoi je suis capable et maintenant, je suis prise au sérieux, je ne ressens plus de différence. Mes compétences pour cette fonction sont désormais reconnues, mais au début, c'était vraiment difficile. 

iKNOW Politics: Au cours de votre carrière politique, avez-vous infléchi une orientation politique ou pris une mesure dans l'intérêt des femmes, et votre action continue-t-elle d'avoir de l'effet? 

Inese Vaidere: Margaret Thatcher a dit: “Si vous voulez parler de politique, adressez-vous à un homme. Si vous voulez agir, adressez-vous à une femme”. J'ai toujours aimé travailler avec des femmes parce qu'en Lettonie les femmes ont des compétences et une capacité de travail supérieures. Lorsque j'ai dû recruter quelqu'un, et qu'il y avait 40 ou 50 candidats pour le poste, j'ai toujours opté pour les femmes, non pas parce que je suis une femme, mais pour des raisons de qualité. Les femmes ont des exigences salariales plus basses, mais nous sommes prêtes à travailler sérieusement. Les hommes n'ont pas changé (ils restent le chef de famille, celui qui ramène l'argent) mais d'une certaine manière les femmes se débrouillent très bien aussi. Je travaille souvent, dans le cadre de mes différentes fonctions, avec des organisations de femmes. Cette année, j'ai été invitée dans 4 régions en Lettonie pour parler de la présence des femmes en politique parce que nous aurons bientôt des élections. J'ai parlé aux femmes et les ai encouragées à se lancer parce que les décisions politiques doivent êtres prises à parts égales, puisque les femmes représentent aussi la moitié de l'humanité. Quand une femme pense qu'elle est capable de prendre des décisions, elle doit se lancer. Je pense que ce type de conférence est très utile. Au Parlement letton et au Parlement européen, il existe des groupes de femmes fortement sensibilisées. Cependant, lorsque l'égalité est en jeu, les hommes aussi doivent se battre pour nous. Nous devons nous battre pour nous-mêmes, mais eux aussi doivent nous défendre. 

iKNOW Politics: Est-ce que le soutien d'autres femmes, notamment les groupes ou des réseaux de femmes tels que iKNOW Politics, vous a aidé dans votre carrière? 

Inese Vaidere: Enormément. Je pense qu'Internet est un excellent outil, car le fait est que certaines choses reviennent aux femmes. Je voudrais bien dire que ma maison est propre, pleine de fleurs, bien arrangée, mais même si j'ai un merveilleux mari qui fait tout, je m'occupe de ces tâches, généralement dévolues aux femmes, pendant le week-end avant de repartir à Bruxelles. Alors, à 1h ou 2h du matin, je me mets en ligne pour consulter toutes ces sources d'information, c'est très utile pour moi. J'ai aussi créé l'an dernier ma propre page web, qui est un excellent outil d'information. Je peux communiquer avec des gens aux quatre coins de la Lettonie et leur parler du Parlement européen, leur parler de mes idées et ils peuvent me poser des questions auxquelles je réponds directement. Je pense qu'Internet est très utile et même qu'il est l'avenir de la politique. Certes, on est vite inondé d'informations, mais les outils de recherche facilitent énormément la tâche. Pour les femmes, il est très important d'obtenir ces informations à propos du Conseil européen et du Parlement européen, cela m'a beaucoup aidée. 

iKNOW Politics: Quelle est la situation des femmes en politique aujourd'hui en Lettonie? 

Inese Vaidere: Il n'existe pas de mesures spécifiques pour favoriser la présence des femmes en politique, mais les femmes ont beaucoup fait grâce à leur compétence et à leur énergie. Il y a cinq ans, j'étais la seule femme en charge des affaires étrangères, c'était drôle! J'étais présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement letton et j'étais la seule femme. Je me souviens d'un parti qui périclitait, puis il a mis une femme à sa tête et aujourd'hui, il se trouve dans une très bonne situation. Je pense que les femmes font du très bon travail mais qu'elles restent sous-représentées. Le Parlement européen a adopté un programme doté de 5 milliards d'euros destiné aux zones rurales, programme dont la priorité est Internet. Je pense que mon pays et 'autres pays doivent s'engager activement dans les projets de cette nature. 

iKNOW Politics: Vous avez occupé des postes de responsabilité politique à différents échelons: l'échelon local, l'échelon national et maintenant l'échelon régional. Votre manière d'exercer ces responsabilités a-t-elle évolué au fil des ans? 

Inese Vaidere: Je pense que la politique change les gens. Je suis devenue plus forte; j'ai parfois l'impression que l'on perd cette manière féminine d'agir parce que l'on est davantage axé sur les objectifs et que l'on perd en patience. Je suis celle que je suis, et celle que j'étais. Ces responsabilités sont très lourdes et il faut s'endurcir mais je ne crois pas avoir beaucoup changé, je suis toujours restée la même. Mais ces fonctions sont vraiment dures et on vit des expériences négatives, parce qu'aujourd'hui, les gens n'aiment pas beaucoup la politique et il faut savoir gérer ces attitudes négatives. Je suis persuadée d'avoir obtenu d'excellents résultats, mais parfois les gens ont tendance à banaliser notre bilan. 

iKNOW Politics: Quel conseil donneriez-vous à un membre de iKNOW Politics ou à une jeune femme qui envisage d'entrer en politique, mais ne sait pas par où commencer? 

Inese Vaidere: Je lui conseillerais de ne pas commencer à 18 ans. Il faut d'abord se réaliser sur le plan professionnel: le savoir, la formation et l'expérience sont très importants. Je connais des professionnels de la politique qui ont commencé très jeunes et qui ne sauraient pas quoi faire s'ils n'étaient pas élus. Je crois que le mieux est de commencer par une bonne formation et de l'expérience professionnelle, puis, quand on  le sentiment d'avoir un acquis, il faut se lancer en politique. Les gens qui disent du mal du gouvernement et de la classe politique devraient essayer de faire mieux. Ceux qui restent en retrait ne peuvent pas en vouloir à qui que ce soit. J'encourage les gens qui s'en sentent capables et qui n'ont pas peur à se lancer en politique.

 


Entretien avec Marguerite Lusamba alias Tacher Présidente du Rassemblement des Démocrates Conciliants RADECO, Candidate aux législatives de Novembre 2011, ex candidate aux Présidentielles de 2006 en RDC

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mar, 2011-12-06 07:32

Résumé: 

j'ai été enlevé, torturé, on m’a injecté des produits. J’ai reçu deux balles dans la jambe et une balle dans la tête. J’ai failli perdre la vie à cause de mon engagement politique. Cette expérience n’a en rien entamé ma détermination. Aujourd’hui je suis candidate pour les législatives de 2011.

Corps: 

iKNOW Politics : Bonjour honorable Lusamba, on vous surnomme Tacher, d’où vous vient ce surnom ? Parlez-nous un peu de votre parcours. 

Marguerite: Merci beaucoup pour cet entretien, je suis une femme politique, mon engagement est né le jour où Lumumba a été tué. C’était notre héros et il avait été injustement tué ! Il était Premier Ministre et il a été assassiné. Ca m’a beaucoup révolté et depuis j’ai nourri cette envie de conquérir le pouvoir pour faire avancer les choses. C’est cet événement qui m’a précipité dans la politique. A l’université déjà j’étais très active dans les associations estudiantines. 

Lorsque le multipartisme est arrivé au Congo, j’ai saisi l’occasion pour créer le Rassemblement des Démocrates Conciliants RADECO. C’est le premier parti créé par une femme en RDC. Je ne l’ai pas créé pour faire figuration, non ! J’ai créé ce parti comme instrument de conquête du pouvoir. Je voulais me battre avec les hommes pour que les femmes accèdent à la table de prise de décision. Et c’est alors que ma détermination a porté ses fruits. Progressivement j’étais invité à de nombreuses discussions pour que la paix revienne. A cette époque, le pays était ravagé par la guerre. A Sun city, nous nous sommes battues pour que la guerre prenne fin.  

En 2006 à la veille des élections, j’ai posé ma candidature pour briguer la magistrature suprême toujours avec cette envie de départ de conquérir le pouvoir pour faire changer les choses et ouvrir la voie à d’autres femmes. La caution était de cinquante mille dollars (américain) ce qui est énorme. Malgré les réticences de ma famille,  j'ai vendu ma parcelle à un prix inferieur à sa valeur pour payer ma caution. En plus d’avoir « bradé » ma parcelle,  j’étais insulté, traité de tous les noms : prostituée, femme légère, mauvaise mère, mauvaise épouse. Cela n’a pas suffit, j'ai été enlevé, torturé, on m’a injecté des produits. J’ai reçu deux balles dans la jambe et une balle dans la tête. J’ai failli perdre la vie à cause de mon engagement politique. Cette expérience n’a en rien entamé ma détermination. Aujourd’hui je suis candidate pour les législatives de 2011. J’ai dû me retirer de la course à la présidence car  mon parti fait partie d’une alliance de l’opposition qui a désigné un candidat consensuel. Mais en 2016, je me représenterai aux présidentielles. Il n’ya pas le respect de la femme en politique. La femme en politique est une femme aux mœurs légères, non organisée dans son foyer. 

iKNOW Politics : Est-ce que cette perception de la femme en politique se traduit dans la promotion des droits de la femme en RDC ? 

Marguerite : Nous nous organisons au parti pour faire des séminaires tous les trois mois pour l'éveil des femmes, pour les encourager à faire de la politique. Nous sommes soutenues par différents partenaires internationaux. Nous faisons notre possible pour sensibiliser l’opinion sur les droits de la femme.

iKNOW Politics : quels sont les défis auxquels les femmes en RDC sont-elles confrontées?

Marguerite : Les élections ici sont dominées par la violence, je vous ai déjà raconté tout ce que j’ai subi pour avoir uniquement posé ma candidature. Ce climat de violence dans notre politique repousse les femmes, elles ne sont pas violentes, ce sont les hommes qui utilisent la force physique pour nous intimider.

Vous constatez le nombre de femme dans la salle, aujourd’hui pour assister au lancement d’iKNOW Politics, nous ne pouvons pas reculer, malgré tout ce que les hommes font contre nous. Nous demandons aux femmes d’avoir le courage, le courage pour qu’on atteigne nos objectifs. Mon expérience révolte beaucoup de femmes, mais je leur dis « Mme Tacher n'est pas morte et même si cela arrivait la lutte doit continuer ». Il faut plus de solidarité entre les femmes. 

iKNOW Politics : En parlant de solidarité, avez-vous bénéficiez du soutien des femmes en 2006 ? 

Marguerite : L’ennemi de la femme est la femme. Elles ne m'ont pas beaucoup soutenu seule une partie m'a aidé. Les femmes comprennent de mieux en mieux que les hommes nous maltraitent, ils ne nous considèrent pas, les femmes doivent soutenir celles qui défendent leurs intérêts.

iKNOW Politics : Que pensez-vous des nouvelles technologies et d’iKNOW Politics ?

Marguerite : iKNOW Politics est une bonne initiative, depuis 2008 je suis membre de ce réseau. En « chattant » sur internet, j'ai pu échanger avec Madeleine Albright. Les femmes apprennent et comprennent l'expérience d’autres femmes. Les femmes en RDC ont la soif d’apprendre pour développer leur pays.

 

iKNOW Politics : Quel conseil aimeriez-vous donner aux jeunes femmes qui s’engagent en politique ?

Marguerite : Les jeunes ne doivent pas se décourager, ils sont l’avenir. J’ai toujours pris les jeunes femmes sous mes ails pour les former. Il ne faut pas qu’elles se découragent, elles doivent aller de l'avant. Le mariage et la vie d’épouse n'empêchent pas la vie politique. Il faut bien gérer son foyer, moi je suis grand mère, j’ai des grands enfants et c'est mon mari qui m'encourage. Il finance même mes voyages pour participer à des formations. Que les jeunes femmes ne se découragent pas, elles doivent  rester fermes dans leur engagement politique en préservant une bonne entente dans leur foyer.


Tags:

Entretien avec Amsatou Sow Sidibé Présidente du Convergence des Acteurs pour la Défense des Valeurs Républicaines « C.A.R Lenen ». Candidate aux présidentielles de 2012 au Sénégal.

Soumis par iKNOW Politics le Mer Ven, 2011-07-22 01:55

Résumé: 

Les femmes savent que si une femme est élue, leurs préoccupations seront mieux prises en compte. Une femme qui prend le pouvoir est une mère qui a des garçons et des filles et qui ne saurait discriminer aucun genre.  

Corps: 

iKNOW Politics: Merci de nous accorder cet entretien, parlez nous d’Amssatou Sow Sidibé, quel est votre parcours ? Comment êtes-vous entrée en politique?

Amsatou Sow Sidibé : Amssatou est une femme sénégalaise professeure agrégé en Droit et titulaire  de Chaire de droit privé. Je suis Directrice de l’Institut des Droits de l’Homme et de la Paix de l’Université de Cheick Anta Diop. J’ai un parcours académique de plus de trente ans et j’ai formé des générations entières car plus de 4000 jeunes sont formés chaque année et deviennent des hauts cadres du pays.  

Amsatou est une femme sénégalaise qui a mené des activités de terrain car je préside le Réseau Africain des Femmes Travailleuses (RAFET) qui est implanté dans plus de 40 localités du Sénégal et dans certains pays africains. Amssatou a beaucoup travaillé pour le droit des femmes. Je suis à l’origine de la première proposition de loi sur les violences faites aux femmes, car une de mes études avec les femmes parlementaires du Sénégal a été utilisée par Ministère de la justice pour élaborer le projet de loi. L’idée d’une loi sur la parité est née dans mon bureau.

Amsatou est une femme qui a beaucoup inspiré la loi sur la santé de la reproduction.

Amssatou est une femme qui a impulsé au Sénégal beaucoup de réformes en faveur des femmes. Amssatou a soutenu les enfants en créant « SOS droit à l’éducation » et en faisant en sorte que le Sénégal échappe à une année blanche qui aurait affecté les étudiants. Amssatou a initié les premières assises nationales en regroupant dans un amphithéâtre le parti au pouvoir, l’opposition et la société civile pour réfléchir sur la situation politique du pays. Au cours de cette rencontre, Amssatou a demandé aux étudiants de retourner en classe.

iKNOW Politics : A quel moment avez-vous décidé d’entrer en politique, quel a été le déclic ?

Amssatou Sow Sidibé : Le déclic n’est autre que la situation générale du pays. Le Sénégal est devenu un grand malade. Le bateau est entrain de prendre eau de toute part, les « bras » femmes et hommes doivent sauver le bateau qui chavire. Ce sont les souffrances des Sénégalais toutes tendances confondues, les tripatouillages des instruments juridiques et l’affaiblissement des institutions. Toutes ces décennies d’expérience nous obligent de nous mettre à la disposition du peuple Sénégalais. Si nous n’agissons pas nous serons complices. Pour toutes ces raisons nous avons crée un mouvement citoyen parce que le dernier mot revient au peuple qui malheureusement n’est pas respecté. Ce mouvement intéresse beaucoup les sénégalais, qui constatent que pendant des décennies nous n’avons pas évolué normalement et nos droits ont été grignoté, grignoté. Le peuple sénégalais aspire à la rupture, nous avons donc crée la Convergence des Acteurs pour la Défense des Valeurs Républicaines « CAR Lenen ». La rupture par rapport à ce que nous avons vu jusqu’ ici.  

La rupture par rapport à la gabegie, la rupture par rapport au clientélisme, à la déperdition de valeurs, au manque de compétitivité et à l’infantilisation des populations. Il faut un sursaut national afin de placer l’homme au centre des préoccupations.

iKNOW Politics : Depuis votre arrivée sur la scène politique, quels sont les défis majeurs que vous rencontrez ?

Amssatou Sow Sidibé : Je rencontre beaucoup de sympathie au Sénégal et dans la diaspora. Ils se disent enfin l’espoir à travers une femme, une mère sensible aux problèmes des sénégalais. Ils se disent qu’ils ont devant eux une femme qui a prouvé ses compétences. J’ai beaucoup de sympathisants hommes, femmes et jeunes. Le grand défi que je rencontre et qui a toujours constitué un frein pour l’avancement des femmes en politique est celui des moyens. La faible représentation des femmes aux postes décisionnels est souvent une résultante du manque de moyens dont les femmes politiques sont confrontées. Personnellement j’ai dépassé certains blocages tels que le maintien du socle familial. En tant que femme engagée, j’ai toujours été soutenue par mon époux et ma famille, ce qui reste problématique c’est la question des moyens. Le financement des femmes candidates doit être résolu en utilisant notamment des mesures discriminatoires pour une meilleure représentativité des femmes. Le changement ne doit pas seulement être un discours, il faut des mesures concrètes d’accompagnement des femmes.

iKNOW Politics : Vous l’avez dit l’idée d’une loi sur la parité est née dans votre bureau, un an après son adoption qu’en-est-il de son application?

Amssatou Sow Sidibé : Partout même en brousse les femmes parlent de la parité. Dans parité elles mettent le leadership et réclament cette parité. Je trouve que cela est déjà un grand succès. Plusieurs femmes trouvent que ma candidature est tout à fait normal ce qui n’était pas acquis à une époque. Elles disent qu’elles ont toujours soutenu les hommes et maintenant que la parité est adoptée elles doivent soutenir une femme. Les femmes savent que si une femme est élue, leurs préoccupations seront mieux prises en compte. Une femme qui prend le pouvoir est une mère qui a des garçons et des filles et qui ne saurait discriminer aucun genre.  

iKNOW Politics : Que pensez vous d’une initiative comme iKNOW Politics qui à travers les nouvelles technologies fait la promotion des femmes en politique ?

Amssatou Sow Sidibé : iKNOW Politics est une excellente politique pour promouvoir le leadership féminin qui est une question de droits humains et de développement. Comment développer un pays en marginalisant plus de la moitie de la population ? Nous ne devons pas ignorer les femmes qui sont une ressource humaine à valoriser.  Il faut une politique franche pour que la parité soit véritable. Au Sénégal, depuis l’indépendance nous avons eu trois présidents hommes et le Sénégal ne s’est pas développé. Il est temps que nous essayons une femme. Les femmes gèrent tout, et font plusieurs choses à la fois, donnons la chance à celles qui sont compétentes de nous emmener vers le changement tant attendu.  

iKNOW Politics : Quel appel faites vous aux femmes ?

Amssatou Sow Sidibé : Je demande aux femmes d’appuyer ma candidature, j’ai fais mes preuves, j’ai une décennie d’expérience et je demande aux femmes de s’unir autour de ma candidature pour qu’enfin le changement arrive au Sénégal.


Interview with Marlene Malahoo Forte Senator and Minister of Foreign Affairs and Foreign Trade, Jamaica

Soumis par iKNOW Politics le Mer Lun, 2011-03-28 06:41

Résumé: 

“My simple approach to anything I do is to do the best I can – to use my office well while I am there and to understand that that office is not a place of personal privilege but a high seat of responsibility.  So every decision I take must be a decision that furthers the good of others.”

Corps: 

iKNOW Politics:  I would like to start by asking you about your career in politics. When did it start and what inspired you to get involved? What opportunities and obstacles have you encountered in politics as a woman?

Marlene Malahoo Forte: I am a lawyer by training.  I was on the bench for nine years, and served as a prosecutor for four and a half years. During that time, I began to develop a keen interest in public policy. I also had to interact with the government a lot and the more I did, the more curious I became about what was happening on the inside. So a couple of times I took time off from law to gather my thoughts and see how I could best serve given my keen interest in policy and the machinery of government. While I was on my last sabbatical I received an invitation from the prime minister for a position in the Senate with a state ministerial appointment in foreign affairs and foreign trade. I thought about it long and hard, prayed about it, and then I accepted the invitation and here I am, one year later.

Obstacles? Well, I started off with many.  I didn’t have any background in politics and naturally people who felt they had paid their political dues thought that a vacancy at the head table should go to them. So I was kind of an outsider coming into the political arena and people weren’t sure where my loyalties lay. But my loyalty – first and foremost – is to my country. To use the best of my skills, talent and training to make the machinery of government work better for the people. It’s a hard place for women, it’s a hard place, but we’ve come a long way. As you may know, Jamaica has had a female Prime Minister even though she was not elected at the polls. She succeeded as next in line to lead the party. We now have our first woman Minister of Justice and a woman Chief Justice. So we have made some strides in politics with regards to gender issues. But it’s still a very hard place for women.

iKNOW Politics: Why would you say that this is very hard? Do you have any personal experiences you could share with us?  Also, how did you manage to overcome that barrier?

Marlene Malahoo Forte: Well I think sometimes as a young woman, people don’t take you seriously.  Or perhaps they think that the rough-and-tough of politics is not for you or that you shouldn’t have decision-making power in the party machinery. And I’m told by the women in my party – the Jamaica Labor Party – that women have been given a hard time, even though we have had distinguished women who served at the level of Deputy Leader of the party. In my case, people sometimes look at me and tell me I am not cut out for the rough-and-tough of politics.  They say I need to toughen up in order to deal with the electorate.

I’m an appointed senator, not an elected Member of Parliament, so I have not yet faced political rough-and-tumble. But judging from people’s reactions and the expectations they have of women in government, Parliament seems like a man’s world.

iKNOW Politics:  You are very young and the second woman to hold this office. How did you get appointed?  Is this part of a new government policy?

Marlene Malahoo Forte: I am the Minister of State in the Ministry of Foreign Affairs and Foreign Trade and yes, I’m the second woman to hold this office. Interestingly, the first woman was a renowned gender activist, so I’m indeed honored to come after her given the work that she has done.  I can only tell you what the prime minister said to me when he extended the invitation. He said, ‘I need help with the work that has been entrusted to me by the people and I’m looking for the best and brightest to help me do this work.’  Based on my skills, perhaps he thought it best to place me here.  I can tell you there’s been a lot of work for one year. I think part of our Prime Minister’s agenda is to get younger generations into politics.  I also believe he’s interested in the legacy he himself will leave behind. So, I’m honored by the confidence he has placed in me and I have been trying my best to do well for my country.

iKNOW Politics: Could you please tell us about three goals that you are implementing or thinking of implementing for the advancement of women, in particular women in politics? Also, what strategies do you plan to follow?

Marlene Malahoo Forte: In the Ministry, one of my most important responsibilities is foreign trade, which includes the negotiation of trade agreements with foreign countries. I oversee free trade agreements and other trade and development agreements, as well as our work with the World Trade Organization (WTO) and the Caribbean Community (CARICOM).   We are also in the process of negotiating an agreement with Canada. I have discovered that empowering women economically is critical to a society’s development.  Every time I sit down to work, that reality is at the front, back, and center of my mind.  What I would like to see are policies and trade that are sensitive to the special role that women play. I would like to capitalize on the benefits we negotiated that women can take advantage of and then create an environment where they can thrive in business – not only in small business but export business, where scale matters. So that is one thing I am looking at – the special place that women have in our trade agreements – and I try to make sure these policies will help them prosper and succeed in business.

I’m also interested in women’s access to capital and I’m watching the policies of financial institutions very closely.  Apart from my job, I also head a women’s group – the Women’s Leadership Initiative, which is an advocacy group for women’s and children’s rights. We have members from important areas of society. The group supports distinguished women at all levels. We have bankers, financiers, and other professionals of all sorts. So I have now begun to look into banks’ policies and how they allow or prevent women from accessing financing, especially women who do not have traditional forms of collateral. I think this needs to change. They need to look at new ways to measure the risk.

In regards to politics, I’m convinced that when women are included in decision-making, better decisions result.  I really would like to see more women becoming active in politics so that they can have decision-making power – women who are sensitive to gender issues, who promote development and who recognize the critical role that women will play in empowering other women.

iKNOW Politics: You have mentioned CARICOM. Since these kinds of agreements are on the rise, could you tell us a little more about it?  In particular, how do you think these agreements can be used to promote gender equity?

Marlene Malahoo Forte: Jamaica is a member of the Caribbean Community, CARICOM. We have 15 member states, including Haiti.  What we are trying to do is to establish common policies across the board for foreign trade.  We are also advancing issues related to gender and women’s rights. This is a very important step for us as, both as the Caribbean region and as part of Latin America.  Countries that are well-advanced in women’s issues can help the ones lagging behind, which ultimately leads to updated laws and policy implementation, where existing laws are enforced and women’s welfare is improved on the whole. So there is a Caribbean single market and we are moving towards a single economy.  We already have a single domestic market, that means countries lagging behind will have to get their policies up to the level of those who are more advanced.  That way nobody in the single market will be at a disadvantage in the labor market or any other critical area.

iKNOW Politics: How do you see women’s involvement in and access to politics in Jamaica? There are no quota laws in Jamaica, the House of Representatives has eight women out of 60 seats, the Senate has five women out of 21 seats. So how would you envision it? What should change?

Marlene Malahoo Forte: Yes, eight out of 60 Members of Parliament in the House of Representatives are women.  The ratio is greater in the Senate where we actually have five out of 21 – four from the government party and one from the opposition. So we have five women in the Upper House – the Senate – and eight in the Lower House.  Again, I commend my Prime Minister for making the bold move of appointing more women senators from the government party, including younger women. It was very commendable. And I can tell you that this contribution is new and different and people have noted it.

I would like to see more women in representational politics in the Lower House. I would definitely like to see that. But I understand right now it is rough because campaigns are expensive and political office is ungrateful and thankless.  Unless there is something deep inside of you that compels you to give back and make the world a better place for your having been here… I’m afraid that due to how the system is designed women will continue to be excluded. Legislative change is very important. I like the idea of quotas, but even more than that, I like to have the best and most qualified people in office. What I don’t want is for women to be discriminated against on the basis of their gender or for any door to be closed to them because they are women. So opportunities must be equal, regardless of your gender. I want to see more women choosing to get more involved in elected office so that they can step up and make the contribution they are capable of making.

iKNOW Politics: Political parties are the  gatekeepers. What is the situation of political parties in Jamaica, especially in relation to promoting women’s access within the party?

Marlene Malahoo Forte: To be honest with you, I’m still in the process of understanding my party. I know that the highest position a woman has held is that of party vice president. None of the current deputy leadership positions are held by women, but that’s going to change soon. And I wouldn’t be surprised if we also have a woman party leader sooner rather than later.

Some of the women in the party are beginning to work.  Only last week I was speaking to one of my fellow women Senators who told me that apart from the women’s political caucus, she’s also going to be training women to be campaign managers and train other women on how to become candidates. And I like that, so when I go back home, I want to  hear more about this work that is going on.  I think the general electorate has come to realize that female leadership is more sensitive. And I wouldn’t be surprised if sooner or later they demand that women be placed at the helm of the political parties.  The opposition – the People’s National Party – is headed by a woman. Our first female Prime Minister was Portia Simpson Mill. So we’re not that far behind in Jamaica. I don’t know as much about the internal workings of the People’s National Party, it is not the party that I am affiliated with. But, we do have a woman heading one of the two major political parties in Jamaica. We have had our first female Prime Minister and I think we’ll have more to come.

iKNOW Politics: Good alliances and networking are very important in politics. iKNOW Politics is both a network and a resource for other networks. What kind of role have alliances and networks played in your career?

Marlene Malahoo Forte: I’ve always been involved in civil society. I’ve always had an evening job in addition to my day job. I told you that I led a group of women, the Women’s Leadership Initiative.  They provide an unbelievable amount of support.   I think I have been blessed in many ways to work with people who understand the value of good work. I will never underestimate the power of networks. Even on a personal level, when you need someone and you know someone who is competent, you’re going to reach out to them first.  Jamaica is a small place and who you network with is critical.   Having said that, I´m also mindful that there are people who are not part of these networks. So even when you become part of a network, you have to be careful not to close yourself off from others that you need to reach out to.  There are powerful players at every level. So for me, at the end of the day, this means recognizing that there is worth everywhere. As long as you want or as long as we share a common interest in moving the country forward, I will partner with everyone, and if you have a different point of view, I will seek to understand it. I’m open to be persuaded.

iKNOW Politics: How would you like to be remembered? What kind of legacy would you like to leave, especially with regards to the advancement of women and of women in politics?

Marlene Malahoo Forte:  My simple approach to anything I do is to do the best I can – to use my office well while I am there and to understand that that office is not a place of personal privilege but a high seat of responsibility.  So every decision I take must be a decision that furthers the good of others. I’m very passionate about developing countries like Jamaica as an international community. There are peculiarities that I believe are not always understood and appreciated – peculiarities that affect progress for everyone. Right now, Jamaica is regarded as a middle-income country, but we’re greatly indebted. Our debt-to-GDP ratio is greater than 25 percent. This is bad in terms of the capital budget that is available for programs.  At the end of the day, this affects the projects for those most vulnerable in society.

So what do I want in the short term, what legacy would I like to leave in this office.  I want highly indebted middle-income countries to be recognized as a new category. People say these countries are not poor enough to receive special aid because they are middle-income, but because their debt-to-GDP ratios are so high they are worse off than poorer countries.  How does that impact us? That impacts our access to financing and the concession of loans and grants, which in turn impacts the kinds of programs we do. In general, I want to ensure that when decisions are taken by the state, they are taken in the best interest of the people and not just to maintain the popularity of the incumbent party. This is not an easy task, but it’s a process I’m committed to. The machinery of government must work better for the people, it must deliver services to the most vulnerable. Our elected officials and politicians must serve with integrity.  I hope that I´ll be remembered for bringing the best of my talent, my training and my skills to the duties that have been entrusted to me.


Entretien avec Marlene Malahoo Forte Sénatrice et Ministre des affaires étrangères et du commerce extérieur, Jamaïque

Soumis par iKNOW Politics le Mer Dim, 2011-03-27 22:00

Résumé: 

“Dans la vie, je m'efforce tout simplement de faire de mon mieux: me servir de mes fonctions au mieux tant que je les détiens et tenir présent à l'esprit qu'une fonction n'est pas un lieu où s'exercent des privilèges personnels, mais le point de départ de hautes responsabilités. Toutes les décisions que je prends doivent donc servir le bien d'autrui.”

Corps: 

 

iKNOW Politics: Je voudrais commencer par vous parler de votre carrière politique. Quand a-t-elle débuté et avec quelle motivation? Quelles opportunités et quels obstacles avez-vous rencontrés en tant que femme engagée dans la vie politique?

Marlene Malahoo Forte: Je suis avocate de formation. J'ai plaidé pendant neuf ans et été procureur pendant quatre ans et demi. C'est à cette époque que j'ai commencé à m'intéresser de près à la vie publique. Ce sont aussi mes contacts fréquents avec le gouvernement qui m'ont de plus en plus donné envie de savoir ce qui se passait dans ses rouages. J'ai donc à une ou deux reprises interrompu ma carrière d'avocate pour réfléchir à la façon dont je pouvais mettre le mieux possible au service des autres mon vif intérêt pour la politique et les rouages du gouvernement. Pendant ma dernière année sabbatique, j'ai reçu une invitation du Premier ministre me proposant un siège au Sénat et un portefeuille ministériel aux affaires étrangères et au commerce extérieur. J'ai beaucoup réfléchi et beaucoup prié avant d'accepter cette invitation, qui m'amène à me présenter à vous en cette qualité un an plus tard. 

Des obstacles? Il n'en a pas manqué au début. Je n'avais pas de bagage politique et ceux qui estimaient avoir fait leurs preuves politiques pensaient bien évidemment qu'une vacance en haut de la pyramide leur revenait de droit. J'étais donc toute nouvelle sur la scène politique et mes collègues ne savaient pas en quoi je croyais. Je crois toutefois avant tout à mon pays et à mon engagement, qui est de mettre mes compétences, mon talent et ma formation à profit pour mettre davantage le gouvernement au service des citoyens. C'est une position difficile pour les femmes, bien difficile, mais nous avons beaucoup progressé. Comme vous le savez peut-être, la Jamaïque a eu une femme Premier ministre, même si elle n'est pas sortie des urnes. Elle était le successeur naturel à la tête de son parti. Nous avons maintenant notre première femme Ministre de la justice et une femme est Juge en chef. De grandes avancées ont donc eu lieu en faveur de la parité en politique, mais de telles positions restent très difficiles pour les femmes. 

iKNOW Politics: Pourquoi est-ce si dur, selon vous? Pourriez-vous nous parler de votre expérience personnelle? Avez-vous réussi à dépasser cette barrière? 

Marlene Malahoo Forte: Il me semble que parfois, en tant que jeune femme, on n'est pas prise au sérieux. Peut-être que les gens pensent que le combat quotidien de la politique n'est pas pour nous ou que nous ne devrions pas avoir notre mot à dire dans les structures du parti. Les femmes de mon parti (le Parti travailliste jamaïcain) me disent qu'elles n'ont pas eu la vie facile, même si des femmes éminentes ont été le numéro deux du parti. Dans mon cas, on me dit parfois que je ne suis pas taillée pour la politique et on me conseille de m'endurcir pour faire face aux électeurs. 

Je suis sénatrice nommée, et pas parlementaire élue, et je n'ai donc jamais été confrontée au combat politique. A en juger par la réaction des gens et leurs attentes à l'égard des femmes au gouvernement, toutefois, le Parlement donne le sentiment d'être un monde d'hommes. 

iKNOW Politics: Vous êtes très jeune et vous êtes aussi la deuxième femme à occuper ce poste. Comment avez-vous été désignée? Votre nomination s'inscrit-elle dans le contexte d'une nouvelle politique gouvernementale? 

Marlene Malahoo Forte: Je suis Ministre d'Etat du Ministère des affaires étrangères et du commerce extérieur et je suis effectivement la deuxième femme à occuper ce poste. Il est intéressant de relever que la première était une militante féministe de renom et c'est un honneur pour moi de reprendre le flambeau après elle. Je ne peux que vous répéter ce que m'a dit le Premier Ministre lorsqu'il m'a envoyé cette invitation. Il m'a dit: "J'ai besoin d'aide pour accomplir la mission qui m'a été confiée par le peuple et je cherche les personnes les plus qualifiées et les plus brillantes pour m'épauler". C'est peut-être parce qu'il connaissait mes qualifications qu'il a pensé que ma place était ici. Je peux vous dire que je travaille beaucoup depuis un an. Je crois que notre Premier Ministre a notamment l'intention d'ouvrir la scène politique aux jeunes générations. Il me semble aussi qu'il pense à l'héritage qu'il laissera derrière lui. Je suis donc honorée de la confiance qu'il a en moi et je m'efforce de faire du mieux possible pour mon pays. 

iKNOW Politics: Pourriez-vous décrire trois objectifs que vous êtes en train de concrétiser ou que vous envisagez de concrétiser pour faire avancer la cause des femmes, en particulier celles quoi s'engagent en politique? Quelle stratégie avez-vous l'intention d'adopter? 

Marlene Malahoo Forte: Au Ministère, l'une de mes responsabilités les plus importantes concerne le commerce extérieur, ce qui inclut la négociation des accords commerciaux avec l'étranger. Je supervise les accords de libre-échange et les autres accords relatifs au commerce et au développement, ainsi que notre participation à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et à la Communauté caribéenne (CARICOM). Nous négocions également un accord avec le Canada. J'ai découvert que l'autonomisation financière des femmes est essentielle au développement de la société. A chaque fois que je m'assois à mon bureau, cette réalité occupe tout mon esprit. J'aimerais que nos orientations générales et le commerce tiennent compte du rôle particulier que jouent les femmes. Je voudrais que les femmes puissent mettre à profit les avantages que nous avons négociés et j'aimerais créer un environnement dans lequel elles puissent prospérer, non seulement dans de petites entreprises, mais aussi à l'exportation, où l'échelle compte. C'est ce que je prends en considération: la place spéciale réservée aux femmes dans nos accords commerciaux, et je tente de veiller à ce que ces initiatives les aident à prospérer et réussir en affaires. 

L'accès des femmes aux capitaux m'intéresse aussi et je suis de près la politique menée par les institutions financières. En dehors de mes fonctions, je suis aussi à la tête d'un groupe de femmes appelé "Women’s Leadership Initiative" (Initiative de leadership des femmes), un groupe de défense des droits des femmes et des enfants, auquel appartiennent des membres influents de la société et qui soutient des femmes éminentes à tous les niveaux. Des banquiers, des financiers, et toute sorte d'autres professionnels sont dans nos rangs. J'ai donc commencé à m'intéresser à la politique menée par les banques pour voir si elle permet ou non aux femmes d'accéder à des financements, tout particulièrement les femmes qui ne disposent pas de garanties bancaires traditionnelles. Je crois que la situation doit changer. Il faut faire évoluer la façon de mesurer le risque. 

En ce qui concerne la politique, je suis convaincue que faire participer les femmes à la prise de décision permet d'obtenir de meilleurs résultats. Je voudrais vraiment que davantage de femmes s'engagent en politique afin qu'elles puissent assumer des responsabilités. Il nous faut des femmes sensibles aux questions de parité, engagées en faveur du développement et conscientes du rôle critique joué par les femmes dans l'autonomisation d'autres femmes. 

iKNOW Politics: Vous avez évoqué CARICOM. Ce type d'accords étant de plus en plus fréquent, pouvez-vous nous en dire quelques mots? Comment pensez-vous qu'il soit possible de mettre ces accords à profit pour promouvoir l'égalité des sexes? 

Marlene Malahoo Forte: La Jamaïque est membre de CARICOM, la Communauté caribéenne, composée de 15 Etats membres, dont Haïti. Nous nous efforçons de nous donner des principes communs généraux en matière de commerce extérieur. Nous travaillons aussi sur des questions de parité et de droits des femmes. C'est une étape très importante pour nous, tant du point de vue des Caraïbes que de l'Amérique latine. Les pays plus avancés dans le domaine de la parité peuvent aider ceux qui sont en retard, ce qui permet de faire évoluer les lois et d'appliquer des politiques, en faisant respecter la législation existante et en améliorant de façon générale la situation des femmes. Il existe donc un marché unique caribéen et nous nous acheminons vers une économie unique. Nous disposons déjà d'un marché intérieur unique exigeant des pays qui sont en retard qu'ils portent leurs politiques au niveau de ceux qui sont plus avancés. Ainsi, personne ne sera désavantagé sur le marché du travail ou dans d'autres secteurs clés à l'intérieur de ce marché unique. 

iKNOW Politics: Quelle est votre vision de l'engagement des femmes dans la vie politique et de leur accès à la politique en Jamaïque? Il n'existe pas de quotas dans votre pays et  la Chambre des Représentants compte huit femmes sur 60 parlementaires, le Sénat cinq sur 21 sénateurs. Comment envisagez-vous donc les choses? Que faudrait-il changer? 

Marlene Malahoo Forte: Eh oui, huit des 60 parlementaires de la Chambre des représentants sont des femmes. La proportion est plus élevée au Sénat, où nous sommes cinq femmes sur 21 (quatre représentantes du parti au gouvernement et une représentante de l'opposition). Cinq femmes siègent donc à la Chambre haute (le Sénat) et huit à la Chambre basse. Une fois encore, je félicite mon Premier Ministre d'avoir eu le courage de nommer davantage de représentantes du parti au gouvernement, dont des femmes jeunes, au Sénat. C'est une très bonne initiative. Je peux vous dire que c'est une attitude nouvelle et différente et que cela se remarque. 

J'aimerais que davantage de femmes soient élues à la Chambre basse. J'en serais vraiment ravie. Mais c'est très difficile pour l'instant car les campagnes coûtent cher et assumer des fonctions politiques est une tâche ingrate et impitoyable. A moins d'avoir le profond désir de rendre au monde et d'en faire un endroit où il fait meilleur vivre en s'engageant… j'ai bien peur qu'étant donné la façon dont le système est conçu les femmes continuent à être exclues. Il est très important de faire évoluer la législation. J'aime bien l'idée des quotas, mais encore plus l'idée de recruter les personnes les meilleures et les mieux qualifiées. Par contre je ne veux pas que les femmes subissent une discrimination sexiste ni que des portes se ferment devant elles parce qu'elles sont des femmes. L'égalité des chances pour les deux sexes est donc essentielle. J'aimerais que davantage de femmes s'impliquent dans des fonctions élues afin que nous puissions grimper les échelons et montrer ce dont nous sommes capables. 

iKNOW Politics: Les partis politiques jouent le rôle de filtre. Quelle est la situation des partis politiques en Jamaïque, tout particulièrement pour ce qui est de la promotion de l'accès des femmes à l'intérieur des partis? 

Marlene Malahoo Forte: Honnêtement, je ne crois pas avoir encore tout à fait réussi à comprendre mon parti. Je sais que le poste le plus élevé qu'une femme y ait jamais occupé est celui de Vice-présidente. Aucune femme n'occupe actuellement de telles fonctions, mais ce sera bientôt le cas et je ne serais pas surprise qu'une femme prenne bientôt les destinées du parti en main. 

Certaines militantes du parti se sont mises au travail. La semaine dernière, je parlais à l'une de mes collègues sénatrice, qui me disait qu'en dehors de son engagement dans le groupe des représentantes politiques, elle allait aussi former des femmes à devenir directrices de campagne et à apprendre à d'autres femmes comment se porter candidates. Je trouve ça très bien et quand je quitte mon bureau, j'aime qu'on me parle de ce type d'efforts. Je crois que l'électorat en général s'est rendu compte que les femmes ont un style de direction plus sensible. Je ne serais pas surprise que les électeurs exigent un jour ou l'autre de voir des femmes tenir les rênes des partis politiques. Le Parti national populaire (d'opposition) est dirigé par une femme. Portia Simpson Mill a été notre première femme à la tête du gouvernement. Nous ne sommes donc pas si en retard que ça en Jamaïque. Je ne connais pas bien le fonctionnement interne du Parti national populaire, car ce n'est pas le parti auquel je suis affiliée, mais une femme est à la tête de l'un des deux grand partis politiques de Jamaïque. Une femme a déjà été Premier Ministre chez nous et je suis sure que ce n'est qu'un début. 

iKNOW Politics: En politique, il est essentiel de s'entourer de bonnes alliances et de bons réseaux. iKNOW Politics est à la fois un réseau et une ressource pour les autres réseaux. Quel est le rôle joué par les alliances et les réseaux dans votre carrière? 

Marlene Malahoo Forte: J’ai toujours été active dans la société civile. J'ai toujours travaillé le soir en plus de mon travail de la journée. Je vous ai dit que j'ai pris la tête d'un groupe de femme baptisé Women’s Leadership Initiative, qui offre un soutien considérable. Je crois que j'ai eu la grande chance d'être entourée de gens qui savent ce que c'est que de faire du bon travail. Je ne sous-estimerai jamais le pouvoir des réseaux. Même à l'échelle personnelle, quand on a besoin de quelqu'un et qu'on connaît une personne compétente, on commence par s'adresser à elle. La Jamaïque est un petit pays et la qualité du réseau dont on s'entoure est essentielle. Ceci étant, je me rends aussi compte que tout le monde n'appartient pas à un réseau. Par conséquent, même quand on entre dans un réseau, on doit faire attention à ne pas se couper du reste du monde. Il y a des gens puissants partout. Pour moi, en dernière analyse, ceci signifie que tout peut avoir de la valeur. Pour autant que vous le souhaitiez et que nous partagions le souhait de faire avancer notre pays, je suis prête à m'associer avec vous et si votre avis diverge du mien, je m'efforcerai de le comprendre. Je sais changer d'avis.  

iKNOW Politics: Quel souvenir souhaiteriez-vous laisser? Quel type d'héritage aimeriez-vous transmettre, tout particulièrement en ce qui concerne la cause des femmes et les femmes en politique? 

Marlene Malahoo Forte: Dans la vie, je m'efforce tout simplement de faire de mon mieux: me servir de mes fonctions au mieux tant que je les détiens et tenir présent à l'esprit qu'une fonction n'est pas un lieu où s'exercent des privilèges personnels, mais le point de départ de hautes responsabilités. Toutes les décisions que je prends doivent donc servir le bien d'autrui. Je souhaite profondément donner une place internationale à la Jamaïque. Certaines particularités ne sont pas toujours comprises ou appréciées, des particularités ayant un impact sur le progrès de tous. Aujourd'hui, la Jamaïque est considérée comme un pays à revenus intermédiaires, mais nous sommes lourdement endettés. Notre ratio dette publique/PIB dépasse les 25 pour cent. Ce n'est pas bon pour le financement des programmes. Ce sont les projets destinés aux segments les plus vulnérables de la population qui en souffrent. 

Ce que je souhaite à court terme et ce que je voudrais léguer: je voudrais que les pays à revenus intermédiaires lourdement endettés soient reconnus comme une catégorie à part entière. On considère que ces pays ne sont pas assez pauvres pour recevoir une aide spéciale en raison de leurs revenus intermédiaires, mais leur niveau d'endettement les rend plus vulnérables que des pays moins riches. Quelles conséquences cette situation a-t-elle sur nous? Nous avons plus difficilement accès à des financements, des prêts et des dons, ce qui influe ensuite sur les programmes que nous menons. De façon générale, il me tient à cœur que quand l'Etat prend des décisions, ces dernières servent l'intérêt supérieur de la population et non pas la popularité du parti au pouvoir. Ce n'est pas mission facile, mais je m'y suis engagée. Le gouvernement doit mieux servir le peuple, il doit offrir des services aux plus vulnérables. Nos élus et nos représentants politiques doivent remplir leurs fonctions avec intégrité. J'espère qu'on se souviendra de moi comme de quelqu'un qui a mis tout son talent, ses connaissances et ses compétences au service des fonctions qui lui ont été confiées. 

 

     

 

 

 

 

     

 


Entretien avec Honorable Célestine Adjonahoun Présidente du Réseau des femmes parlementaires du Benin.

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mar, 2011-03-22 22:00

Résumé: 

Ce n’est pas un monde auquel on accède sans préparation. Je suis convaincue que faire de la politique suppose une certaine culture personnelle. Ne soyez pas une femme qui manque d’argument, il faut savoir se défendre. et apprendre à accepter les coups.

Corps: 

Entretien avec Honorable Célestine Adjonahoun Présidente du Réseau des femmes parlementaires du Benin.

iKNOW Politics : Quels sont les défis auxquels vous avez été confrontés en tant que femme leader politique ?

Honorable Célestine : Au cours de mon mandat je me suis intéressée à l’auto suffisance alimentaire et aux activités génératrices de revenus. J’ai donné aux femmes qui font des travaux agricoles des petits prêts qui leur ont permis d'augmenter leurs récoltes. J’ai travaillé aussi pour améliorer les conditions de travail des femmes productrices d’huile. En effet,  les conditions dans lesquelles elles travaillaient étaient vraiment déplorables. La première étape du travail consistait à bouillir les noix ensuite les femmes entraient elles mêmes tout leur corps dans ce liquide pour pétrir. Elles utilisaient toutes leurs forces physiques qui malgré tout sont limitées. Par conséquent, elles ont un faible rendement et vendent le peu qu’elles produisent.  Ceux qui achètent l’huile profitent des bas prix et les revendent plus chère sur le marché. Pour mettre un terme à ce calvaire, je leur ai donné la machine de presse huile, elles ont augmenté leurs productions et leurs revenus. L’impact du presse huile sur la productivité était immédiat, leurs bénéfices ont considérablement augmenté.

iKNOW Politics : Avez-vous légiféré en faveur des femmes durant votre mandat ? 

Honorable Célestine : J’ai déposé une proposition de loi sur les violences faites aux femmes. Ce n’est pas évident d’avoir la signature des hommes pour me permettre d’envoyer ce texte. Les hommes préfèrent qu’on parle de violence faites au genre car ils estiment que les hommes subissent aussi des violences.  Par conséquent on a changé la formulation en violence faite au genre. Nous avons plusieurs lois à vulgariser notamment nous réfléchissons sur la loi sur le droit de la femme de disposer de son corps, la loi sur le VIH/sida, la loi sur le harcèlement sexuel entre autres. Aujourd’hui au Bénin, les écoles se dépeuple des filles, les parents ont peur d’envoyer les filles à l’école car elles sont harcelées de toute part par les enseignants, les vieux des villages ou d’autres jeunes garçons.

iKNOW Politics : Dans votre circonscription électorale est-ce que le soutien des autres femmes a été important ?

Honorable Célestine : Je suis élue dans une commune de 5 circonscriptions de 400 000 habitants, et grâce aux prêts et aux dons que j’ai faits j’ai eu beaucoup de partisanes femmes. Mais à la dernière minute un homme vient distribuer des billets et réussi à les récupérer. Cela s’explique par le fait que nos femmes ont des besoins quotidiens à satisfaire donc elles sont toujours tentées par prendre un billet pour résoudre leurs problèmes plutôt que de voter pour des promesses qui prendront des mois ou des années pour voir le jour. Elles ne sont pas capables de réfléchir pour le long terme ce qui les intéresse c’est aujourd’hui. De plus, je crois que les hommes sont très forts pour nous convaincre avec leurs mensonges. Le clientélisme est un problème qu’on retrouve partout en Afrique, la pauvreté extrême favorise l’achat des votes et il est très difficile de lutter contre cela. C’est pour cela qu’il faut insister sur l’éducation des jeunes filles pour leur donner la latitude de réfléchir et de se projeter dans la durée.

iKNOW Politics : Certaines femmes hésitent à s’engager en politique sous prétexte que leurs vies familiales vont en pâtir qu’en pensez-vous ? Pourquoi la conciliation vie familiale et politique semble difficile?

Honorable Célestine : Je crois que dès le départ il doit y avoir une relation de confiance dans le couple cela facilite l’approbation de l’homme à donner plus de liberté à la femme. La confiance dans le couple est très importante et cela suppose une certaine responsabilité de la femme. Elle doit avant tout remplir son devoir de femme de ménage. Faire de la politique est un choix, c’est une décision qu’on prend et pour l’assumer il ne faut pas la privilégier et délaisser les autres responsabilités. Les femmes doivent bien s’organiser, bien gérer leur temps pour être à la fois l’épouse, la maman et la femme politique engagée. Celles qui ne sont pas préparer pour cela ne doivent pas s’engager ou alors qu’elles se préparent  à détruire leurs votre foyers.

iKNOW Politics : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui veulent se lancer en politique ?

Honorable Célestine : Je leur demande d’être courageuses pour affronter le monde de la politique. Elles doivent faire preuve de responsabilité pour pouvoir assumer leurs fonctions et avoir « le dos large ». La politique c’est d’abord ca, ce n’est pas une partie de plaisir. Il faut se préparer psychologiquement à affronter toute sorte de difficulté. On vous traitera de tout vous serez accusé de tout. Ce n’est pas un monde auquel on accède sans préparation. Je suis convaincue que faire de la politique suppose une certaine culture personnelle. Ne soyez pas une femme qui manque d’argument, il faut savoir se défendre. et apprendre à accepter les coups. Ne pensez pas qu’on entre en politique comme si on allait à un gala ou un dîner dansant c’est plus complexe que ca !  


Entretien avec Pauline Sukhai Ministre des affaires amérindiennes de la République du Guyana

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mer, 2011-03-09 23:00

Résumé: 

“…mais si le nombre de femmes instruites augmente, je suis certaine que de plus en plus de femmes de qualité exceptionnelle seront capables de jouer très bientôt un rôle de premier plan. Je pense que la qualité des femmes engagées dans la vie politique s'améliorera rapidement.”

Corps: 

iKNOW Politics:commençons par parler de votre carrière politique. Quand a-t-elle démarré, quelle était votre motivation et à quels obstacles vous êtes-vous heurtée en tant que femme?

Pauline Sukhai: Ma carrière politique a commencé à l'âge de 11 ans. La terrible injustice que subissait à l'époque dans mon pays le parti d'opposition, auquel j'appartiens aujourd'hui, a été ma motivation. Un jour, alors que je me déplaçais, j'ai vu un militant du Parti progressiste du peuple (PPP) se faire harceler et brutaliser par l'appareil d'Etat (la police) et je me suis juré à un très jeune âge que je ferais quelque chose pour remédier à ça. J'avais une douzaine d'années lorsque je me suis inscrite à l'Organisation des jeunes progressistes, avant de rejoindre l'Organisation des femmes progressistes (WPO), organisation très populaire dans mon pays. Je n'ai plus jamais changé d'orientation. Par la suite, j'ai adhéré au Parti progressiste du peuple.

J'ai occupé différentes fonctions depuis l'époque. Du statut de membre ordinaire appartenant à la base, je  suis arrivée à celui de membre du Comité central. Aujourd'hui, je suis aussi membre du Comité exécutif de mon parti. J'ai occupé plusieurs postes au gouvernement: secrétaire parlementaire aux affaires indigènes pendant trois ans, secrétaire parlementaire pour le Ministre du tourisme, jusqu'à aujourd'hui, où je suis devenue Ministre des affaires amérindiennes (depuis 2008). Je suis parlementaire depuis 18 ans maintenant, c'est en décembre 2010 que j'ai fêté le 18eanniversaire de mon entrée au parlement. Ma carrière a donc été très intéressante et stimulante. Personnellement, je n'ai pas été très affectée par les difficultés de territoire, mais je suis consciente des conséquences plus générales que peut entraîner l'engagement majeur des femmes dans la politique étant donné la lourde charge qui pèse sur leurs épaules. Je crois que les représentantes politiques guyanaises ont réussi à surmonter certains de ces problèmes grâce à leur détermination et à leur engagement.

Je ne dirais pas que je me suis heurtée à des obstacles. Je dirais que j'ai été confrontée aux difficultés qu’une femme sortant d'un minuscule village d'une zone rurale sans formation secondaire, encore moins universitaire. J'ai dû travailler d'autant plus dur, tant sur le plan politique que pour me former. J'ai aussi dû trouver un équilibre avec ma vie de famille, car je me suis mariée très jeune (à 21 ans) et j'ai eu deux enfants. A l'échelon politique, je ne peux toutefois pas dire que j'ai rencontré des obstacles dans mon parti puisque nous avons toujours cherché à garantir une représentation plus équitable des femmes aux postes à responsabilités du parti, déjà à l'époque dans l'opposition, mais aussi aujourd'hui que nous sommes à la tête du pays. Nos dirigeants et tous ceux d'entre nous qui sommes en haut de la pyramide avons toujours œuvré pour que les femmes montent les échelons du parti, voire du gouvernement. Les résultats sont tangibles, puisque notre parlement est aujourd'hui composé à 33 pour cent de femmes. Au cabinet, je crois que ce chiffre avoisine les 34 pour cent. Même la liste présentée par le parti doit être composée par un tiers de femmes, quota que notre ancien Président M. Cheddi Jagan (1992-1997), aujourd'hui décédé, a veillé à préserver.

iKNOW Politics:Vous êtes une militante, une femme qui a fait carrière à l'intérieur d'un parti. Dans quelle mesure les partis guyanais sont-ils ouverts aux femmes et aux candidates?

Pauline Sukhai: Je peux m'exprimer au nom du Parti progressiste du peuple, qui a toujours été ouvert aux femmes et les a bien accueillies. De fait, l'une des plus grandes organisations politiques de femmes du pays est alliée à mon parti. Ce simple fait en dit long sur l'accès des femmes au parti car, qu'on appartienne à l'organisation féminine ou à l'organisation politique (WPO), on accède automatiquement aux rangs du parti. Les membres de notre Comité central étant élus, c'est le groupe qui est impliqué. Toutefois, la culture guyanaise continue à entraver fortement l'accession des femmes à des postes à hautes responsabilités. Les liens familiaux, imprégnés de notre culture et de nos traditions, peuvent même rendre cette accession impossible.

iKNOW Politics:Pouvez-vous nous citer trois objectifs que vous souhaitez atteindre au cours de votre ministère afin de développer la participation politique des femmes autochtones? Quelle stratégie mettrez-vous en œuvre pour tenter d'atteindre ces objectifs?

Pauline Sukhai: A l'échelon politique, mon rôle concerne plutôt le développement en général et, avec le développement, vient la politique. Les mécanismes et les stratégies auxquels nous faisons appel au sein de mon ministère incluent toutefois les femmes car nous sommes très ouverts. Nous ne pouvons pas influer sur la vie politique depuis le Ministère, c'est la tâche du parti. Dans les programmes que nous mettons en œuvre à l'échelon national, par exemple les plans de développement communautaire et le programme d'autosuffisance, nous incitons les femmes à participer au programme à l'échelon des villages. Cette participation ne dépend pas tant de notre volonté propre que de la situation économique des villages. Les femmes sont parfois plus présentes dans les villages que leurs homologues masculins, qui partent chercher du travail dans d'autres secteurs. Dans les communautés extrêmement rurales ou isolées, les femmes sont parfois les seules à rester. Donc si vous songez aux programmes d'autosuffisance ou de développement communautaire, ce sont les femmes qui en sont les principaux agents et concepteurs.

iKNOW Politics:Les alliances et les réseaux sont essentiels en politique. iKNOW Politics est aussi un réseau de réseaux. Quel rôle les alliances et les réseaux ont-ils joué dans votre carrière politique?

Pauline Sukhai: Leur rôle a été essentiel. La situation de mon parti est tout à fait unique. En 1992, par exemple, alors que nous avions décidé de remporter la majorité des voix aux élections en nous présentant seuls, nous avons noué une alliance avec le mouvement civique.  Notre parti est donc devenu le Parti progressiste du peuple/Civique, puisque nous avons dans notre cadre politique un partenariat civique qui complète l'action des représentants politiques. Nous nous sommes tous présentés ensemble, côte à côte, en partenariat, aux élections. Des élections auront lieu l'année prochaine (en août 2011) et la discussion porte déjà sur l'opportunité d'élargir le partenariat à la société civile et aux organisations religieuses.

iKNOW Politics: Quel rôle jouent les jeunes femmes dans la politique guyanaise? Existe-t-il chez vous des mouvements exigeant un renouveau parmi les dirigeants du pays?

Pauline Sukhai: La politique n'est pas très attirante. Je me penche sur la question depuis un certain temps et je me suis rendue compte que les femmes ayant de meilleures perspectives et un meilleur accès à l'éducation secondaire et universitaire sont nombreuses à consacrer davantage de temps à leur formation. Les femmes de ma génération consacraient beaucoup plus de temps à la politique car certaines d'entre nous n'avaient pas la possibilité de faire de longues études ni de passer du temps à se former elles-mêmes. Notre étions donc très actives sur la scène politique, y compris en agissant à la base dans les communautés. Je pense que cela prend donc un certain temps, mais si le nombre de femmes instruites augmente, je suis certaine que de plus en plus de femmes de qualité exceptionnelle seront capables de jouer très bientôt un rôle de premier plan. Je pense que la qualité des femmes engagées dans la vie politique s'améliorera rapidement.

iKNOW Politics: Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui s'engagent dans la politique ou qui sont intéressées par la politique mais pensent que c'est trop dur?

Pauline Sukhai: L'une des premières choses que je dirais aux jeunes femmes, c'est que la vie est courte. Toute carrière entraîne son lot de difficultés et si cette carrière est politique, elle sera très intéressante et stimulante. Aux femmes, la politique ne demande que de la détermination et la capacité à remettre en cause les normes et les pratiques existantes pour permettre au peuple de se développer. Lorsqu'une femme en est intimement convaincue, cette force devient le moteur de l'action politique, notamment pour les jeunes, qui savent que leur contribution à la construction de leur pays et au maintien de la démocratie pour leur peuple exige qu'ils fassent des efforts et que cette profession ne doit pas être considérée comme "dure". Toutes les professions sont dures. Une profession est ce que l'on en fait.

 

 

 

 

 

 


Entretien avec Gloria Young, Présidente de l'Association panaméenne des femmes parlementaires et anciennes parlementaires et parlementaire panaméenne pour le deuxième mandat consécutif (1994-2004)

Soumis par iKNOW Politics le Mer Sam, 2011-02-19 23:00

Résumé: 

 

"Il n'existe pas de meilleure façon de développer son aisance en politique que la formation et le renforcement constant des capacités, tout particulièrement pour les femmes. Les hommes sont davantage enclins à s'exposer politiquement sans formation. Il est beaucoup plus difficile pour une femme de faire cette démarche ou de trouver le courage. Il faut donc l'y encourager. Il ne suffit pas de lui dire: "allons, du courage!", il faut lui expliquer et lui donner des raisons."

 

Corps: 

Gloria YoungiKNOW Politics: Comment votre carrière politique a-t-elle débuté et quelle a été votre source d'inspiration? Quels obstacles avez-vous rencontrés en tant que femme?

Gloria Young: C'est au Mexique, où j'étais inscrite à l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM) que je me suis engagée dans la vie politique. Dans les années 70, il était impossible de faire autrement. Quand on étudie les sciences politiques et la politique publique, on milite en outre bien évidemment à gauche. J'ai donc fait mes premières expériences de militante dans des groupes gravitant autour de la quatrième Internationale au Mexique. Je suis par la suite revenue au Panama où, à l'instigation d'un groupe de proches de Ruben Blades, notre vedette de la salsa, était en train de se constituer un mouvement politique novateur très intéressant. Le nom retenu pour ce groupe (Papa Egoro, 1991) veut dire "Mère-Terre" en langue indigène, ce qui révèle notre objectif fondamental. Nous avons donc mis les questions écologiques tout en haut de notre liste de priorités.

Nous avons créé, au sein du mouvement Papa Egoro, une branche féminine qui a fini par devenir un parti dans le parti. Nous étions extrêmement bien organisées et nous avions énormément d'énergie car certaines des féministes les plus connues de l'époque militaient dans nos rangs. Je me suis inscrite car je ne croyais pas à la politique traditionnelle. Ruben Blades m'a dit: "fais dans le parti ce que tu ferais à la maison". Cette formule m'a frappée et je me suis demandé: "qu'est-ce que je ferais si j'étais à la maison?" Ma réponse à cette question était: "tout ce qui est en mon pouvoir pour faire avancer la lutte pour l'égalité". C'est ainsi que nous avons créé le Secrétariat national des femmes de Mère-Terre.

A l'approche des élections nationales, je n'avais pas la moindre intention de me présenter. Mon souhait était de travailler directement avec les femmes à l'échelon national et de renforcer le Secrétariat national des femmes. Mais les autres femmes, qui s'étaient mises d'accord, sont venues me trouver pour me dire: "Nous voulons que tu te présentes au Parlement". Je leur ai répondu que je ne croyais pas à ce genre de choses, à la politique électorale officielle, que je trouvais malhonnête et extrêmement coûteuse en frais de campagne. Elles ont fini par me convaincre en avançant l'argument qu'il fallait bien qu'une représentante du mouvement des femmes participe. Nous nous sommes présentées et avons remporté l'un des districts électoraux les plus importants du pays (1994).

Au Panama, il est possible d'être élu de trois façons différentes: au scrutin majoritaire ou à la proportionnelle sur la base d'un quotient, ou encore des "restes". Au cours de ces élections, 69 parlementaires ont été élus, dont sept grâce au quotient. Je suis arrivée au Parlement avec un programme très précis: une loi contre la violence domestique, une loi sur l'égalité des chances, une loi contre le harcèlement sexuel et une loi sur l'élimination du langage sexiste dans les ordres du jour de l'Assemblée législative, mais aussi dans les manuels et les textes scolaires à l'échelon national.

Ce programme était considéré comme extrêmement audacieux. Nous avons toutefois réussi à faire adopter en 1999 la loi n°4 sur l'égalité des chances pour les femmes. Ce programme nous a permis de nous allier à différents secteurs du mouvement des femmes. Contrairement à ce que d'autres expériences pourraient donner à penser, les mouvements panaméens n'étaient pas en avance sur le Parlement dans ce domaine. Ce sont en fait les femmes parlementaires qui ont pris l'initiative, dont d'autres femmes qui n'étaient pas forcément engagées en faveur de la parité. Les parlementaires hommes ont commencé à prêter davantage d'attention aux questions de genre, au point que nos sessions s'ouvraient sur une salutation spécialement destinée aux femmes: "Bonjour Mesdames les parlementaires". Un jour, il faudra que nous relations cette expérience. J'ai été réélue pour un second mandat. Je siège depuis dix ans au parlement (1994-2004).

Je me rappelle très bien l'époque où une femme a remporté le Prix Rogelio Sinán (l'un de nos écrivains les plus avant-gardistes). Il s'agissait d'Elsie Alvarado de Ricord, une poétesse magnifique qui présidait à l'époque l'Académie panaméenne de la langue. A l'instar d'autres prix décernés dans le secteur artistique, ce prix était le fruit de notre travail parlementaire. Nous avions animé l'Assemblée d'un souffle totalement neuf. Pour la première fois, l'Assemblée panaméenne avait accédé à la demande de la Commission de la condition de la femme et publié une revue (intitulée: Ventanas del Parlamento). Cette revue, qui présentait les avancées réalisées par le mouvement des femmes dans le pays, ainsi que divers aspects du mouvement universitaire, comportait aussi des essais, des articles de fond, etc.

Au sein de la Commission, nous avons instauré l'habitude (malheureusement tombée en désuétude) de soumettre toutes les initiatives à l'avis des organisations de femmes de tous les secteurs du pays. C'était une dynamique sans précédent car, même si les commissions permanentes de l'Assemblée sont obligées de consulter les secteurs concernés par les projets de loi, la majeure partie des discussions avait lieu à huis clos. La Commission de la condition de la femme a servi d'exemple. De surcroît, nous avons réussi à faire en sorte que cette participation gagne l'Assemblée elle-même et, les séances de travail étant transmises à la TV et à la radio, la nation entière entendait la voix des femmes. La radio a eu un poids particulier. On montait dans un taxi et on finissait par discuter avec le chauffeur des femmes qui parlaient de ci et de ça, car tout le monde nous entendait parler à la radio. Lorsque je marchais en ville, les gens m'interpelaient: "Hé, Madame la député, j'ai entendu Mme une telle (à l'Assemblée) et elle a des choses intéressantes à dire!” 

iKNOW Politics: Pourriez-vous nous parler des obstacles auxquels vous avez été confrontée au cours de votre carrière politique, en particulier pour ce qui est de vos collègues masculins?

Gloria Young: Il n'en a certes pas manqué, à commencer par la vie à l'intérieur du parti. Militer dans un parti signifie lutter en permanence pour faire entendre sa voix dans un monde d'hommes. Plusieurs femmes ont été présidentes de partis: la première a été Berta Torrijos de Arosemena, Présidente honoraire du Parti révolutionnaire démocratique (PRD), fondé par son frère, le Général Omar Torrijos.  Elle a pris sa présidence au sérieux et entrepris de réformer en profondeur le PRD avant que la réforme ne soit retournée contre elle et qu'elle ne doive partir. La seconde femme Présidente de parti (au terme d'élections) s'appelle Mireya Moscoso, du Parti Arnulfiste, ensuite élue à la Présidence du pays. J'ai été nommée par mes pairs à la tête du Parti Papa Egoro contre Ruben Blades. A mon poste de Présidente, j'ai dû mener à bien de haute lutte, et sans l'appui de son fondateur, la reconstruction et l'expansion du parti à l'échelon national. Je me suis rendue compte de ce que signifie être une femme à la tête d'un parti à structure patriarcale, en dépit du fait que le Secrétariat des femmes était plus dynamique que jamais. Nous avons toutefois réussi, dans un pays comptant cinq districts autochtones disposant de leur propre territoire et de leur administration, à obtenir la participation d'une représentante autochtone au Comité directeur.

En fin de compte, Ruben Blades a été l'instigateur d'un mouvement destiné à m'évincer du parti et à prendre ma place. J'ai effectivement été évincée, mais sans qu'il réussisse à me remplacer, ce dont je suis fière!

iKNOW Politics: Pourriez-vous nous parler de votre expérience en matière de formation et de développement des capacités des femmes? Quels enseignements en avez-vous tirés et quelles difficultés avez-vous rencontrées?

Gloria Young: Il n'existe pas de meilleure façon de développer son aisance en politique que la formation et le renforcement constant des capacités, tout particulièrement pour les femmes. Les hommes sont davantage enclins à s'exposer politiquement sans formation. Il est beaucoup plus difficile à une femme de faire cette démarche ou de trouver le courage. Il faut donc l'y encourager. Il ne suffit pas de lui dire: "allons, du courage!", il faut lui expliquer et lui donner des raisons. Il faut acquérir des outils et savoir les utiliser, même si on échoue à différentes reprises. Nous disposions, au Secrétariat de la condition de la femme du mouvement Papa Egoro, d'une unité spécialement consacrée à la formation. Vous n'avez pas idée de tout ce que nous avons réussi à y faire. Par la suite, avec le parti de Mireya Moscoso (plus ancien et plus traditionnel) nous avons également mobilisé du soutien en faveur de la formation des femmes et de la création d'un secrétariat national de la femme.

Nous sommes toutefois allées plus loin. Nous avons forgé une alliance stratégique rassemblant les femmes de différents partis politiques, baptisée du nom de Forum des femmes membres de partis politiques. Nous y avons uni les femmes responsables politiques par un certain état d'esprit, quelle que soit leur idéologie ou leur couleur politique. Nous avons réussi à obtenir que figure dans la législation électorale l'obligation de consacrer exclusivement à la formation des femmes 10 pour cent des 30 pour cent de subventions électorales versées aux partis.

iKNOW Politics: Au Panama, il existe non seulement le Forum, mais aussi l'Association panaméenne des femmes parlementaires et anciennes parlementaires (APARLEXPA). Vous avez été la secrétaire exécutive de ces deux groupes à des époques différentes. A quoi devez-vous ces avancées au Panama? Que pourrions-nous faire pour promouvoir des initiatives comparables dans la région? 

Gloria Young: En fait c'est moi qui ai fondé les deux groupes. Le Forum existe désormais depuis 16 ans, et l'Association depuis six. Ce sont des espaces de travail commun pour les responsables politiques panaméennes, qui ont permis aux femmes de prendre confiance en elles-mêmes et d'acquérir davantage de poids dans les partis. La composante de formation du Forum est extrêmement développée, à tel point qu'il est internationalement reconnu par des organisations finançant d'ambitieux programmes de formation pour les femmes candidates. D'autres pays d'Amérique centrale et des Caraïbes nous ont imitées. Cinq femmes représentant les différents partis se sont rendues à l'étranger pour participer à la mobilisation des femmes du Salvador, du Honduras, du Guatemala et de la République dominicaine.

Pour sa part, l'Association est une expérience qui a débuté au Salvador à l'initiative de Gloria Salguero, une collègue merveilleuse, à laquelle je m'identifie beaucoup. Première femme Présidente du Congrès, elle a ensuite été ministre sans portefeuille du gouvernement d'Elías Antonio Saca (2004-2009). Elle a de toute évidence fait une carrière splendide au Congrès. A la différence du Forum, l'Association rassemble des femmes parlementaires, qui offrent donc un bon exemple de ce que signifie la victoire aux élections dans chaque pays. L'Association a pour but de former les femmes désireuses de se présenter aux élections, qu'elles soient nationales ou locales. Nous avons élaboré une méthode comportant un volet académique de base, tout en mettant l'accent sur la gestion d'outils essentiels. Nous avons aidé beaucoup de femmes à surmonter leur timidité, à trouver des financements et à avoir le courage de se confronter aux hommes de leur parti. Ces femmes ont commencé à remporter des élections et c'est la raison pour laquelle le soutien de femmes ayant déjà fait campagne ou été élues est si essentiel. Il faut qu'elles fassent part de leur expérience aux femmes qui se lancent tout juste et qu'elles contribuent à partager le capital politique qu'elles ont accumulé avec celles qui en ont désormais besoin.

iKNOW Politics: Quel rôle les réseaux ont-ils joué dans votre carrière politique? Quels sont leurs avantages?

Gloria Young: Je suis une « adepte » des réseaux. L'un des volets de notre formation concerne la maîtrise des technologies de l'information et de la communication (TIC). Pour faire connaître leurs propositions, il faut que les femmes, y compris celles qui vivent dans les zones plus rurales du pays, sachent utiliser et maîtriser les TIC.

iKNOW Politics a été un outil essentiel pour les femmes de l'APARLEXPA et du Forum, ainsi que pour toutes les femmes qui ont des aspirations et souhaitent améliorer leur formation. Ce sont avant tout les espaces de débat virtuels qui se sont révélés précieux. Vous ne vous rendez sans doute pas compte de toute l'aide qu'iKNOW Politics apporte aux femmes responsables politiques. Il faut étendre les réseaux à un nombre nettement supérieur de femmes, car elles sont actuellement très peu nombreuses à y avoir accès.

iKNOW Politics: Quelles sont vos priorités futures pour continuer le précieux travail que vous avez jusqu'à présent accompli?

Gloria Young: J'ai l'intention de faire évoluer le Conseil d'administration d'APARLEXPA. C'est très important à ce stade, où le nombre de nos députées à l'Assemblée nationale a diminué après les élections (2009). L'idée serait que le poste de Présidente de l'Association aille à l'une des deux femmes qui ont été réélues pour le mandat actuel. La femme ayant reçu le plus grand nombre de voix du pays sera à la barre, épaulée par d'excellentes femmes parlementaires et anciennes parlementaires. Mon rôle à ce Conseil sera consultatif.

Mon principal objectif à ce stade est de devenir la première directrice nationale de l'Institut national pour la femme, instauré par la loi en décembre 2008. La structure de cet institut diffère complètement de celles des autres instituts nationaux. La branche exécutive n'y nomme pas la directrice, mais doit la choisir sur une liste de candidates devant posséder certaines qualifications, présélectionnées à la suite d'une mise en compétition ouverte, large et démocratique. Parmi ces qualifications figure l'expérience acquise en matière de développement des femmes et d'égalité des sexes, ainsi que des compétences professionnelles avérées. Posséder une expérience des mouvements sociaux et politiques du pays est un plus apprécié. Le mécanisme de présélection des candidates (le Conseil national des femmes), créé en 1994 et présidé par le ministre du développement social de notre pays, constitue une interface neutre entre le gouvernement et les organisations de la société civile. Sept organisations de la société civile présentent des candidates, dont cinq m'ont manifesté leur soutien, ce dont je suis particulièrement fière.

 


Le Réseau International de Connaissances sur les Femmes en Politique iKNOW Politics entretien avec Mariam Marie Gisèle Guigma, député élue à l’Assemblée Nationale du Burkina Faso, ancienne Ministre de la Promotion de la Femme.

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mar, 2011-02-08 23:00

Résumé: 

Il faut que les partis politiques aient plus d’égard envers les femmes, c’est l’électorat le plus important et ils doivent mettre les femmes en tête de liste. Il ne faut pas limiter l’accès des femmes aux nouvelles technologies car c’est très important pour le développement économique du continent. Les femmes sont aussi capables que les hommes d’utiliser les nouvelles technologies

Corps: 

iKNOW Politics: Bonjour honorable Guigma, merci de nous accorder cet entretien, en tant que femme politique, pourriez-vous dire à nos lectrices les défis auxquels vous avez été confrontés?

Honorable Guigma : Je vous remercie pour cet échange, être femme politique c’est une mission, un combat permanent. Dans nos sociétés la femme a plutôt des devoirs et pas de droit. Nous devons lutter pour arracher nos droits. Quand je me suis présenté la première fois, j’ai fais face à des réticences au sein même de mon parti. Au Burkina Faso et comme un peu partout en Afrique, les femmes sont très dynamiques en tant qu’électrices mais elles sont moins visibles en tant que candidate. C’est en 1978 qu’une femme a été élue pour la première fois au Burkina Faso. Le nombre de femme au Parlement était de 4 dans les années 80 aujourd’hui on compte 17 femmes sur 107 députés à l’Assemblée Nationale. Au gouvernement, seules deux femmes sont ministres. Vous voyez que la progression se fait assez lentement c’est à nous de continuer de lutter pour augmenter le nombre de femmes et surtout de convaincre les partis politiques de mettre les femmes en tête de liste. On ne doit pas baisser les bras, nous sommes à peine trois ou quatre à être classées en tête de liste, les autres sont venues en deuxième position ou comme suppléante. Au niveau des élections locales, rares sont les femmes qui étaient en tête de liste. Des mesures sont prises par le pouvoir en place qui pour inverser cette tendance, exige que dans chaque localité il y ait la parité homme/femme. Ce qui explique le grand nombre de femme dans les conseils municipaux.

Les autres défis auxquels les femmes sont confrontées sont les pesanteurs socio culturelles, les problèmes d’éducation, et d’alphabétisation. Le meilleur moyen pour lutter contre ces pesanteurs socio culturelles c’est d’accroître le pouvoir économique de la femme. Dans mon panel sur la femme, je n’ai pas manqué de dire que le problème qu’on a c’est celui de l’application des textes. Nous disposons de beaucoup de textes favorables à l’égalité genre et à la promotion de la femme, malheureusement, ces textes ne sont pas appliqués. Au sein du Parlement deux femmes ont insisté pour l’élaboration d’un rapport sur l’état de la femme au Burkina Faso. Nous sommes très dynamiques au sein de l’Assemblée Nationale, nous avons un caucus des femmes, nous sommes impliquées dans la gestion des problèmes de fistules. Nous envisageons de légiférer sur les violences domestiques, les violences au travail etc. Le droit pénale protège les droits de la femme, le débat maintenant c’est est-ce qu’il faut légiférer ou revoir le code pénal ?

iKNOW Politics : Pensez-vous qu’il existe des stéréotypes au niveau des medias sur les femmes ?

Honorable Guigma: Pour promouvoir les produits de beauté on utilise l’image de la femme, les femmes du Faso se sont révoltées et ont saisis le Président de la République. On a saisit le Haut Conseil Supérieur de la Communication qui est dirigé par une femme très protectrice de l'image de la femme et des jeunes filles. Le Haut Conseil a commandé une série de documentaires pour sensibiliser le public sur l’importance de véhiculer une bonne image des femmes dans les medias.

iKNOW Politics : Comment encouragez-vous les jeunes filles à s’impliquer en politique ?

Honorable Guigma : En 1990, les chefs d’états se sont réunis à Moncton et ils se sont mis d’accords pour créer le Parlement national des jeunes. En conséquence, depuis le 30 juillet 2009, le Burkina Faso a mis en place un Parlement nationale des jeunes qui compte 48 filles et 48 garçons de 18 à 23 ans, c’est une manière d'intéresser les jeunes à la politique. A cela s’ajoute la création du  Ministère de la jeunesse et de l’emploi.

iKNOW Politics : Comment le soutien d’autres femmes a été déterminant durant votre campagne électorale ?

Honorable Guigma : On a coutume de dire que le soutien de la femme est semi total car l’ennemi de la femme est la femme. La femme est « versatile ». Quand une femme doit choisir entre une candidate et un candidat, elle a du mal à se décider. Il existe une sorte d’égoïsme chez les femmes intellectuelles. Dans ma circonscription, mon électorat était composé de femmes et de jeunes à 90%, elles m’ont toujours soutenue. J’ai été ministre de la promotion de la femme, je rencontre beaucoup de femmes qui se souviennent de mon passage au ministère. Je leur ai doté d’outils technologiques et construit des maisons de la femme à travers tout le pays.

iKNOW Politics: Quel message voulez-vous adresser aux femmes politiques africaines? Comment voyez-vous l'appropriation des NTIC sur le continent?

Honorable Guigma : Il faut que les partis politiques aient plus d’égard envers les femmes, c’est l’électorat le plus important et ils doivent mettre les femmes en tête de liste. Il ne faut pas limiter l’accès des femmes aux nouvelles technologies car c’est très important pour le développement économique du continent. Les femmes sont aussi capables que les hommes d’utiliser les nouvelles technologies. J'ai organisé une journée dite « femmes rurales et nouvelles technologies ». Une femme manipulait l’ordinateur avec un logiciel en langue nationale Moré, elle lisait tout, c'était impressionnant de voir son habileté à manipuler l'ordinateur malgré qu'elle soit illettrée. Il faut approcher les femmes dépendamment de leur niveau d’éducation et leur fournir des outils adaptés et c’est alors qu’elles pourront se surpasser. Les femmes vont pouvoir mieux profiter d’internet, faire leurs commerces sur la toile et gagné de l’argent. Il est important aujourd’hui de développer des logiciels en fonction des ethnies majoritaires. Les femmes travailleront de plus en plus sur le net et voyageront moins car cela est dangereux et coûteux.

iKNOW Politics : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui veulent se lancer en politique ?

Honorable Guigma : Je leur dirais d’être courageuses, je vais faire une métaphore et dire que c’est comme si « on se jetait en pâture » dans une aventure inconnue, il faut être courageuse, et toujours être prête à surmonter les aléas de la politique. 


Entretien avec Carmen Beramendi Représentante nationale (1990-1995) et Directrice d'INMUJERES, Institut national des femmes (2005-2010)

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mar, 2010-09-14 22:00

Résumé: 

“Le fait que les femmes soient absentes de la scène politique est le signe d'un déficit démocratique majeur. Toutes les structures rendant la démocratie plus efficace sont aussi celles qui contribuent à renforcer la participation des femmes, bien que ce ne soit pas automatique. C'est en tout cas l'une des leçons que je tire de mon expérience personnelle: plus une structure est démocratique, plus nombreuses sont les femmes élues.”.

Corps: 

Entretien avec Carmen Beramendi

Représentante nationale (1990-1995) et Directrice d'INMUJERES, Institut national des femmes (2005-2010)

iKNOW Politics: J'aimerais commencer par vous interroger sur votre carrière politique.  A quel âge avez-vous commencé et quelle a été votre source de motivation? Quelles sont les perspectives qui se sont offertes à vous et les obstacles que vous avez rencontrés en tant que femme?

 Carmen Beramendi : Je me suis lancée dans la politique à un très jeune âge, alors que  j'étais encore étudiante. Cela m'a valu une peine de prison de sept ans sous la dictature uruguayenne. J'ai ensuite milité dans le mouvement syndical. J'ai non seulement été secrétaire de mon syndicat, mais aussi Présidente du syndicat des travailleurs de l'industrie de la pêche en Uruguay. J'étais aussi membre d'un parti politique et ai été élue députée pour la coalition du Front large [Frente Amplio] entre 1990 et 1995. A l'époque, les députés, au nombre de vingt, étaient désignés par le gouvernement, mais j'étais la seule femme. Il y avait aussi des femmes dans d'autres partis politiques, mais seulement six femmes étaient parlementaires.

 

Je me suis heurtée à des obstacles dès que je suis devenue membre d'un parti. A l'époque, je n'attribuais pas ces difficultés à de la discrimination entre les sexes parce que je n'avais pas encore adopté cette perspective. Je me rappelle qu'à l'époque où j'avais rejoint un mouvement de militants politiques extrêmement clandestin, un homme a dit qu'il ne pouvait pas parler de choses confidentielles devant les femmes parce qu'elles ne savent pas garder un secret. Lorsque le groupe discutait de questions confidentielles, il refusait que les femmes participent. J'avais été élue à ce comité de mobilisation avec beaucoup plus de voix que lui, mais il se réservait le droit de m'exclure. J'avais dix-sept ans et je me posais des questions, je ne comprenais pas bien. C'est alors que j'ai réalisé à quel point il serait difficile de faire de la politique, même avec le soutien des électeurs. Je souligne ce point car je considère que la légitimité politique vient en partie du soutien électoral.

 

Au sein de mon syndicat, si les élections avaient été individuelles, le nombre de voix en ma faveur aurait crevé le plafond, mais si elles se tenaient sur la base de listes établies au sein de petits cercles politiques, j'étais reléguée au second rang. Les femmes recueillaient beaucoup plus de voix lorsqu'on votait pour les individus. C'est ce qui m'est arrivé au sein du syndicat des pêcheurs: j'ai été élue avec des milliers de voix de plus que la personne qui est arrivée à la deuxième place. C'est donc en remportant la majorité des voix des travailleurs que j'ai été pendant de longues années la présidente du syndicat des pêcheurs.

 

Progressivement, j'ai commencé à prendre conscience du fait que les hommes se lient différemment des femmes aux structures de pouvoir et que le pouvoir qu'ils exercent est considéré comme plus légitime. Lorsque le comportement d'un homme politique est évalué, un certain nombre d'éléments ne sont pas pris en considération, mais ils le sont lorsque c'est la conduite d'une femme qui est en cause.

 

Les hommes ont élaboré progressivement de nombreuses stratégies destinées à leur garantir la pérennité politique: ils savent créer des alliances, ce qui n'est pas le fort des femmes. Peut-être qu'en raison de notre sexe nous avons tendance à “affectiviser” [donner une connotation personnelle à] nos liens et nos relations. Les hommes savent nouer des alliances en dépit de leurs désaccords, de leurs conflits et de leurs affrontements. Ils ne colorent pas affectivement leurs relations comme les femmes. Lorsque nous nous fâchons, il nous devient très difficile de nous allier aux personnes avec lesquelles nous sommes en conflit. Le conditionnement social des hommes leur permet de dissocier leurs sentiments des décisions qu'ils prennent, ce qui leur confère un avantage dans la sphère politique, hautement concurrentielle. La même attitude se voit rarement chez une femme.

 

J'ai été élue au parlement en raison de mon militantisme politique à l'université et dans les syndicats. Le parti dont j'étais membre était très proche des ouvriers. Mon statut de syndicaliste m'a donné une crédibilité importante qui, associée à ma formation universitaire, m'a avantagée pour atteindre des postes à responsabilités. Même mon séjour derrière les barreaux s'est révélé très bénéfique pour la gauche uruguayenne.

 

Il faut du temps pour que la carrière d'un être humain, et pas seulement des femmes, lui permette d'accéder à des fonctions dirigeantes. Il me semble que les femmes souffrent d'un handicap sur ce plan: nous avons beaucoup de mal à accéder à de hautes fonctions et aider d'autres femmes à y accéder.

 

iKNOW Politics: Dans quelle mesure les femmes sont-elles plus présentes dans la vie publique uruguayenne qu'autrefois? Quel a été le rôle joué par les femmes et les organisations qui les représentent dans cette évolution?

 

Carmen Beramendi : Peu de temps après l'arrivée au pouvoir du Président Tabaré Vásquez (1ermars 2005 - 1ermars 2010), quatre de ses treize ministres étaient des femmes, situation sans précédent dans le pays, d'autant plus que les postes offerts aux femmes concernaient des portefeuilles qui ne leur étaient pas habituellement confiés, par exemple la santé ou le développement. Il a même nommé une femme Ministre de la Défense, avant d'en désigner une autre au poste de Ministre de l'Intérieur.

 

Cette attitude a eu deux effets. Elle nous a tout d'abord permis, à nous les femmes, d'être bien plus présentes dans la vie publique. Ensuite, le fait que des femmes détiennent ces fonctions a beaucoup contribué à prouver que les femmes en sont capables. Cette évolution ne s'est toutefois pas fait sentir au parlement, où les femmes ne détiennent qu'un petit peu plus de 10 pour cent des sièges.

 

Pour inverser cette situation, nous avons défendu l'idée des “triades d'autonomisation”, qui consiste à rassembler les femmes œuvrant au sein d'instances publiques (dans mon cas, l'instance chargée de l'égalité entre les sexes), de partis politiques et de mouvements sociaux. Des réunions tripartites de ce type ont eu lieu à l'initiative de la société civile, notamment la Réunion des femmes uruguayennes. En outre, plusieurs assemblées au sein desquelles des femmes d'horizons divers se retrouvaient pour réfléchir ensemble et s'engager en faveur d'un programme commun, passant par la promotion de la participation féminine à la politique, ont été organisées dans ce contexte. Décidées à démarquer cette initiative de la logique des partis,  nous avons formé un réseau de femmes responsables politiques uruguayennes, ainsi qu'un groupe de femmes parlementaires réunissant des femmes membres de tous les partis politiques siégeant aux deux chambres.

 

Sur le plan démocratique, notre pays souffre d'un déficit dû à la faible représentation politique des femmes, surtout à la base “pure et dure” [puro y duro] de la structure politique, à savoir les partis. Notre expérience du débat concernant la loi sur les quotas (2009) témoigne du retard pris par l'Uruguay dans ce domaine, ce qui est contradictoire étant donné que les femmes uruguayennes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à être titulaires d'un diplôme universitaire et que nous avons été l'un des premiers pays à adopter le suffrage universel, à légaliser le divorce à l'initiative d'une femme, ainsi qu'à réfléchir à toute une série d'autres questions de parité. Nous sommes toutefois très en retard du point de vue de la participation politique. Il n'existe aucun lien direct entre la reconnaissance des droits des femmes et leur participation à la vie politique du pays. Nous disposons aujourd'hui d'outils que je considère comme assez importants pour la parité, par exemple la législation sur l'égalité des chances et des droits, ainsi que d'un plan en faveur de la parité, actuellement en cours d'élaboration. Le plan en faveur de la parité prévoit notamment une politique visant à intégrer la parité dans tous les secteurs du gouvernement (plus particulièrement au sein de cinq instances), ainsi que des mesures concernant les entreprises publiques et une réflexion destinée à faire évoluer le budget national. L'égalité reste néanmoins très difficile dans le champ politique et les avancées politiques en matière d'égalité des chances et des droits ne vont pas de pair avec une progression de la représentation politique.

 

iKNOW Politics: Pourquoi un tel fossé?

 

Carmen Beramendi : Je pense qu'il vient du fait que le cœur des partis politiques reste le centre de pouvoir le plus retranché et profondément patriarcal de notre pays. La composition des listes électorales le prouve, car elles sont constituées sur la base de critères patriarcaux. Ce n'est que lors de la dernière campagne qu'a été posée la question de l'égalité de participation aux listes. L'un des candidats (avec lequel je collabore) a suggéré au Front large d'y réfléchir, en allant même jusqu'à annoncer que s'il était élu, il constituerait un cabinet composé à égalité d'hommes et de femmes. Ce résultat sans précédent est selon moi à mettre sur le compte de la lutte acharnée menée ces dernières années par les mouvements politiques et sociaux de femmes.

 

L'une des choses curieuses est que la législation sur les quotas rend les quotas obligatoires pour les élections internes (dès les prochaines élections), mais pas pour les élections générales. Les arguments avancés sont absurdes, en particulier celui qui consiste à regretter l'absence de femmes qualifiées, comme si les hommes étaient naturellement doués et n'avaient pas appris sur le tas. On apprend en exerçant la représentation et le pouvoir. D'un autre côté, il est évident que les personnes les plus capables ne siègent actuellement pas au parlement. Certaines conditions doivent être remplies pour qu'elles y accèdent. C'est une question que nous ne pouvons plus esquiver.

 

iKNOW Politics: Comment pensez-vous qu'il sera possible de trouver et de former de nouvelles dirigeantes politiques? Quel rôle les partis politiques peuvent-ils jouer dans ce processus?

 

Carmen Beramendi : Je ne crois pas que nous soyons actuellement dans un tel processus, mais que nous sommes pour l'instant tout juste confrontées à quelques candidatures novatrices. En Uruguay, les femmes comme moi, qui ont créé des précédents, ont désormais plus de 50 ans et les dirigeantes connues de la population sont des femmes d'un certain âge. Très peu de jeunes femmes prennent part à la vie politique. On parle beaucoup de former de nouvelles dirigeantes parce que c'est dans l'air du temps et que c'est politiquement correct, mais quand le moment vient de trouver des candidates pour le poste de président, l'âge moyen se situe entre 60 et 70 ans. Je pense que les partis ont même bloqué toute perspective de trouver de nouvelles dirigeantes.

 

iKNOW Politics: En votre qualité de Directrice de l'institut chargé d'appliquer la politique de votre pays en matière de parité, quelles sont les stratégies que vous utilisez pour promouvoir l'égalité d'accès à la représentation politique pour les femmes? Quels objectifs espérez-vous atteindre?

 

Carmen Beramendi : Notre plan en faveur de l'égalité des chances et des droits vise à établir l'équité. Nous avons organisé des réunions, des groupes de réflexion et des séminaires traitant de cette question. Nous avons aussi soutenu les initiatives de la société civile allant dans ce sens. Lors de la discussion concernant la législation sur les partis politiques, nous avons demandé aux partis de donner leur avis sur cette loi, mais sans grand succès. Le rôle que joue l'Institut dans la mise en œuvre des politiques du gouvernement est reconnu par l'exécutif, mais les autres instances du pouvoir sont beaucoup moins réceptives. C'est la raison pour laquelle, en 2008, nous avons convoqué des assemblées régionales de femmes destinées à adopter ce plan, auxquelles plus de 4 000 femmes ont finalement participé. Nous avons parlé de la question des élections de 2009 au cours de ces assemblées, en encourageant les femmes à suivre de près la création des listes et à s'engager. Nous avons tenté d'inciter les femmes, non seulement à voter pour davantage de femmes, mais aussi à voter pour des femmes qui se mobilisent en faveur des droits des femmes.

 

iKNOW Politics: Vous étiez la représentante uruguayenne à la Réunion spécialisée sur les femmes (REM).  Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est cette réunion et quel est son impact sur la région?

 

Carmen Beramendi : Ce forum constitue, au sein du Marché commun du Sud (MERCOSUR), un secteur consacré aux femmes, dont l'objectif est d'influer sur la politique menée par cette institution. Par exemple, lorsqu'il a été question de créer un parlement du MERCOSUR, nous avons émis une recommandation demandant à ce que la parité entre hommes et femmes soit respectée dans les parlements futurs. En outre, lors du sommet présidentiel, nous avons présenté une résolution émanant de toutes les femmes ministres de la région, qui a été adoptée au Chili sous la présidence de Michelle Bachelet. Notre plus grande réalisation a peut-être été l'adoption, par la dixième Conférence de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), de la résolution baptisée du nom de “Consensus de Quito” (2007), premier instrument à prôner l'égalité entre les hommes et les femmes dans la prise de décision, une nouvelle répartition des tâches, ainsi que la reconnaissance du travail non payé des femmes. Cette avancée majeure a permis de faire le lien entre deux domaines différents: le travail non payé, ou la répartition du travail domestique entre les sexes, et l'accès aux structures du pouvoir. Ces deux points sont liés à la question de la répartition du pouvoir dans les sphères privée et publique. La Division de la parité de la CEPALC a fait preuve d'intelligence en reliant ces deux questions. Nous nous efforçons de généraliser cette optique au sein du MERCOSUR et disposons désormais d'un projet régional allant dans ce sens. Nous pourrons œuvrer davantage à l'échelon régional, en rassemblant les différents mouvements engagés en faveur de la participation des femmes à la vie politique.

 

iKNOW Politics : L'évolution de la réglementation n'est bien sûr qu'un volet des changements requis pour instaurer la parité. Quelles modifications structurelles proposeriez-vous pour réduire le fossé en matière d'égalité?

 

Carmen Beramendi : Je pense que l'Uruguay devra mener un débat constitutionnel bien plus intense, assorti d'une réforme constitutionnelle approfondie. C'est la seule voie pour obtenir une vraie reconnaissance des droits politiques des femmes et leur application.  

 

Le fait que les femmes soient absentes de la scène politique est le signe d'un déficit démocratique majeur. Toutes les structures rendant la démocratie plus efficace sont aussi celles qui contribuent à renforcer la participation des femmes, bien que ce ne soit pas automatique.  C'est en tout cas l'une des leçons que je tire de mon expérience personnelle: plus une structure est démocratique, plus nombreuses sont les femmes élues. D'aucuns affirment que le système actuel permet aux femmes de se porter candidates, mais c'est faux, car les candidatures sont de toute évidence “concoctées” par un petit groupe de personnes, en majorité des hommes. En outre, aller au bout d'une candidature exige de l'argent et confier les ressources financières aux dirigeants des partis signifie leur permettre de décider qui se portera candidat. Il me semble donc important de réformer les partis politiques en veillant à mettre au point des méthodes destinées à garantir la parité. Il faut imposer par la loi la participation égale des hommes et des femmes.

 

J'ai l'impression que les Uruguayens sont timides. Je ne suis pas du tout convaincue par la loi sur les quotas, mais je la défends aujourd'hui parce qu'elle est remise en cause, tout en considérant que c'est vers l'égalité réelle qu'il faut tendre.

 

iKNOW Politics: Pour revenir à ce que vous disiez concernant les alliances et les réseaux, quel a été leur rôle dans votre propre carrière politique?

 

Carmen Beramendi : Je pense qu'ils ont joué un rôle essentiel. Les hommes détiennent le pouvoir parce qu'ils savent créer des ponts et des alliances en dépit de tout ce qui les oppose. Une large part de ce dont nous avons parlé tout au long de cet entretien dépendra de notre capacité à créer des stratégies d'alliance entre femmes. Marcela Lagarde a beaucoup réfléchi à cette question en élaborant la notion de sororité entre femmes. Nous avons beaucoup à apprendre dans ce domaine. Lorsque le nom d'une femme est mentionné, hommes et femmes le déprécient tous immédiatement. Vingt noms d'hommes peuvent faire surface sans que personne ne cherche à les discréditer.  Je crois que nous, les femmes, avons beaucoup à apprendre dans ce domaine.

 

A mes débuts au syndicat, j'étais la seule femme sur une vingtaine de dirigeants. Huit ans plus tard, nous étions dix femmes pour dix hommes. J'ai instauré des changements concrets. Depuis mon poste de Présidente du syndicat, j'ai réussi à imposer une commission de la parité. Toutefois, trois ou quatre ans après mon départ, la représentation féminine était redevenue symbolique. C'est une décision présidentielle, mais aussi l'avis unanime des femmes de tous les partis rassemblés au sein de la coalition du Front large, qui m'a propulsée à la présidence de l'Institut national des femmes (INMUJERES). Ma présidence a commencé par une grande présence et un soutien très important des femmes de tous les partis du Front large, qui m'ont donné beaucoup de force pour agir.

 

Je crois que les femmes ont beaucoup de mal à aborder ouvertement le conflit, ce qui me met parfois en porte-à-faux, car je mets clairement en évidence les différences. A long terme, cette attitude donne une plus grande légitimité, ainsi que ce que je ressens comme une paix intérieure. Je suis convaincue qu'il existe en Uruguay un grand nombre de femmes qui mériteraient d'être en tête des listes. Toutefois, lorsque nous évoquons cette question, nous pêchons souvent par manque de solidarité, et beaucoup de femmes se retirent. Quand un homme n'est pas soutenu mais se bat pour obtenir une fonction, il se moque éperdument d'être critiqué. Nous les femmes avons été conditionnées par la société pour dépendre de l'avis que les autres ont de nous, qui compte beaucoup pour nous. En politique, cela nous nuit. Je n'ai plus moi-même ce sentiment, peut-être parce que je ne suis déjà plus toute jeune. Lorsque je suis devenue députée, j'étais mère d'un enfant de moins de deux ans, et ce n'était pas rien de devenir députée tout en étant mère. Pour nous les femmes qui faisons de la politique, le prix à payer est extrêmement élevé. Rares sont les hommes qui assument la moitié des tâches quotidiennes et vivre auprès de femmes ayant des aspirations leur pose problème.

 

iKNOW Politics: Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux femmes, non seulement uruguayennes, mais latino-américaines, désireuses de prendre part à la vie politique mais rencontrant d'énormes difficultés pour ce faire?

 

Carmen Beramendi : Il faut que nous décidions une bonne fois pour toutes de souder les liens qui nous unissent. Je crois qu'il sera indispensable que nous disposions de réseaux si nous voulons participer davantage à la prise de décision et constituer des alliances entre nous. C'est ce qui nous permettra, quand nous verrons qu'une femme se débat dans des fonctions publiques, de la soutenir et de l'encourager. Il faut infléchir l'exercice de la politique. Je n'aime pas l'idée que nous commencions à faire de la politique sans remettre en cause son caractère extrêmement vertical, autoritaire et patriarcal. Le défi consiste à transformer la politique et à l'humaniser.


Entretien avec l’honorable Ascofaré Ouleymatou Tamboura, députée du cercle de Ténenkou, Présidente du Caucus des femmes à l’Assemblée Nationale du Mali.

Soumis par iKNOW Politics le Mer Ven, 2010-08-20 01:56

Résumé: 

Faire de la politique ce n’est autre chose que s’impliquer dans la résolution des problèmes de sa localité, de sa ville ou de son pays…A mes sœurs et à mes filles qui souhaitent se lancer dans la politique, un seul conseil : il faut y croire !

Corps: 

iKNOW Politics: Pour commencer, pourriez-vous nous dire quels défis vous avez eu à relever en tant que femme à des postes de leader politique? En quoi votre vécu et votre expérience vous ont aidés?

Je me sers beaucoup des exemples concrets dans ce domaine, le mien d’abord qui est plus parlant que tout. Aussi à travers la vie associative j’essaie d’influencer les pratiques courantes néfastes en initiant des activités de sensibilisation et de renforcement des capacités des femmes.  C’est pourquoi j’ai crée une association qui œuvre pour une meilleure scolarisation des filles dans ma circonscription et une bonne pratique de la santé de la reproduction.

iKNOW Politics: Comment le soutien des autres femmes vous a-t-il aidé dans vos activités? Comment les groupes de femmes et les commissions féminines des partis politiques peuvent-ils contribuer à rendre les femmes plus efficaces en politique?

Honorable Ascofaré: Les femmes sont mes principales alliées dans ma circonscription, je profite de l’opportunité que vous m’offrez  pour leur rendre hommage. Au sein des partis politiques elles constituent une grande force. Elles sont très efficaces mais cette énergie dont elles débordent n’est pas toujours utilisée à bon escient.

iKNOW Politics: Comment, à votre avis, une initiative comme iKNOW Politics peut-elle être utilisée pour encourager la progression des femmes en politique ?

Honorable Ascofaré: iKNOW Politics est une belle initiative, je profite de cette occasion pour féliciter ses promoteurs. Les femmes leaders peuvent se servir de ce cadre pour mieux échanger, partager des expériences, initier des activités en commun. Mais cela ne peut se faire sans au préalable renforcer la capacité des femmes dans l’utilisation de l’outil informatique. En effet, de la même manière qu’il ya la fracture numérique entre les pays du Nord et du Sud, il existe une grande disparité entre les hommes et les femmes dans l’utilisation de l’outil informatique qu’il faut combler. Aussi, iknow Politics doit diversifier ses méthodes de travail, en plus des contacts en ligne, votre structure doit être présente aussi sur le terrain en contact physique direct avec les femmes.

iKNOW Politics: Quel conseil donneriez-vous aux membres d’iKNOW Politics, en particulier aux femmes et aux jeunes filles qui souhaitent faire de la politique ?

Honorable Ascofaré: Chez nous, lorsque l’on dit que quelqu’un fait de la politique (politiguimogo en bamanan), cela comporte toujours une connotation négative. Il faut d’abord lever toute équivoque à ce niveau. Faire de la politique ce n’est autre chose que s’impliquer dans la résolution des problèmes de sa localité, de sa ville ou de son pays, en ce sens tout le monde fait de la politique. Ce n’est pas un domaine réservé aux hommes seulement. Il est vrai que l’organisation de notre société tend à en exclure les femmes d’une certaine manière en les reléguant au second plan. Les coutumes ont la vie dure mais il ya de l’espoir. Avec l’évolution des mentalités, les différentes politiques du gouvernement et des organisations de la société civile en faveur de la promotion des femmes le succès peut être au bout.  L’avènement de la démocratie au Mali en mars 1991 a été un tournant pour les femmes dans la prise de conscience de leur capacité d’organisation et d’influer sur le cours des évènements, je pense que ce bond est un acquis irréversible. A mes sœurs et à mes filles qui souhaitent se lancer dans la politique, un seul  conseil : il faut y croire !


Tags:

Entretien avec Mary King, Sénatrice indépendante de Trinidad et Tobago

Soumis par iKNOW Politics le Mer Lun, 2010-05-17 05:24

Résumé: 

“Je crois fermement à la vertu d’un travail acharné en faveur du développement national, qu’il soit économique, social ou politique.”

Corps: 

Mary_King iKNOW Politics: Quels sont les défis auxquels vous avez été confrontée en tant que femme dans le poste à responsabilités qui est le vôtre à votre siège de sénatrice? Comment votre formation vous a-t-elle préparée à relever ces défis?

Mary King: Les défis que j’ai dû relever étaient principalement liés au fait que j’œuvre dans un parlement fonctionnant dans le cadre du système de Westminster, dans lequel le scrutin uninominal majoritaire à un tour donne tout pouvoir à la liste vainqueur. En dépit des avis que nous donnons, le parti au pouvoir réussit à faire tout ce qu’il veut. Le Sénat de Trinidad et Tobago est composé des membres suivants: 15 membres choisis par le parti au gouvernement, 6 choisis par le dirigeant de l’opposition et 9 désignés par le Président. Ces 9 derniers membres (auxquels j’appartiens) sont considérés comme des sénateurs indépendants n’ayant pas d’affiliation partisane et dont le devoir est d’œuvrer dans l’intérêt du pays en s’efforçant de faire passer les « meilleures lois » possibles pour la nation. La  façon dont le Président doit choisir ces 9 sénateurs indépendants est précisée dans la Constitution: il doit s’agir de personnalités éminentes disposant de certaines qualifications en économie, en droit, etc. Je suis économiste spécialisée dans le développement.

Ma formation en recherche économique dans les secteurs de l’énergie, des finances et de la parité a joué un rôle majeur pour me préparer à occuper les fonctions de sénatrice indépendante. Notre pays, qui dépend du pétrole et du gaz, n’a pas encore tiré les leçons des hauts et des bas caractéristiques de ce type d’économie, connu sous le nom de « système de plantation ». Lorsque le prix du pétrole est favorable, le gouvernement répartit les bénéfices entre les différents secteurs, le commerce et la distribution, le secteur social et le bâtiment. Lorsque les vaches sont plus maigres, nous nous serrons la ceinture et empruntons pour financer le budget national. Certains économistes parmi nous se sont penchés sur cette malédiction, connue sous le nom de « syndrome hollandais » et ont réfléchi aux meilleures méthodes de diversification pour les suggérer au gouvernement – en vain pour l’instant.

J’ai aussi été à l’origine de la création, au début des années 90, du Groupe national des femmes parlementaires, dont l’objectif était de préparer les femmes à occuper des rôles de dirigeantes dans la société et au parlement. Ce groupe a vivoté pendant quelques années avant de s’éteindre, peut-être en raison du fait que les femmes n’étaient pas prêtes à occuper des rôles de dirigeantes. Il en irait peut-être différemment aujourd’hui.

J’ai suivi des cours de gestion et de planification financières dans le cadre de mes études d’économie, ce qui m’a extrêmement bien préparée à tenir mon rôle au Sénat. Je crois fermement à la vertu d’un travail acharné en faveur du développement national, qu’il soit économique, social ou politique.

iKNOW Politics: A votre avis, quels sont les paramètres dont les femmes qui se présentent à des élections doivent avoir conscience? Que recommanderiez-vous plus précisément aux femmes se présentant avec des ressources limitées dans des sociétés dominées par les hommes?

Mary King: Il faut que les femmes aient conscience de l’importance de l’argent dans les élections. A cette heure, à Trinidad et Tobago, le Premier ministre vient de dissoudre le parlement avant des élections qui n’interviendront pas avant une trentaine de mois. La presse a toutefois affirmé que son parti dépensera 150 millions de dollars de Trinidad et Tobago (c.-à-d. environ 25 millions de dollars des Etats-Unis) pour ces élections, qui ne concernent qu’une population de 1,2 millions de personnes. Les autres partis affirment ne pas avoir de fonds et être à la recherche d’environ 12 millions de dollars de Trinidad et Tobago, soit environ 2 millions de dollars des Etats-Unis. Avec de tels décalages sur le plan financier, il est très probable que c’est le parti le plus favorisé financièrement qui réussira à faire pencher le plus grand nombre de gens en sa faveur. En outre, les mécènes ont toujours préféré accorder des fonds aux candidats masculins et les femmes sont donc désavantagées dans les campagnes, ce qui les oblige à dépendre financièrement de leur parti. Tout ceci ouvre bien évidemment la question de la réglementation et de la législation se rapportant au financement des campagnes électorales, inexistantes chez nous. Au cours de ma carrière, j’ai aussi été Présidente de la branche locale de Transparency International, qui a beaucoup étudié la question du financement des partis politiques. Je suis aussi secrétaire d’une institution internationale baptisée GOPAC (Organisation mondiale de parlementaires contre la corruption), au sein de laquelle nous nous occupons de questions de contrôle parlementaire, de lutte contre le blanchiment d’argent et de financement des partis politiques.

iKNOW Politics: Pouvez-vous parler à nos lecteurs d’un changement de politique bénéficiant aux femmes auquel vous avez contribué depuis votre élection?

Mary King: Cela fait des années que nous sommes nombreuses à écrire, faire pression et plaider de façon véhémente en faveur de la création d’une institution chargée des enfants, car nous souffrons d’un grave problème de maltraitance des enfants. À Trinidad et Tobago, nous manquons de travailleurs sociaux, de policiers de proximité, voire de structures de prise en charge des enfants d’âge préscolaire. J’ai personnellement fait pression en faveur de l’octroi d’un soutien aux familles monoparentales ayant des difficultés financières. Notre gouvernement insiste pour mettre en place un grand nombre de programmes favorisant l’emploi, qui ont tous comme conséquence que les parents vivant seuls avec leurs enfants ne sont plus à la maison. Il me semble qu’il vaudrait mieux, pour les enfants, verser au parent unique une allocation chômage ou des allocations familiales lui permettant de rester à la maison, comme c’est le cas au Royaume-Uni. Les petits enfants sont ainsi mieux soignés et vivent entourés de l’amour et de la protection qu’exige leur développement, tout particulièrement pendant les quatre premières années de leur vie, pendant lesquelles se développe leur sentiment d’être aimés et la confiance qu’ils ressentent à l’égard de la famille à laquelle ils appartiennent. Pour l’instant, nous avons réussi à faire adopter une loi permettant la création de cette structure de protection des enfants, ainsi que d’un tribunal familial. Je suis certaine que le prochain gouvernement  aura à cœur de reconstituer la vie de famille et de souligner à quel point il est important que les parents agissent de façon plus responsable et que les mères restent à la maison, tout particulièrement dans les foyers défavorisés financièrement.

iKNOW Politics: Avez-vous appris des leçons que vous aimeriez communiquer à d’autres femmes dirigeantes ?

Mary King: Je ne peux pas dire que j’aie réellement appris des leçons, car je suis en général têtue sur les points que je considère comme importants. Je me contenterais de dire que lorsqu’on a fait son travail, qu’on a pris des informations concernant une question et que l’avis ou la proposition qu’on formule ne sont pas conforme à la réflexion d’autrui, même dans le cas d’un vote concernant un projet de loi particulier, il ne faut pas se laisser détourner du point de vue qu’on a adopté ou de la décision qu’on a prise sur la base des recherches effectuées. Il ne faut pas laisser l’avis de la majorité infléchir le nôtre, car si tel était le cas, notre avis ne pourrait pas être exprimé ni débattu et nous ne pourrions jamais savoir si nous aurions pu convaincre les autres de se rallier à notre sentiment. Procéder autrement revient à s’exposer à des doutes permanents.

iKNOW Politics: Votre style de direction a-t-il évolué avec les années?

Mary King:Je ne crois pas que mon style de direction ait évolué avec les années. Je me laisse parfois convaincre de changer d’avis de temps en temps, mais uniquement face à un argument ou une discussion logiques et pour un point de vue que je n’aurais pas analysé auparavant.

iKNOW Politics: Pensez-vous avoir apporté une perspective nouvelle en tant que femme?

Mary King: Il se peut que j’aie apporté une perspective nouvelle en tant que femme. Mes propres expériences m’ont amenée de la profession d’infirmière en Grande-Bretagne à celle de sage-femme, d’infirmière en pédiatrie, d’assistante en salle d’opération, puis à l’obtention d’un diplôme en économie et mathématiques à Trinidad et Tobago, avant de devenir expert-comptable, présidente et directrice de plusieurs conseils d’administration, tant dans le secteur privé que public, et présidente de commissions mixtes au parlement, ce qui m’a donné une perspective particulière assez rare chez les femmes. Je suis certaine que toutes ces expériences m’ont faite telle que je suis aujourd’hui et modelé ma façon de penser et de prendre des décisions. En fait, il m’a plusieurs fois été dit que je ne suis pas censée penser comme je le fais, car je suis une femme. Alors, oui, je dirais que j’ai effectivement apporté une perspective nouvelle liée à ma condition de femme.  

iKNOW Politics: Comment le soutien d’autres femmes vous a-t-il aidée dans votre travail?

Mary King: D’autres femmes dans ma vie, ma mère, mes sœurs et des amies proches m’ont encouragée à suivre ma voie. Je me rappelle d’ailleurs très bien le moment où , à l’âge de 15 ans environ, ma mère m’a dit que je pourrais devenir tout ce que je voulais. J’ai suivi son conseil.

iKNOW Politics: Pensez-vous que le fait d’appartenir à un réseau mondial tel qu’iKNOW Politics puisse aider les femmes à tous les échelons de la politique, et leurs partisans, à réussir leur carrière et à mobiliser le public autour de questions d’intérêt commun?

Mary King: Appartenir à iKNOW Politics doit aider les femmes à tous les échelons de la politique. Malheureusement, ce réseau est de création récente, mais chaque chose vient en son temps. Dans le monde d’aujourd’hui, la majeure partie des représentants et des dirigeants politiques a accès à Internet et si nous faisons tous le nécessaire à l’échelon national, de plus en plus de femmes en entendront parler. Je voudrais féliciter le GOPAC et ses dirigeants d’avoir proposé cette initiative à ses membres et suis convaincue que les hommes membres du GOPAC proposeront aussi à leurs collègues parlementaires femmes de leurs pays respectifs d’y participer. Des groupes de personnes éclairées verront alors le jour et se développeront, ce qui donnera davantage de forces aux parlementaires et nous donnera une vision plus vaste des perspectives qui s’offrent aux femmes dans le monde entier.

iKNOW Politics: Si vous deviez émettre une recommandation, quel conseil donneriez-vous aux membres d’iKNOW Politics, particulièrement les femmes candidates, faisant une carrière politique?

Mary King: S’informer des modèles parlementaires en usage dans le monde. Les comparer au modèle dans lequel on s’inscrit. Se poser la question de savoir si le modèle dans lequel on agit nous offre à nous et à nos concitoyens le système démocratique le plus favorable possible à la participation populaire, à la discussion ouverte et franche, à la transparence et au sens de responsabilités, au contrôle de l’exécutif et à la mise en œuvre des lois que l’on contribue à faire adopter. Si votre système ne va pas dans le sens du renforcement de la démocratie, n’ayez pas peur de vous engager en ce sens, car vous serez alors certaine d’avoir fait de votre mieux pour veiller à ce que votre gouvernement n’agisse pas dans son propre intérêt, mais dans l’intérêt du pays. Nous devons œuvrer en faveur de l’ouverture du gouvernement, de la transparence, du sens des responsabilités, de l’équité dans la répartition, du rendement de nos investissements et d’une application efficace de la loi. Le peuple élit le gouvernement et les parlementaires. Le parlement approuve le budget, adopte de nouvelles lois ou modifie les anciennes et sa troisième fonction importante consiste à contrôler le travail réalisé par le gouvernement au nom des électeurs. Le rôle que joue le parlement à l’égard du peuple est important et il est donc essentiel que seules des personnes intègres passionnées par l’amélioration de la vie de leurs concitoyens puissent briguer des responsabilités aussi importantes.


Entretien avec Mme Janet Mikhael, Maire de Ramallah

Soumis par iKNOW Politics le Mer Lun, 2010-05-17 05:00

Résumé: 

"Les femmes savent très bien comment administrer une ville, garantir son développement et sa propreté et améliorer la vie des femmes, des enfants et des familles en créant des centres culturels, des parcs et des projets sociaux."

Corps: 

Janet MichaeliKNOW Politics: Mme Janet Mikhael, vous êtes la première femme maire des Territoires palestiniens occupés. A quels défis vous êtes-vous trouvée confrontée en tant que femme occupant une position de pouvoir? Comment votre formation et votre expérience passée vous ont-elles aidée?

Janet Mikhael: Permettez-moi tout d’abord de remercier iKNOW Politics de s’intéresser aux femmes palestiniennes. En fait, les femmes palestiniennes ont fait des progrès considérables pour ce qui est de l’accès à des postes à responsabilités et ont commencé à collaborer fructueusement avec les hommes en se chargeant de tous les dossiers en cours et en prouvant leurs compétences.

Cela n’a pas été facile pour moi de devenir la première femme maire d’une grande ville comme Ramallah. Toutefois, Ramallah est une ville libérale d’esprit ouvert habitée par des citoyens ayant un degré d’instruction élevé, ce qui m’a aidée à accéder à ce poste. J’étais aussi le proviseur d’un grand lycée et mes contacts avec les parents et les citoyens m’ont beaucoup aidée à développer mes capacités de dirigeante du conseil municipal.

J’ai été confrontée à un grand nombre de difficultés, parmi lesquelles:

- de très fortes pressions pour que j’abandonne le siège de maire ou le partage avec d’autres partis, ce que j’ai refusé par respect pour les électeurs ;

- des intimidations et des menaces ;

- des traditions qui dévaluent le rôle joué par les femmes dans la société et les considèrent comme inaptes à occuper des fonctions publiques. Seul un petit groupe de gens, dont j’ai ignoré les tentatives car j’étais confiante et ambitieuse, a adopté cette attitude;

- l’occupation israélienne, qui limite notre capacité à mettre notre politique en œuvre;

- l’instabilité politique, problématique, mais en cours de résolution à l’heure actuelle;

- le conseil municipal était mal organisé et son personnel ne réussissait pas à s’adapter aux exigences d’une ville en expansion rapide. La restructuration, la formation du personnel et le recrutement de nouveaux collaborateurs qualifiés, couplés à notre engagement social, aux visites sur le terrain, à la communication avec les citoyens, aux consultations et ateliers permanents, ont permis de relever ces défis. C’est aussi grâce à ma détermination, ma confiance, ma persévérance, ma foi et ma passion pour mon travail que j’ai réussi à surmonter certains obstacles, mais d’autres se dessinent déjà.

Je me suis présentée aux élections parce que j’aimais ma ville et que je voulais l’améliorer et que mes parents, mes amis et mes collègues m’y ont encouragée. Les élections de 2005 ont marqué un tournant et suscité beaucoup d’enthousiasme car, pour la première fois depuis 30 ans, elles avaient lieu sous la responsabilité de l’Autorité nationale palestinienne. Ces élections, démocratiques, ont toutefois été le théâtre d’un fort affrontement entre les blocs. J’ai beaucoup bénéficié au cours de ces élections de l’expérience que j’avais acquise en tant que proviseur d’un grand lycée, ainsi que de mes vastes connaissances.

iKNOW Politics: A votre avis, quelles sont les choses que les femmes candidates doivent savoir? Quel conseil donneriez-vous aux femmes candidates se présentant avec des ressources limitées dans des sociétés dominées par les hommes?

Janet Mikhael: une femme candidate doit avoir pleinement conscience des tâches qui l’attendent. Il faut qu’elle suive une formation, qu’elle étudie toute la législation et la réglementation pertinentes et ait confiance en elle-même. Il faut aussi qu’elle traite tout un chacun de façon équitable et respectueuse de la loi et affiche ouvertement son respect pour les coutumes et la tradition. Toutefois, il faut aussi qu’elle prouve qui elle est et sache faire fi des rumeurs, tout particulièrement les rumeurs de dénigrement. Je suis certaine que les femmes ne peuvent s’imposer que si elles font dans le domaine juridique un travail exigeant aussi des efforts et des sacrifices.

iKNOW Politics: Auriez-vous la gentillesse de décrire à nos lecteurs un changement particulier en faveur des femmes que vous êtes fière d’avoir instauré en tant que maire de Ramallah et dont l’influence continue à se faire sentir?

Janet Mikhael:  Les femmes palestiniennes ont triomphé à l’échelon local du pouvoir, ce qui constitue le changement le plus fondamental à mon sens. Je suis fière d’être une femme palestinienne qui a rompu certaines traditions et été élue maire du conseil municipal le plus important de Palestine. J’espère que davantage de femmes seront élues aux conseils municipaux des grandes villes de Palestine, car les femmes palestiniennes sont tout à fait aptes à occuper des postes à responsabilités.

Je suis très fière du plan et des projets stratégiques instaurés pour améliorer la ville. Nous avons notamment remis en cause l’ancienne formule du conseil municipal, perçu comme un prestataire de services destinés aux citoyens. Aujourd’hui, les conseils municipaux offrent, outre une palette de services culturels, une contribution locale et internationale qui a fait la réputation internationale de Ramallah et transformé la ville, déjà connue pour son statut politique, en un centre culturel respecté.

iKNOW Politics: Vous avez été la première femme à occuper le poste de maire. Quelle importance revêt la présence d’une femme à ce poste à responsabilités ? Pensez-vous que votre condition de femme ait apporté une dimension nouvelle à cette fonction?

Janet Mikhael: Il est extrêmement important qu’une femme occupe le siège de maire pour plusieurs raisons:

Tout d’abord, cette position met en relief l’importance de la femme palestinienne et rend hommage à sa longue lutte aux côtés des hommes pendant la crise palestinienne. Les femmes palestiniennes ont des fils, des frères et des maris martyrs et prisonniers politiques. Lorsque les hommes sont loin, prisonniers ou martyrs, ce sont les femmes qui prennent en charge le domaine politique et la société.

Ensuite, mon élection a rompu les traditions en matière d’administration locale. Les femmes savent très bien comment administrer une ville, garantir son développement et sa propreté et améliorer la vie des femmes, des enfants et des familles en créant des centres culturels, des parcs et des projets sociaux. Je pense que la priorité donnée aux projets en faveur de l’environnement et de l’amélioration de la qualité de vie ont donné une dimension nouvelle à la ville.

iKNOW Politics: Pensez-vous que la participation à un réseau mondial tel qu’iKNOW Politics pourrait aider les femmes dirigeantes à réussir et à mobiliser leurs partisans autour de questions d’intérêt commun?

Janet Mikhael: En fait, appartenir à un réseau et communiquer son expérience à d’autres femmes contribue à la diffusion des connaissances. Quel que soit son degré d’instruction, on bénéficie toujours de l’expérience des autres. Par exemple, je pensais autrefois que les femmes européennes étaient probablement plus fortes et plus actives. Mon expérience m’a toutefois révélé que nous avons des intérêts communs et qu’elles ne sont pas plus fortes ni plus expérimentées. Nous les femmes palestiniennes, nous sommes très actives et nous pouvons aussi bien bénéficier de l’expérience d’autres femmes vivant ailleurs dans le monde que mettre la nôtre à leur service. Les femmes palestiniennes sont très actives et ont autant d’expérience que moi, voire davantage.

iKNOW Politics

Si vous aviez un conseil à donner aux membres d’iKNOW Politics, à savoir à des femmes candidates et dirigeantes, quel serait-il?

Janet Mikhael: Avoir confiance, se fier à ses connaissances, agir avec intégrité, traiter tout le monde avec équité et transparence et respecter les divergences d’opinion.


Entretien avec Nilcéa Freire, Ministre du Secrétariat spécial pour la promotion de la femme (SPM) du Brésil

Soumis par iKNOW Politics le Mer Dim, 2010-02-21 19:29

Résumé: 

“Les partis, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont le reflet de la société. Les hommes font preuve de machisme aussi dans les partis, ils ont beaucoup de mal à faire de la place. Il existe aujourd'hui une forte concurrence entre eux et ils ne souhaitent pas qu'elle s'étende aux femmes. C'est la raison pour laquelle le changement dépend davantage de l'engagement des femmes. De plus en plus de femmes sont conscientes du fait qu'il n'est pas possible d'arriver au pouvoir sans partis, ce qui contribue à créer au sein des partis une masse critique de femmes susceptible de porter à leur transformation”.

Corps: 

iKNOW Politics: Merci beaucoup, Madame la Ministre, de nous recevoir. Je voudrais commencer par vous demander de nous parler de votre trajectoire politique. Comment a-t-elle débuté? Quelle en a été l'inspiration? Le fait que vous soyez une femme a-t-il constitué un obstacle particulier? Nilcea Freire

Nilcéa Freire: Je fais de la politique depuis que je suis toute jeune. J'ai commencé à l'université, dans le mouvement étudiant. Je militais au Parti communiste du Brésil. C'était l'époque de la dictature militaire et nous étions dans la clandestinité. J'ai fui au Mexique (1975-1977), où j'ai poursuivi des études, que j'ai toutefois interrompues dès mon retour au Brésil. Cela fait très longtemps que l'activité politique fait partie de ma vie, en parallèle de mon activité professionnelle. Je suis médecin de formation et professeur à l'université. Après quelques années de travail, j'ai été choisie pour occuper le poste de Recteur de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro (2000-2003). A la fin de mon mandat de recteur de l'université, je suis entrée au ministère à l'invitation du Président Luiz Inácio Lula da Silva (2004).

Mon engagement politique s'est exprimé sous la forme du militantisme dans un parti, je n'ai jamais été candidate. J'appartiens depuis 1989 au Parti des travailleurs (PT). Je crois que nous avons toutes la sensation que nos choix nous font subir un certain isolement, que nous n'avons personne avec qui les partager. C'est particulièrement le cas lorsque l'environnement dans lequel on se trouve est majoritairement masculin, ce qui est mon cas depuis que je suis étudiante. Dans le mouvement estudiantin, la direction de mon parti était en majorité masculine, nous étions tout juste deux femmes. C'est le cas à gauche comme à droite et cette caractéristique culturelle machiste existe dans tous les partis. A l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro, où j'ai travaillé toute ma vie, l'environnement est plus progressiste et ces questions ne se posent pas de façon explicite, mais elles existent tout de même sur un plan plus subtil. Quand on m'a confié les fonctions de recteur, les hommes aussi étaient favorables à ce choix. Toutefois, quand j'ai pris mes fonctions, mes collègues ont eu du mal à savoir comment se battre et se mettre en contact avec moi dans ce nouveau cas de figure. Sur le plan hiérarchique, je me trouvais au-dessus d'eux, ce qui a créé de fortes attentes avant que tout le monde ne s'habitue.

Le mythe veut que nous, les femmes, nous soyons très fragiles émotionnellement, que nous puissions perdre le contrôle à tout moment. C'est l'image qu'on avait de moi avant de se rendre compte qu'il n'en était rien, que je ne correspondais pas aux stéréotypes. Le plus important, toutefois, est le fait que les femmes souffrent d'une forte surcharge de travail. J'ai accompli tout mon parcours avec deux enfants petits, dont je m'occupais presque seule. J'appartiens à la classe moyenne brésilienne, ce qui signifie que j'ai pu m'offrir les services d'une domestique rémunérée pour m'aider, mais il n'en reste pas moins que c'était difficile de laisser les enfants petits pour aller faire de la politique et mener des activités professionnelles.

Beaucoup de femmes n'y arrivent pas: elles n'ont personne à qui laisser les enfants, personne avec qui partager les tâches du quotidien. C'est un obstacle important, parce que le mythe veut aussi que les femmes n'aiment pas la politique. Personne ne leur, ne nous, demande pourquoi nous en sommes absentes. Il y a longtemps déjà, on a demandé à une femme syndicaliste: "Pourquoi n'es-tu pas à la direction du syndicat? Tu as des idées excellentes, pourquoi ne t'es-tu pas présentée à la direction du syndicat?” Et elle a répondu: “Pourquoi? Quand mon mari sort de l'usine et va au syndicat, personne ne lui demande des comptes et il ne m'a jamais demandé si j'aimerais qu'il rentre à la maison un soir par semaine pour s'occuper des enfants et préparer le repas, pendant que je vais moi au syndicat à la sortie de l'usine. Je sors de l'usine et je rentre à la maison m'occuper des enfants et préparer le repas, je n'ai pas le temps de devenir dirigeante syndicale”.

iKNOW Politics: "Vous qui occupez désormais des fonctions haut placées au sein du ministère chargé de la condition de la femme, quelles sont selon vous les possibilités d'un réel changement politique?

Nilcéa Freire: Occuper un poste comme celui-ci constitue une occasion unique. Nous les femmes, nous ne devons jamais oublier ce que cela nous a coûté d'arriver jusque là. Au Secrétariat spécial de la promotion de la femme (SPM), nous étudions la reformulation de la législation électorale brésilienne concernant les quotas de femmes. Au Brésil, la loi sur les quotas exige des partis qu'ils réservent au moins 30% des places sur leurs listes aux femmes. Toutefois, si un parti ne respecte pas ce chiffre, il ne s'expose à aucune sanction. Si le parti déclare: “Nous n'arrivons pas aux 30% de femmes”, il ne se passe rien. Les retombées de cette loi sont donc très limitées. Nous sommes en train d'évaluer ce qu'il serait possible de faire pour faire évoluer la situation. Au Brésil, le scrutin est nominal, ce qui rend la mise en œuvre des quotas plus difficile. Nous devons au moins trouver le moyen de rendre ces 30% efficaces. A l'heure actuelle, 10% seulement des membres du congrès sont des femmes.

iKNOW Politics: Les normes et le cadre normatif comptent, mais ne suffisent pas. Il faut des changements structurels et notamment faire évoluer la mentalité de la société. Quelles sont les stratégies mises en place par le gouvernement du Président Lula da Silva sur ce plan?

Nilcéa Freire: Nous agissons sur différents fronts, dont le front culturel, qui me paraît très important. Nous intervenons plus précisément dans les écoles, où il est possible de transmettre très vite aux garçons comme aux filles une autre vision du monde. Depuis 2005, il existe un programme intitulé Genre et diversité, qui a pour but d'apprendre aux enseignants des matières de base comment aborder les questions de genre, de race, d'ethnie et de préférences sexuelles avec les enfants. Ce programme est conçu pour les enfants de neuf à onze ou douze ans, quasiment jusqu'à l'adolescence. Quatorze mille enseignants dans tout le Brésil ont bénéficié de cette spécialisation, qui a été élargie cette année. Il s'agit d'un enseignement à distance (e-learning). Nous voulons nous attaquer à l'éducation formelle car l'éducation, si elle peut être un instrument de modernisation de la société, peut tout aussi bien être utilisée pour préserver les préjugés et le statu quo. Nous travaillons sur un autre front, à savoir l'appui aux campagnes que nous proposent les organisations de la société civile.

L'année dernière, nous avons lancé une campagne intitulée: “Je m'engage en faveur des femmes au pouvoir”. L'outil principal de cette campagne est un site Internet, sur lequel nous recueillons des informations et entreprenons des analyses concernant la participation des femmes à la vie politique. Dans le cadre de cette campagne, nous avons aussi offert à toutes les candidates et tous les candidats une plate-forme politique pour les élections municipales de 2008. Cette plate-forme est le fruit du travail, non seulement du SPM, mais aussi du Conseil national des droits de la femme (CNDM), enceinte rassemblant des instances des partis politiques brésiliens consacrées aux femmes, que nous soutenons. Tous les partis, de droite comme de gauche, y sont réunis. Nous avons lancé cette plate-forme au moyen de spots radiophoniques, d'affiches et de slogans et les candidates y ont fait appel pour leur campagne. A ce qui précède viennent s'ajouter les programmes permanents et les projets du SPM et du gouvernement visant à défendre et renforcer l'autonomie des femmes, particulièrement dans le monde du travail, tant pour les femmes qui vivent dans les zones urbaines que pour celles qui vivent dans la campagne brésilienne. Défendre l'autonomie de ces femmes signifie souvent revenir aux choses les plus fondamentales, par exemple s'assurer qu'elles disposent de papiers d'identité.

Quand nous sommes arrivés au gouvernement, presque trois ou quatre millions de ces femmes ne disposaient même pas de carte d'identité, qui constitue leur principal document officiel d'identité. Elles ne pouvaient donc pas avoir accès aux programmes de crédits proposés par le gouvernement. Œuvrer en faveur de l'autonomie signifie élargir les perspectives d'emploi et d'accès au marché du travail et, par ailleurs, créer des conditions propices à une qualité de vie minimum.

C'est dans ce but que nous avons organisé deux conférences nationales sur les femmes, la première en 2004 et la seconde en 2007. Il s'agit de processus participatifs qui commencent par des conférences municipales, auxquelles succèdent des conférences régionales, pour arriver à la conférence nationale. La première a réuni mille huit cents déléguées de tout le Brésil, au terme d'un processus qui a vu la participation de cent vingt mille femmes. La seconde, qui a rassemblé en 2007 deux mille huit cents déléguées, a été le point fort d'un processus auquel deux cent vingt mille femmes ont participé. La première conférence a permis d'élaborer les principes et les lignes directrices du premier plan national de promotion de la femme et la seconde de revoir ce plan, qui a été élargi, notamment pour inclure d'autres contributions. Nous sommes en pleine mise en œuvre des accords passés au cours de cette seconde conférence. En outre, le plan n'engage pas seulement le SPM, mais aussi les ministères du gouvernement de Lula da Silva: travail, éducation, santé, développement social, science et technologie, etc. Tous les ministères sont concernés par les onze chapitres de ce plan, qui vont de l'éducation inclusive et non sexiste jusqu'à la question des femmes et du pouvoir.

iKNOW Politics: Vous jouissez d'une longue expérience du militantisme au sein de partis politiques. Quelle est votre vision de la participation des femmes au travail des partis? Quelles seraient vos suggestions de changement ou d'amélioration?

Nilcéa Freire: La relation entre les femmes et les partis politiques et la politique officielle est extrêmement délicate. Au départ, le féminisme traditionnel (et encore aujourd'hui certains courants sont de cet avis) a radicalement remis en cause le militantisme des femmes dans les partis politiques. Pendant des années, au Brésil, les femmes qui militaient dans le mouvement féministe étaient farouchement opposées aux partis politiques. Le mouvement féministe se positionnait comme un mouvement d'inspiration libertaire, tout ce qui posait des limites était rejeté. Au Brésil, une ligne de démarcation claire a séparé les femmes autonomes appartenant au mouvement féministe de celles qui ont décidé de s'engager dans les partis.

De façon générale, les femmes qui revenaient d'exil, qui avaient déjà milité dans un parti politique, ont opté pour cette seconde solution, mais elles n'ont pas été nombreuses, ce qui explique que nous continuions à être minoritaires au sein des partis. Les partis, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont le reflet de la société. Les hommes font preuve de machisme aussi dans les partis, ils ont beaucoup de mal à faire de la place. Il existe aujourd'hui une forte concurrence entre eux et ils ne souhaitent pas qu'elle s'étende aux femmes. C'est la raison pour laquelle le changement dépend davantage de l'engagement des femmes.

De plus en plus de femmes sont conscientes du fait qu'il n'est pas possible d'arriver au pouvoir sans partis, ce qui contribue à créer au sein des partis une masse critique de femmes susceptible de porter à leur transformation. Vous voyez que, bien souvent, c'est la pression qui paie. Prenez par exemple le cas de Michelle Bachelet, au Chili. Elle n'était pas la candidate de prédilection de son parti, bien au contraire. Le parti n'a appuyé sa candidature que lorsqu'il a eu connaissance des sondages d'opinion. C'est dans ces cas-là que le parti dit: "Cette femme bénéficie du soutien des électeurs, appuyons-la”.

Il est illusoire de penser que les partis politiques se transformeront sans effort. Nous n'obtiendrons rien tant que durera le rapport de force dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui: peu de femmes organisées contre beaucoup d'hommes. On ne tient pas compte de nous? Il faut que nous fassions pression. La pression exercée du dehors sur les partis ne suffit pas non plus, il faut aussi faire pression de l'intérieur. Mon parti, le Parti des travailleurs (PT), a été le premier du Brésil à adopter des quotas de femmes pour la composition de sa direction, les nominations et les listes électorales pour la direction du parti. Il faut 30% de femmes, quel que soit le cas de figure. Ce n'est pas facile de lutter de l'intérieur, c'est difficile, car les lois fondamentales de la physique nous apprennent que deux corps ne peuvent occuper le même espace en même temps. Pour que l'un entre, l'autre doit partir. Pour qu'une femme arrive au pouvoir, un homme doit le quitter. Nous somme là pour nous battre et la première étape consiste à être tout simplement là.

iKNOW Politics: Vous avez fait beaucoup de formation. Comment voyez-vous le renouvellement de la classe dirigeante des femmes engagées dans la politique au Brésil? Auriez-vous des propositions à faire pour renforcer ce processus?

Nilcéa Freire: Nous nous réjouissons de voir que le renouvellement des dirigeantes va bon train au Brésil. Voici quelques années, rares étaient les jeunes femmes impliquées dans les activités du mouvement des femmes. Aujourd'hui, il existe un beau mouvement de jeunes féministes, qui ne cesse de se développer. Ce mouvement, qui a joué un rôle de premier plan lors de la Conférence nationale sur la condition de la femme, en 2007, continue à se développer. Ces femmes disposent d'une sorte de réseau couvrant tout le territoire national, ainsi que de représentantes dans tous les états brésiliens et une rencontre de jeunes féministes a été organisée l'année dernière. Par ailleurs, le SPM soutient l'Union nationale des étudiants (UNE) et, en son sein, UNE Mujer (la section féminine), qui s'efforce de créer des noyaux de femmes dans toutes les universités. Ces femmes sont en train de réaliser une étude, un travail de mobilisation, une campagne en faveur de la légalisation de l'avortement au Brésil et elles travaillent sur la question des droits sexuels et reproductifs.

Nous encourageons ce type de participation et de formation politique, car nous considérons que nous manquons d'espaces de formation, gouvernementaux et non gouvernementaux. Je ne parle pas de petits programmes de formation, mais de programmes plus importants, susceptibles d'autonomiser réellement les jeunes femmes. Il faut qu'elles sachent que ce n'est pas facile, que des obstacles existent, mais qu'il est possible de les surmonter. Je n'oublie jamais que j'ai une petite fille de sept mois et que beaucoup de chemin reste encore à parcourir pour qu'elle vive dans un monde plus égalitaire. Il ne faut pas que les femmes de demain doivent payer leur autonomie aussi cher que nous, qui sommes plus âgées. Nous avons souvent dû payer le prix fort pour devenir plus indépendantes, autonomes, et arriver là où nous en sommes aujourd'hui.

iKNOW Politics: Quel a été l'importance des réseaux dans votre travail?

Nilcéa Freire: Les réseaux sont fondamentaux. Au départ, j'ai parlé de la sensation d'isolement, que l'on œuvre au sein d'une instance non gouvernementale ou au gouvernement, ou encore dans un parti. On se sent souvent seule, on a l'impression d'être la seule à avoir des problèmes, car les femmes ont toujours tendance à culpabiliser pour tout. Il existe une dimension culturelle, liée à la notion de "péché originel". Il est très important de réaliser que d'autres ont des problèmes, que nous n'en portons pas la responsabilité, qu'il sont structurels et dépendent de la société, que d'autres femmes se trouvent dans la même situation et que ce n'est pas seule, mais en partenariat avec d'autres, qu'il sera possible de trouver des solutions, car elles ne seront pas individuelles. Une mentalité différente apparaîtra au fur et à mesure que grandira le nombre de femmes qui se sentent concernées. Pour moi, c'est le but d'un réseau, à savoir offrir des possibilités qui ne se présentent pas souvent dans le contexte individuel.

iKNOW Politics: Pour terminer, en votre qualité de ministre, quels sont les trois objectifs que vous vous donneriez dans un avenir proche? Comment aimeriez-vous qu'on se souvienne de vous?

Nilcéa Freire: L'un de mes objectifs consiste à veiller à la mise en œuvre de la loi “María da Penha", la loi contre la violence à l'égard des femmes au Brésil. Cette loi est le fruit de la lutte menée par les femmes brésiliennes, sanctionnée par le Président en 2006. Je souhaite également développer la participation politique des femmes en oeuvrant en faveur de la révision de la législation sur les quotas, afin qu'elle entre en vigueur pour les élections de 2010. En troisième lieu, je me fixe comme objectif de consolider la dimension transversale de la perspective du genre dans la politique de l'Etat brésilien et même, comme résultat de ces avancées, de permettre l'élection d'une femme à la Présidence du Brésil fin 2010.


Entretien avec l’Honorable N’deye Fatou Toure, membre du Parlement, Sénégal.

Soumis par iKNOW Politics le Mer Mer, 2010-01-13 23:00

Résumé: 

Je voudrais surtout que toutes les femmes intéressées par la politique sachent qu’au fond d’elles mêmes dort un génie porteur, créateur de grandes richesses nationales.

Corps: 

L’honorable N’deye Fatou Touré est membre du Parlement Sénégalais depuis 2006. Juriste de formation elle est avocate et membre du Barreau du Sénégal NFT

iKNOW Politics : Pouvez-vous nous parler de votre carrière? Comment est né votre intérêt pour la politique, qu'est-ce qui vous a inspirée ?

N’deye Fatou : Ma carrière est celle d’une africaine au Sud du Sahara née dans un pays côtier, sahélien et en milieu urbain. Par conséquent, scolarisée dés le bas âge, j’ai suivi le cursus normal de l’éducation au primaire dans l’enseignement moyen et au secondaire. Ce qui a été sanctionné par le baccalauréat (série D). Ayant suivi des études universitaire à l’ex Faculté des Sciences Juridiques et Economique de l’Université de Dakar, je fus lauréate du concours d’entrée au stage du Barreau, puis s’en est suivie une maîtrise en Droit privé judiciaire et une admission aux Diplômes d’Etude Approfondie de la même faculté.

Ainsi, seule femme admise au concours du Barreau du Sénégal sur 174 candidats, je fus cooptée par le Bâtonnier de l’époque, feu Maître Fadilou DIOP, pour effectuer un stage en son Etude de Novembre 1984 à Février 1988. A la fin dudit stage d’une durée légale de 3 ans, je fus admise au grand tableau de l’Ordre des Avocats du Sénégal. Et dés le début de mon stage j’adhérais à Amnesty International et à l’Association des Juristes Sénégalaises (en 1985) où je milite jusqu’à ce jour.

A côté de ces organisations de défense des droits humains, de la femme et de l’enfant en particulier, j’ai milité à l’organisation nationale des droits de l’homme (ONDH) affiliée à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), au Comité Sénégalais des Droits de l’Homme, à la Fédération Internationale des Femmes de Carrière Juridique (FIFCJ), à l’Association Avocats sans Frontière, à l’Association Internationale des Avocats de la Défense (AID) etc.… Bien évidemment, parallèlement à ma carrière d’avocate, et à mon militantisme pour la promotion et la protection des droits humains, j’ai toujours été personne ressource de toutes les associations de défense des droits de la femme et de l’enfant et n’ai ménagé aucun effort pour lutter contre les violences à leur égard, pour combattre l’injustice, les inégalités et la discrimination à l’égard des femmes dans mon pays.

Cet engagement sans faille m’a valu une étiquette de toutes les organisations de la Société Civile et même du PNUD, de l’UNIFEM et d’autres organismes internationaux œuvrant au Sénégal et en Afrique pour la promotion du genre. C’est dans ces circonstances qu’en Août 2006, à la veille de l’élection présidentielle au Sénégal, j’ai décidé de me joindre à un groupe d’amis, issus de la Société civile dirigée par Monsieur Mamadou Lamine Diallo, Ingénieur des mines, économiste de la Banque Mondiale. Convaincu de la nécessité pour les intellectuels sénégalais et africains de s’impliquer et de prendre part à la vie politique de nos Etats, j’ai accepté de diriger la campagne de Monsieur Diallo, candidat à la présidentielle de Février 2007 avant de conduire quelques mois plu tard, en Mai de la même année, la liste nationale d’un vaste mouvement dénommé « Tekki » qui s’est constitué autour du Président Mamadou Lamine Diallo.

C’est dans ces circonstances que j’ai eu l’honneur de siéger à l’Assemblée Nationale du Sénégal en tant qu’unique députée du Mouvement Tekki pour l’Emergence Citoyenne. Ce mouvement va se muer au cours de l’année 2007 en parti politique dénommé « Parti de l’Emergence Citoyenne » (PEC) qui pour la première fois a mis des femmes en tête de liste et a coopté 49% de femmes. Au niveau départemental, 6 femmes au moins ont dirigé des listes pour le scrutin majoritaire. Il y a lieu de préciser que pour les législatives, deux modes de scrutin sont prévus au Sénégal pour l’élection de 150 députés : 60 députés sont élus sur une liste proportionnelle avec plus fort reste ; 90 députés sont élus sur des listes départementales majoritaires à un tour. 

iKNOW Politics : Pensez-vous qu’être femme en politique a augmenté le nombre defis auxquels vous êtes confronté?

N'deye Fatou : En tant que parlementaire, je ne me sens pas du tout différente d’un parlementaire homme et ne nourris aucun complexe à l’égard de mes collègues. Toutefois, il jette un regard encore discriminatoire sur moi en particulier lorsque je développe des positions qu’ils peuvent au fond approuver (ils me le disent dans les coulisses) mais qu’ils ont du mal à accepter pour ne pas se laisser « dominer par cette femme ». Actuellement ma mission n’est pas du tout aisée à l’Assemblée Nationale du fait, d’une part, de ma position d’opposante issue d’un parti émergent (que d’aucun appelle « petit parti ») et d’autre part, qu’en tant que femme, j’arrive tant bien que mal à m’imposer.

Le fait d’être minoritaire me place devant de multiples défis à relever au sein du parlement dont le défi démocratique qui m’oblige à tout mettre en œuvre pour faire entendre ma voix en tant que députée non inscrite, sans groupe parlementaire (nous sommes 6 dans cette situation dont 2 femmes). A cela s’ajoute celui d’être femme et de devoir démontrer, qu’une femme dans une instance suprême de décision doit faire preuve de sa grande capacité à défendre la population par des décisions allant dans le sens du développement durable, équitables etc.

iKNOW Politics : Comment faites-vous pour concilier votre vie publique et politique avec votre vie privée et familiale?

N’deye Fatou : Il faut avouer qu’il est particulièrement difficile pour une femme intellectuelle « leader » agissant dans une instance de décision, de concilier la vie professionnelle avec la vie familiale d’une part, et de surcroit de mettre en adéquation ces deux formes d’existence avec la vie politique qui a ses exigences. Vous comprendrez que la profession, la politique et le cadre domestique s’exerçant dans un contexte socioculturel où la femme est assignée à des rôles inférieurs, subi les inconvénients majeurs de stéréotype sexiste, il est difficile de concilier les activités sus indiquées. Le seul motif de satisfaction ne peut venir que du mari et des enfants qui vous encadrent et sont obligés de supporter de longues absences difficiles à accepter. Les exigences de la vie familiale et les contraintes de la vie politique font difficilement bon ménage.

iKNOW Politics : Quels sont les facteurs qui gênent la participation politique des femmes ? Quelle est la situation actuelle des femmes en politique au Sénégal ?

N’deye Fatou : Aucun motif sérieux et valable ne saurait être invoqué pour asseoir une discrimination à l’égard des femmes dans la vie politique. La pauvreté, la religion et/où les traditions ne peuvent nullement constituer une entrave à la participation des femmes en politique surtout lorsqu’on sait qu’il n’y a pas de vie politique sans les femmes, qu’il n’y a pas d’élection sans femme. Elles doivent briguer tous les postes, tous les mandats, toutes les fonctions politiques et administratives pour influer de manière significative, sur les décisions prises ; et qui ont un impact réel sur leur sort.

Au Sénégal, le premier obstacle à la participation des femmes en politique est lié à l’absence de solidarité active entre femmes elles-mêmes, notamment dans les mouvements politiques et de la Société Civile. Le second obstacle est structurel et tient à l’analphabétisme et l’obscurantisme des femmes qui manquent de connaissance quant à leurs droits. Enfin, les femmes sont marginalisées et manquent souvent de moyens, il faut le dire pour s’adonner à une vie politique surtout, lorsqu’elles n’ont pas d’emploi. Et, à l’opposé, elles servent de masse électorale pour les politiciens dont elles constituent une clientèle.

iKNOW Politics : Est-ce que le réseautage et les alliances avec d’autres organisations a joué un rôle important dans votre expérience politique?

N’deye Fatou : Le travail en réseau et les alliances constituent un moyen privilégié (le meilleur moyen) de promotion des femmes en politique. Le travail en réseau est entrain d’occuper une place importante dans ma vie parlementaire. Les ONG et organisations de l’ONU sont entrain de voir en mon action parlementaire, un moyen de promouvoir le genre. C’est pourquoi, elles veulent m’associer de plus en plus à leurs activités (séminaires-ateliers-Work Shops etc.) tant au plan national qu’international.

iKNOW Politics : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes, notamment des femmes sénégalaises, qui voudraient se lancer en politique?

N’deye Fatou : Le premier conseil à donner aux jeunes femmes qui ont une vocation politique est de renforcer leur capacité, de s’informer pour avoir une bonne maîtrise de leurs rôles et responsabilité afin de gagner le pari de l’excellence, car les femmes en politique ne peuvent rien obtenir si elles ne sont pas compétentes ; tout doit s’arracher par des arguments objectifs et convaincants. Elles doivent surtout renforcer leurs alliances entre elles et avec les autres femmes.

iKNOW Politics : Que pensez-vous de l’intégration des nouvelles technologies dans la politique ? Quels sont les outils de communications que vous utilisez pour joindre vos électeurs?

N’deye Fatou : Les nouvelles technologies dans la politique sont d’une extrême utilité parce que permettant des échanges très féconds d’expériences entre femmes et entre femme et homme. Elles permettent ainsi de renforcer les capacités des femmes en politique pour les aider à relever les défis et obstacles qui se dressent sur leur chemin. Pour joindre mes électeurs, j’utilise, par priorité les médias (radios – télévisions) les portables, et des supports écrits (affiches – affichettes – effigie – sites internet etc.

iKNOW Politics : Pouvez-vous nous parler d’une législation ou d’une initiative dont vous êtes à l’origine au Parlement qui soit favorable aux femmes ? Quels sont les projets qui vous tiennent toujours à cœur?

N’deye Fatou : Les initiatives prises dans mon action parlementaire sont systématiquement pour la promotion des femmes dont la spécificité doit être prise en compte dans les lois que nous adoptons au Parlement, notamment dans le secteur agricole (agriculture – pêche – élevage) en matière électorale (réforme constitutionnelle pour promouvoir la parité dans les mandats et fonctions électives et non électives). J’ai activement contribué à l’élaboration d’un projet de loi tendant à renforcer la répression de toutes formes de violence à l’égard des femmes et des enfants (Commission de réforme etc.…) et obtenu du garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, l’assistance judiciaire pour toutes femmes et jeunes filles victimes d’abus sexuel ainsi que pour les femmes en difficultés conjugales ou dont les droits en tant que veuves sont menacées.

En tant que membre de la Commission des Finances et de l’Economie Générale de l’Assemblée Nationale je ne cesse de sensibiliser les ministres sur la budgétisation sensible au genre. En Commission des Lois, du Travail, de la Décentralisation et des Droits Humains, j’ai été l’auteur de plus d’une dizaine d’amendements à des textes gouvernementaux relatifs à la sauvegarde des droits humains dans les lieux de détention et à l’application de la Convention contre la torture. Au parlement, j’ai été l’auteur de plusieurs questions orales et d’actualités axées sur la hausse des denrées qui affectent les ménages donc les femmes, sur l’énergie (qui empêchent les femmes du secteur informel de mener leurs activités sur la nécessité de prendre des mesures pour accroître les revenus des ruraux.

Ce que je souhaiterais en héritage pour les femmes en politique, c’est la claire conscience que de par leur compétence, leur détermination et leur engagement, les femmes doivent pouvoir participer pleinement à la prise de décision en vue d’influer de manière significative sur la vie économique, politique, sociale et culturelle de leur pays. Je voudrais surtout que toutes les femmes intéressées par la politique sachent qu’au fond d’elles mêmes dort un génie porteur, créateur de grandes richesses nationales. Je voudrais que les femmes africaines puissent renforcer leur réseautage et coordonner leurs luttes pour éliminer toutes formes de discrimination à leur égard. Ce réseautage africain doit se mettre en synergie d’action avec tous les réseaux de femmes dans le monde pour améliorer leur participation dans la vie politique et, au-delà de celle-ci.


Tags: