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Entretien
Entretien avec Nilcéa Freire, Ministre du Secrétariat spécial pour la promotion de la femme (SPM) du Brésil
Submitted by iKNOW Politics on Dim, 2010-02-21 20:29
Résumé:
“Les partis, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont le reflet de la société. Les hommes font preuve de machisme aussi dans les partis, ils ont beaucoup de mal à faire de la place. Il existe aujourd'hui une forte concurrence entre eux et ils ne souhaitent pas qu'elle s'étende aux femmes. C'est la raison pour laquelle le changement dépend davantage de l'engagement des femmes. De plus en plus de femmes sont conscientes du fait qu'il n'est pas possible d'arriver au pouvoir sans partis, ce qui contribue à créer au sein des partis une masse critique de femmes susceptible de porter à leur transformation”.
Corps:
iKNOW Politics: Merci beaucoup, Madame la Ministre, de nous recevoir. Je voudrais commencer par vous demander de nous parler de votre trajectoire politique. Comment a-t-elle débuté? Quelle en a été l'inspiration? Le fait que vous soyez une femme a-t-il constitué un obstacle particulier?

Nilcéa Freire: Je fais de la politique depuis que je suis toute jeune. J'ai commencé à l'université, dans le mouvement étudiant. Je militais au Parti communiste du Brésil. C'était l'époque de la dictature militaire et nous étions dans la clandestinité. J'ai fui au Mexique (1975-1977), où j'ai poursuivi des études, que j'ai toutefois interrompues dès mon retour au Brésil. Cela fait très longtemps que l'activité politique fait partie de ma vie, en parallèle de mon activité professionnelle. Je suis médecin de formation et professeur à l'université. Après quelques années de travail, j'ai été choisie pour occuper le poste de Recteur de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro (2000-2003). A la fin de mon mandat de recteur de l'université, je suis entrée au ministère à l'invitation du Président Luiz Inácio Lula da Silva (2004). Mon engagement politique s'est exprimé sous la forme du militantisme dans un parti, je n'ai jamais été candidate. J'appartiens depuis 1989 au Parti des travailleurs (PT).
Je crois que nous avons toutes la sensation que nos choix nous font subir un certain isolement, que nous n'avons personne avec qui les partager. C'est particulièrement le cas lorsque l'environnement dans lequel on se trouve est majoritairement masculin, ce qui est mon cas depuis que je suis étudiante. Dans le mouvement estudiantin, la direction de mon parti était en majorité masculine, nous étions tout juste deux femmes. C'est le cas à gauche comme à droite et cette caractéristique culturelle machiste existe dans tous les partis.
A l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro, où j'ai travaillé toute ma vie, l'environnement est plus progressiste et ces questions ne se posent pas de façon explicite, mais elles existent tout de même sur un plan plus subtil. Quand on m'a confié les fonctions de recteur, les hommes aussi étaient favorables à ce choix. Toutefois, quand j'ai pris mes fonctions, mes collègues ont eu du mal à savoir comment se battre et se mettre en contact avec moi dans ce nouveau cas de figure. Sur le plan hiérarchique, je me trouvais au-dessus d'eux, ce qui a créé de fortes attentes avant que tout le monde ne s'habitue. Le mythe veut que nous, les femmes, nous soyons très fragiles émotionnellement, que nous puissions perdre le contrôle à tout moment. C'est l'image qu'on avait de moi avant de se rendre compte qu'il n'en était rien, que je ne correspondais pas aux stéréotypes. Le plus important, toutefois, est le fait que les femmes souffrent d'une forte surcharge de travail. J'ai accompli tout mon parcours avec deux enfants petits, dont je m'occupais presque seule. J'appartiens à la classe moyenne brésilienne, ce qui signifie que j'ai pu m'offrir les services d'une domestique rémunérée pour m'aider, mais il n'en reste pas moins que c'était difficile de laisser les enfants petits pour aller faire de la politique et mener des activités professionnelles. Beaucoup de femmes n'y arrivent pas: elles n'ont personne à qui laisser les enfants, personne avec qui partager les tâches du quotidien.
C'est un obstacle important, parce que le mythe veut aussi que les femmes n'aiment pas la politique. Personne ne leur, ne nous, demande pourquoi nous en sommes absentes. Il y a longtemps déjà, on a demandé à une femme syndicaliste: "Pourquoi n'es-tu pas à la direction du syndicat? Tu as des idées excellentes, pourquoi ne t'es-tu pas présentée à la direction du syndicat?” Et elle a répondu: “Pourquoi? Quand mon mari sort de l'usine et va au syndicat, personne ne lui demande des comptes et il ne m'a jamais demandé si j'aimerais qu'il rentre à la maison un soir par semaine pour s'occuper des enfants et préparer le repas, pendant que je vais moi au syndicat à la sortie de l'usine. Je sors de l'usine et je rentre à la maison m'occuper des enfants et préparer le repas, je n'ai pas le temps de devenir dirigeante syndicale”.
iKNOW Politics: "Vous qui occupez désormais des fonctions haut placées au sein du ministère chargé de la condition de la femme, quelles sont selon vous les possibilités d'un réel changement politique?
Nilcéa Freire: Occuper un poste comme celui-ci constitue une occasion unique. Nous les femmes, nous ne devons jamais oublier ce que cela nous a coûté d'arriver jusque là. Au Secrétariat spécial de la promotion de la femme (SPM), nous étudions la reformulation de la législation électorale brésilienne concernant les quotas de femmes. Au Brésil, la loi sur les quotas exige des partis qu'ils réservent au moins 30% des places sur leurs listes aux femmes. Toutefois, si un parti ne respecte pas ce chiffre, il ne s'expose à aucune sanction. Si le parti déclare: “Nous n'arrivons pas aux 30% de femmes”, il ne se passe rien. Les retombées de cette loi sont donc très limitées. Nous sommes en train d'évaluer ce qu'il serait possible de faire pour faire évoluer la situation. Au Brésil, le scrutin est nominal, ce qui rend la mise en œuvre des quotas plus difficile. Nous devons au moins trouver le moyen de rendre ces 30% efficaces. A l'heure actuelle, 10% seulement des membres du congrès sont des femmes.
iKNOW Politics: Les normes et le cadre normatif comptent, mais ne suffisent pas. Il faut des changements structurels et notamment faire évoluer la mentalité de la société. Quelles sont les stratégies mises en place par le gouvernement du Président Lula da Silva sur ce plan?
Nilcéa Freire: Nous agissons sur différents fronts, dont le front culturel, qui me paraît très important. Nous intervenons plus précisément dans les écoles, où il est possible de transmettre très vite aux garçons comme aux filles une autre vision du monde. Depuis 2005, il existe un programme intitulé Genre et diversité, qui a pour but d'apprendre aux enseignants des matières de base comment aborder les questions de genre, de race, d'ethnie et de préférences sexuelles avec les enfants. Ce programme est conçu pour les enfants de neuf à onze ou douze ans, quasiment jusqu'à l'adolescence. Quatorze mille enseignants dans tout le Brésil ont bénéficié de cette spécialisation, qui a été élargie cette année. Il s'agit d'un enseignement à distance (e-learning). Nous voulons nous attaquer à l'éducation formelle car l'éducation, si elle peut être un instrument de modernisation de la société, peut tout aussi bien être utilisée pour préserver les préjugés et le statu quo.
Nous travaillons sur un autre front, à savoir l'appui aux campagnes que nous proposent les organisations de la société civile. L'année dernière, nous avons lancé une campagne intitulée: “Je m'engage en faveur des femmes au pouvoir”. L'outil principal de cette campagne est un site Internet, sur lequel nous recueillons des informations et entreprenons des analyses concernant la participation des femmes à la vie politique. Dans le cadre de cette campagne, nous avons aussi offert à toutes les candidates et tous les candidats une plate-forme politique pour les élections municipales de 2008. Cette plate-forme est le fruit du travail, non seulement du SPM, mais aussi du Conseil national des droits de la femme (CNDM), enceinte rassemblant des instances des partis politiques brésiliens consacrées aux femmes, que nous soutenons. Tous les partis, de droite comme de gauche, y sont réunis. Nous avons lancé cette plate-forme au moyen de spots radiophoniques, d'affiches et de slogans et les candidates y ont fait appel pour leur campagne.
A ce qui précède viennent s'ajouter les programmes permanents et les projets du SPM et du gouvernement visant à défendre et renforcer l'autonomie des femmes, particulièrement dans le monde du travail, tant pour les femmes qui vivent dans les zones urbaines que pour celles qui vivent dans la campagne brésilienne. Défendre l'autonomie de ces femmes signifie souvent revenir aux choses les plus fondamentales, par exemple s'assurer qu'elles disposent de papiers d'identité. Quand nous sommes arrivés au gouvernement, presque trois ou quatre millions de ces femmes ne disposaient même pas de carte d'identité, qui constitue leur principal document officiel d'identité. Elles ne pouvaient donc pas avoir accès aux programmes de crédits proposés par le gouvernement. Œuvrer en faveur de l'autonomie signifie élargir les perspectives d'emploi et d'accès au marché du travail et, par ailleurs, créer des conditions propices à une qualité de vie minimum.
C'est dans ce but que nous avons organisé deux conférences nationales sur les femmes, la première en 2004 et la seconde en 2007. Il s'agit de processus participatifs qui commencent par des conférences municipales, auxquelles succèdent des conférences régionales, pour arriver à la conférence nationale. La première a réuni mille huit cents déléguées de tout le Brésil, au terme d'un processus qui a vu la participation de cent vingt mille femmes. La seconde, qui a rassemblé en 2007 deux mille huit cents déléguées, a été le point fort d'un processus auquel deux cent vingt mille femmes ont participé. La première conférence a permis d'élaborer les principes et les lignes directrices du premier plan national de promotion de la femme et la seconde de revoir ce plan, qui a été élargi, notamment pour inclure d'autres contributions. Nous sommes en pleine mise en œuvre des accords passés au cours de cette seconde conférence. En outre, le plan n'engage pas seulement le SPM, mais aussi les ministères du gouvernement de Lula da Silva: travail, éducation, santé, développement social, science et technologie, etc. Tous les ministères sont concernés par les onze chapitres de ce plan, qui vont de l'éducation inclusive et non sexiste jusqu'à la question des femmes et du pouvoir.
iKNOW Politics: Vous jouissez d'une longue expérience du militantisme au sein de partis politiques. Quelle est votre vision de la participation des femmes au travail des partis? Quelles seraient vos suggestions de changement ou d'amélioration?
Nilcéa Freire: La relation entre les femmes et les partis politiques et la politique officielle est extrêmement délicate. Au départ, le féminisme traditionnel (et encore aujourd'hui certains courants sont de cet avis) a radicalement remis en cause le militantisme des femmes dans les partis politiques. Pendant des années, au Brésil, les femmes qui militaient dans le mouvement féministe étaient farouchement opposées aux partis politiques. Le mouvement féministe se positionnait comme un mouvement d'inspiration libertaire, tout ce qui posait des limites était rejeté. Au Brésil, une ligne de démarcation claire a séparé les femmes autonomes appartenant au mouvement féministe de celles qui ont décidé de s'engager dans les partis. De façon générale, les femmes qui revenaient d'exil, qui avaient déjà milité dans un parti politique, ont opté pour cette seconde solution, mais elles n'ont pas été nombreuses, ce qui explique que nous continuions à être minoritaires au sein des partis.
Les partis, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont le reflet de la société. Les hommes font preuve de machisme aussi dans les partis, ils ont beaucoup de mal à faire de la place. Il existe aujourd'hui une forte concurrence entre eux et ils ne souhaitent pas qu'elle s'étende aux femmes. C'est la raison pour laquelle le changement dépend davantage de l'engagement des femmes. De plus en plus de femmes sont conscientes du fait qu'il n'est pas possible d'arriver au pouvoir sans partis, ce qui contribue à créer au sein des partis une masse critique de femmes susceptible de porter à leur transformation.
Vous voyez que, bien souvent, c'est la pression qui paie. Prenez par exemple le cas de Michelle Bachelet, au Chili. Elle n'était pas la candidate de prédilection de son parti, bien au contraire. Le parti n'a appuyé sa candidature que lorsqu'il a eu connaissance des sondages d'opinion. C'est dans ces cas-là que le parti dit: "Cette femme bénéficie du soutien des électeurs, appuyons-la”. Il est illusoire de penser que les partis politiques se transformeront sans effort. Nous n'obtiendrons rien tant que durera le rapport de force dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui: peu de femmes organisées contre beaucoup d'hommes. On ne tient pas compte de nous? Il faut que nous fassions pression. La pression exercée du dehors sur les partis ne suffit pas non plus, il faut aussi faire pression de l'intérieur. Mon parti, le Parti des travailleurs (PT), a été le premier du Brésil à adopter des quotas de femmes pour la composition de sa direction, les nominations et les listes électorales pour la direction du parti. Il faut 30% de femmes, quel que soit le cas de figure. Ce n'est pas facile de lutter de l'intérieur, c'est difficile, car les lois fondamentales de la physique nous apprennent que deux corps ne peuvent occuper le même espace en même temps. Pour que l'un entre, l'autre doit partir. Pour qu'une femme arrive au pouvoir, un homme doit le quitter. Nous somme là pour nous battre et la première étape consiste à être tout simplement là.
iKNOW Politics: Vous avez fait beaucoup de formation. Comment voyez-vous le renouvellement de la classe dirigeante des femmes engagées dans la politique au Brésil? Auriez-vous des propositions à faire pour renforcer ce processus?
Nilcéa Freire: Nous nous réjouissons de voir que le renouvellement des dirigeantes va bon train au Brésil. Voici quelques années, rares étaient les jeunes femmes impliquées dans les activités du mouvement des femmes. Aujourd'hui, il existe un beau mouvement de jeunes féministes, qui ne cesse de se développer. Ce mouvement, qui a joué un rôle de premier plan lors de la Conférence nationale sur la condition de la femme, en 2007, continue à se développer. Ces femmes disposent d'une sorte de réseau couvrant tout le territoire national, ainsi que de représentantes dans tous les états brésiliens et une rencontre de jeunes féministes a été organisée l'année dernière.
Par ailleurs, le SPM soutient l'Union nationale des étudiants (UNE) et, en son sein, UNE Mujer (la section féminine), qui s'efforce de créer des noyaux de femmes dans toutes les universités. Ces femmes sont en train de réaliser une étude, un travail de mobilisation, une campagne en faveur de la légalisation de l'avortement au Brésil et elles travaillent sur la question des droits sexuels et reproductifs. Nous encourageons ce type de participation et de formation politique, car nous considérons que nous manquons d'espaces de formation, gouvernementaux et non gouvernementaux. Je ne parle pas de petits programmes de formation, mais de programmes plus importants, susceptibles d'autonomiser réellement les jeunes femmes. Il faut qu'elles sachent que ce n'est pas facile, que des obstacles existent, mais qu'il est possible de les surmonter. Je n'oublie jamais que j'ai une petite fille de sept mois et que beaucoup de chemin reste encore à parcourir pour qu'elle vive dans un monde plus égalitaire. Il ne faut pas que les femmes de demain doivent payer leur autonomie aussi cher que nous, qui sommes plus âgées. Nous avons souvent dû payer le prix fort pour devenir plus indépendantes, autonomes, et arriver là où nous en sommes aujourd'hui.
iKNOW Politics: Quel a été l'importance des réseaux dans votre travail?
Nilcéa Freire: Les réseaux sont fondamentaux. Au départ, j'ai parlé de la sensation d'isolement, que l'on œuvre au sein d'une instance non gouvernementale ou au gouvernement, ou encore dans un parti. On se sent souvent seule, on a l'impression d'être la seule à avoir des problèmes, car les femmes ont toujours tendance à culpabiliser pour tout. Il existe une dimension culturelle, liée à la notion de "péché originel". Il est très important de réaliser que d'autres ont des problèmes, que nous n'en portons pas la responsabilité, qu'il sont structurels et dépendent de la société, que d'autres femmes se trouvent dans la même situation et que ce n'est pas seule, mais en partenariat avec d'autres, qu'il sera possible de trouver des solutions, car elles ne seront pas individuelles. Une mentalité différente apparaîtra au fur et à mesure que grandira le nombre de femmes qui se sentent concernées. Pour moi, c'est le but d'un réseau, à savoir offrir des possibilités qui ne se présentent pas souvent dans le contexte individuel.
iKNOW Politics: Pour terminer, en votre qualité de ministre, quels sont les trois objectifs que vous vous donneriez dans un avenir proche? Comment aimeriez-vous qu'on se souvienne de vous?
Nilcéa Freire: L'un de mes objectifs consiste à veiller à la mise en œuvre de la loi “María da Penha", la loi contre la violence à l'égard des femmes au Brésil. Cette loi est le fruit de la lutte menée par les femmes brésiliennes, sanctionnée par le Président en 2006. Je souhaite également développer la participation politique des femmes en oeuvrant en faveur de la révision de la législation sur les quotas, afin qu'elle entre en vigueur pour les élections de 2010. En troisième lieu, je me fixe comme objectif de consolider la dimension transversale de la perspective du genre dans la politique de l'Etat brésilien et même, comme résultat de ces avancées, de permettre l'élection d'une femme à la Présidence du Brésil fin 2010.
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Entretien avec l’Honorable N’deye Fatou Toure, membre du Parlement, Sénégal.
Submitted by iKNOW Politics on Thu, 2010-01-14 00:00
Résumé:
Je voudrais surtout que toutes les femmes intéressées par la politique sachent qu’au fond d’elles mêmes dort un génie porteur, créateur de grandes richesses nationales.
Corps:
L’honorable N’deye Fatou Touré est membre du Parlement Sénégalais depuis 2006. Juriste de formation elle est avocate et membre du Barreau du Sénégal
iKNOW Politics : Pouvez-vous nous parler de votre carrière? Comment est né votre intérêt pour la politique, qu'est-ce qui vous a inspirée ?
N’deye Fatou : Ma carrière est celle d’une africaine au Sud du Sahara née dans un pays côtier, sahélien et en milieu urbain. Par conséquent, scolarisée dés le bas âge, j’ai suivi le cursus normal de l’éducation au primaire dans l’enseignement moyen et au secondaire. Ce qui a été sanctionné par le baccalauréat (série D).
Ayant suivi des études universitaire à l’ex Faculté des Sciences Juridiques et Economique de l’Université de Dakar, je fus lauréate du concours d’entrée au stage du Barreau, puis s’en est suivie une maîtrise en Droit privé judiciaire et une admission aux Diplômes d’Etude Approfondie de la même faculté. Ainsi, seule femme admise au concours du Barreau du Sénégal sur 174 candidats, je fus cooptée par le Bâtonnier de l’époque, feu Maître Fadilou DIOP, pour effectuer un stage en son Etude de Novembre 1984 à Février 1988. A la fin dudit stage d’une durée légale de 3 ans, je fus admise au grand tableau de l’Ordre des Avocats du Sénégal. Et dés le début de mon stage j’adhérais à Amnesty International et à l’Association des Juristes Sénégalaises (en 1985) où je milite jusqu’à ce jour. A côté de ces organisations de défense des droits humains, de la femme et de l’enfant en particulier, j’ai milité à l’organisation nationale des droits de l’homme (ONDH) affiliée à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), au Comité Sénégalais des Droits de l’Homme, à la Fédération Internationale des Femmes de Carrière Juridique (FIFCJ), à l’Association Avocats sans Frontière, à l’Association Internationale des Avocats de la Défense (AID) etc.…
Bien évidemment, parallèlement à ma carrière d’avocate, et à mon militantisme pour la promotion et la protection des droits humains, j’ai toujours été personne ressource de toutes les associations de défense des droits de la femme et de l’enfant et n’ai ménagé aucun effort pour lutter contre les violences à leur égard, pour combattre l’injustice, les inégalités et la discrimination à l’égard des femmes dans mon pays.
Cet engagement sans faille m’a valu une étiquette de toutes les organisations de la Société Civile et même du PNUD, de l’UNIFEM et d’autres organismes internationaux œuvrant au Sénégal et en Afrique pour la promotion du genre.
C’est dans ces circonstances qu’en Août 2006, à la veille de l’élection présidentielle au Sénégal, j’ai décidé de me joindre à un groupe d’amis, issus de la Société civile dirigée par Monsieur Mamadou Lamine Diallo, Ingénieur des mines, économiste de la Banque Mondiale.
Convaincu de la nécessité pour les intellectuels sénégalais et africains de s’impliquer et de prendre part à la vie politique de nos Etats, j’ai accepté de diriger la campagne de Monsieur Diallo, candidat à la présidentielle de Février 2007 avant de conduire quelques mois plu tard, en Mai de la même année, la liste nationale d’un vaste mouvement dénommé « Tekki » qui s’est constitué autour du Président Mamadou Lamine Diallo. C’est dans ces circonstances que j’ai eu l’honneur de siéger à l’Assemblée Nationale du Sénégal en tant qu’unique députée du Mouvement Tekki pour l’Emergence Citoyenne. Ce mouvement va se muer au cours de l’année 2007 en parti politique dénommé « Parti de l’Emergence Citoyenne » (PEC) qui pour la première fois a mis des femmes en tête de liste et a coopté 49% de femmes.
Au niveau départemental, 6 femmes au moins ont dirigé des listes pour le scrutin majoritaire. Il y a lieu de préciser que pour les législatives, deux modes de scrutin sont prévus au Sénégal pour l’élection de 150 députés : 60 députés sont élus sur une liste proportionnelle avec plus fort reste ; 90 députés sont élus sur des listes départementales majoritaires à un tour.
iKNOW Politics : Pensez-vous qu’être femme en politique a augmenté le nombre defis auxquels vous êtes confronté?
N'deye Fatou : En tant que parlementaire, je ne me sens pas du tout différente d’un parlementaire homme et ne nourris aucun complexe à l’égard de mes collègues. Toutefois, il jette un regard encore discriminatoire sur moi en particulier lorsque je développe des positions qu’ils peuvent au fond approuver (ils me le disent dans les coulisses) mais qu’ils ont du mal à accepter pour ne pas se laisser « dominer par cette femme ». Actuellement ma mission n’est pas du tout aisée à l’Assemblée Nationale du fait, d’une part, de ma position d’opposante issue d’un parti émergent (que d’aucun appelle « petit parti ») et d’autre part, qu’en tant que femme, j’arrive tant bien que mal à m’imposer.
Le fait d’être minoritaire me place devant de multiples défis à relever au sein du parlement dont le défi démocratique qui m’oblige à tout mettre en œuvre pour faire entendre ma voix en tant que députée non inscrite, sans groupe parlementaire (nous sommes 6 dans cette situation dont 2 femmes). A cela s’ajoute celui d’être femme et de devoir démontrer, qu’une femme dans une instance suprême de décision doit faire preuve de sa grande capacité à défendre la population par des décisions allant dans le sens du développement durable, équitables etc.
iKNOW Politics : Comment faites-vous pour concilier votre vie publique et politique avec votre vie privée et familiale?
N’deye Fatou : Il faut avouer qu’il est particulièrement difficile pour une femme intellectuelle « leader » agissant dans une instance de décision, de concilier la vie professionnelle avec la vie familiale d’une part, et de surcroit de mettre en adéquation ces deux formes d’existence avec la vie politique qui a ses exigences. Vous comprendrez que la profession, la politique et le cadre domestique s’exerçant dans un contexte socioculturel où la femme est assignée à des rôles inférieurs, subi les inconvénients majeurs de stéréotype sexiste, il est difficile de concilier les activités sus indiquées. Le seul motif de satisfaction ne peut venir que du mari et des enfants qui vous encadrent et sont obligés de supporter de longues absences difficiles à accepter.
Les exigences de la vie familiale et les contraintes de la vie politique font difficilement bon ménage.
iKNOW Politics : Quels sont les facteurs qui gênent la participation politique des femmes ? Quelle est la situation actuelle des femmes en politique au Sénégal ?
N’deye Fatou : Aucun motif sérieux et valable ne saurait être invoqué pour asseoir une discrimination à l’égard des femmes dans la vie politique. La pauvreté, la religion et/où les traditions ne peuvent nullement constituer une entrave à la participation des femmes en politique surtout lorsqu’on sait qu’il n’y a pas de vie politique sans les femmes, qu’il n’y a pas d’élection sans femme.
Elles doivent briguer tous les postes, tous les mandats, toutes les fonctions politiques et administratives pour influer de manière significative, sur les décisions prises ; et qui ont un impact réel sur leur sort.
Au Sénégal, le premier obstacle à la participation des femmes en politique est lié à l’absence de solidarité active entre femmes elles-mêmes, notamment dans les mouvements politiques et de la Société Civile.
Le second obstacle est structurel et tient à l’analphabétisme et l’obscurantisme des femmes qui manquent de connaissance quant à leurs droits.
Enfin, les femmes sont marginalisées et manquent souvent de moyens, il faut le dire pour s’adonner à une vie politique surtout, lorsqu’elles n’ont pas d’emploi. Et, à l’opposé, elles servent de masse électorale pour les politiciens dont elles constituent une clientèle.
iKNOW Politics : Est-ce que le réseautage et les alliances avec d’autres organisations a joué un rôle important dans votre expérience politique ?
N’deye Fatou : Le travail en réseau et les alliances constituent un moyen privilégié (le meilleur moyen) de promotion des femmes en politique. Le travail en réseau est entrain d’occuper une place importante dans ma vie parlementaire. Les ONG et organisations de l’ONU sont entrain de voir en mon action parlementaire, un moyen de promouvoir le genre. C’est pourquoi, elles veulent m’associer de plus en plus à leurs activités (séminaires-ateliers-Work Shops etc.) tant au plan national qu’international.
iKNOW Politics : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes, notamment des femmes sénégalaises, qui voudraient se lancer en politique?
N’deye Fatou : Le premier conseil à donner aux jeunes femmes qui ont une vocation politique est de renforcer leur capacité, de s’informer pour avoir une bonne maîtrise de leurs rôles et responsabilité afin de gagner le pari de l’excellence, car les femmes en politique ne peuvent rien obtenir si elles ne sont pas compétentes ; tout doit s’arracher par des arguments objectifs et convaincants. Elles doivent surtout renforcer leurs alliances entre elles et avec les autres femmes.
iKNOW Politics : Que pensez-vous de l’intégration des nouvelles technologies dans la politique ? Quels sont les outils de communications que vous utilisez pour joindre vos électeurs ?
N’deye Fatou : Les nouvelles technologies dans la politique sont d’une extrême utilité parce que permettant des échanges très féconds d’expériences entre femmes et entre femme et homme. Elles permettent ainsi de renforcer les capacités des femmes en politique pour les aider à relever les défis et obstacles qui se dressent sur leur chemin.
Pour joindre mes électeurs, j’utilise, par priorité les médias (radios – télévisions) les portables, et des supports écrits (affiches – affichettes – effigie – sites internet etc.
iKNOW Politics : Pouvez-vous nous parler d’une législation ou d’une initiative dont vous êtes à l’origine au Parlement qui soit favorable aux femmes ? Quels sont les projets qui vous tiennent toujours à cœur ?
N’deye Fatou : Les initiatives prises dans mon action parlementaire sont systématiquement pour la promotion des femmes dont la spécificité doit être prise en compte dans les lois que nous adoptons au Parlement, notamment dans le secteur agricole (agriculture – pêche – élevage) en matière électorale (réforme constitutionnelle pour promouvoir la parité dans les mandats et fonctions électives et non électives).
J’ai activement contribué à l’élaboration d’un projet de loi tendant à renforcer la répression de toutes formes de violence à l’égard des femmes et des enfants (Commission de réforme etc.…) et obtenu du garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, l’assistance judiciaire pour toutes femmes et jeunes filles victimes d’abus sexuel ainsi que pour les femmes en difficultés conjugales ou dont les droits en tant que veuves sont menacées.
En tant que membre de la Commission des Finances et de l’Economie Générale de l’Assemblée Nationale je ne cesse de sensibiliser les ministres sur la budgétisation sensible au genre.
En Commission des Lois, du Travail, de la Décentralisation et des Droits Humains, j’ai été l’auteur de plus d’une dizaine d’amendements à des textes gouvernementaux relatifs à la sauvegarde des droits humains dans les lieux de détention et à l’application de la Convention contre la torture.
Au parlement, j’ai été l’auteur de plusieurs questions orales et d’actualités axées sur la hausse des denrées qui affectent les ménages donc les femmes, sur l’énergie (qui empêchent les femmes du secteur informel de mener leurs activités sur la nécessité de prendre des mesures pour accroître les revenus des ruraux.
Ce que je souhaiterais en héritage pour les femmes en politique, c’est la claire conscience que de par leur compétence, leur détermination et leur engagement, les femmes doivent pouvoir participer pleinement à la prise de décision en vue d’influer de manière significative sur la vie économique, politique, sociale et culturelle de leur pays. Je voudrais surtout que toutes les femmes intéressées par la politique sachent qu’au fond d’elles mêmes dort un génie porteur, créateur de grandes richesses nationales.
Je voudrais que les femmes africaines puissent renforcer leur réseautage et coordonner leurs luttes pour éliminer toutes formes de discrimination à leur égard. Ce réseautage africain doit se mettre en synergie d’action avec tous les réseaux de femmes dans le monde pour améliorer leur participation dans la vie politique et, au-delà de celle-ci.
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Entretien avec Martha Roldós, ex-candidate à la Présidence de l'Equateur (2009)
Submitted by iKNOW Politics on Lun, 2010-01-04 12:49
Résumé:
“Je fais de la politique parce que je souhaite voir advenir certaines choses plutôt que d'autres. C'est en fonction de cela que je décide avec qui je m'allie, avec qui je discute, mais aussi avec qui je ne m'allierai pas et ne discuterai pas. Si je commence à réfléchir à qui est le plus célèbre, qui passe devant la caméra et que je me bats pour ça, je trahis mon engagement et je suis perdue, pire même: c'est mon engagement qui disparaît.”
Corps:
iKNOW Politics: Vous êtes née dans une famille de politiciens. Comment ces antécédents influent-ils sur votre participation politique?
Martha Roldós: Mon père, Jaime Roldós Aguilera, a été Président de l'Equateur (1979-1981) et il est décédé avec ma mère en 1981, dans un accident d'avion dont les circonstances n'ont jamais été éclaircies. Abdalá Bucarám (1996-1997), un frère de ma mère, a aussi été Président de la République (1996-1997). J'étais à l'époque dans l'opposition. Mon ex-mari est le neveu d'Omar Torrijos, ancien Président de Panama. Si je n'étais pas engagée activement dans la politique, elle n'en était pas moins un sujet d'intérêt pour moi.
J'ai étudié l'économie, la politique internationale et la sociologie. J'ai toujours lu et suivi la politique de mon pays. León Roldós, le frère de mon père, socialiste, a été Vice-président de la République (1981-1984). Il a fondé le mouvement "Red Ética y Democracia" (Réseau éthique et démocratie), dans lequel je milite.
J'ai fait de la politique pendant mes années d'université, mais c'est récemment, au cours des élections de 2006, que j'ai fait mon entrée sur la scène politique nationale. C'est en 2006 que j'ai été élue député au Congrès national, au moment de l'entrée en fonction du gouvernement du Président Rafael Correa Delgado (qui est intervenue en janvier 2007). J'ai été député pendant six mois avant de renoncer à mes fonctions pour présenter ma candidature à l'Assemblée nationale constituante, projet lancé par notre mouvement "Red Ética y Democracia". L'Assemblée constituante était une aspiration des mouvements sociaux, des mouvements politiques progressistes et d'un nombre considérable de citoyens. J'ai été élue membre de l'Assemblée, qui a siégé de novembre 2007 à juillet 2008.
Une fois la nouvelle constitution approuvée (2008), un régime de transition comportant une Commission législative sur la fiscalité (octobre 2008 – février 2009), au sein de laquelle certaines et certains d'entre nous avons continué à remplir des fonctions d'élaboration de la législation et de la fiscalité, a été mis en place.
J'ai toujours été au centre-gauche, à chaque fois un peu plus à gauche, je crois, animée par un profond intérêt pour la question écologique et la parité. Pour moi, les questions d'écologie sont vitales, défendre l'environnement c'est défendre la vie. Il s'agit de l'une des causes les plus importantes des mouvements sociaux et autochtones. C'est un versant de la politique auquel je m'identifie tout à fait.
iKNOW Politics: L'Equateur a connu ces dernières années des changements extrêmement rapides. Comment voyez-vous les progrès réalisés par la cause des femmes, notamment leur participation politique?
Martha Roldós: Je crois que nous avons avancé en Equateur, ces dernières années. Nous nous sommes efforcés d'instaurer la parité par la loi, mais le plus important est que nous avons avancé dans la pratique: c'est justement au moment de l'Assemblée constituante que la participation féminine a été la plus forte. Un grand nombre de listes étaient emmenées par des femmes, ce qui nous a permis de faire un saut qualitatif. Nous avons réussi à obtenir, non seulement la parité, mais aussi l'alternance sur les listes. Auparavant, sur une liste de dix-huit noms, par exemple, les neuf derniers noms étaient ceux des femmes. Aujourd'hui, il faut alterner. De fait, à l'Assemblée constituante, nous étions presque 40%. Quand la Commission législative sur la fiscalité a été élue, certains et certaines d'entre nous se sont opposés à ce que sa composition se base sur le nombre de membres de l'Assemblée, car nous considérions comme très difficile de préserver à la fois la proportionnalité par province, par force politique et par sexe. Une fois de plus, c'est la proportionnalité par sexe qui a été sacrifiée.
Ceci étant, la présence de femmes ne fait pas nécessairement avancer la cause des femmes. La plus grande opposition à la cause des femmes, sur le plan de la santé sexuelle et génésique, est venue d'autres femmes, membres des partis de droite. Elles avaient un programme, un menu dirais-je, identique à celui qui a été proposé dans d'autres pays d'Amérique latine, inspiré des prises de position du Vatican, de certaines églises protestantes et du gouvernement de George Bush (ancien Président des Etats-Unis, 2001-2009). Leurs prises de position allaient à l'encontre de celles d'institutions internationales telles que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), source d'inspiration pour un grand nombre de membres de l'Assemblée en ce qui concerne les femmes et la parité.
iKNOW Politics: Les quotas ne suffisent pas, affirment un grand nombre de spécialistes, ce que confirment les études; il faudrait accompagner les autres lois adoptées en faveur des femmes, qui ne sont pas suffisantes non plus, de toute une structure sociale et législative. Sur la base de votre expérience, quelles sont les stratégies qu'il faudrait mettre en place pour concrétiser les changements structurels requis sur ce plan?
Martha Roldós: Effectivement, les quotas de candidatures ne suffisent pas. Sur ce plan, notre plus grande réussite a été l'obtention de l'alternance sur les listes. Il faut faire en sorte que davantage de femmes soient désignées et élues au parlement. Je crois que les partis politiques devraient se plier à une réglementation interne les obligeant à prendre au sérieux la candidature des femme. Il arrive fréquemment que ces candidatures soient offertes à des reines de beauté, qui servent à appâter les électeurs.
Pour que les quotas soient efficaces, les partis doivent avoir des structures permettant aux femmes qui sont membres de participer. Nous éviterions ainsi que les candidatures féminines ne soient attribuées à des femmes étrangères aux partis, mais célèbres ou bien introduites dans les moyens de communication.
Sur un autre plan, et c'est très intéressant, la participation politique des femmes ne se réduit pas aux partis et aux élections. Il existe d'autres formes de participation, à l'instar de la participation à des groupes opposés à la loi sur l'extraction minière, dans lesquels je suis moi-même engagée. Les femmes sont très nombreuses parmi les défenseurs des communautés contre l'industrie minière et c'est aux femmes qu'il faut donner davantage d'espace. Je crois que c'est intéressant. C'est quand on monte au créneau avec la communauté, pour la souveraineté alimentaire, pour l'eau, contre l'industrie minière, que l'on rencontre le plus grand nombre de femmes montrant un degré d'engagement et de participation très élevé. Un grand nombre de nos camarades ont été diabolisées pour leur lutte contre l'industrie minière, par exemple Lina Solano ou Esther Landeta, menacée de mort par des tueurs à gages. Il est intéressant de relever que, dans ces autres espaces politiques, les femmes ont pris beaucoup d'importance et sont en général les plus persécutées.
iKNOW Politics: Et dans la société, quelles sont les stratégies qui vous paraissent les plus efficaces pour lutter contre la vision machiste et patriarcale qui tient pour illégitime la demande de parité émanant des femmes?
Martha Roldós: Je pense qu'il faudrait une stratégie de communication permettant de battre en brèche le machisme généralisé de la société. Mais nous les femmes qui faisons de la politique, nous devrions aussi être à la hauteur de notre fonction et ne pas nous laisser intimider. La façon la plus courante d'intimider une femme consiste à la menacer de révéler des aspects de sa vie personnelle, des points qui n'auraient pas la moindre importance dans la vie d'un homme. Le moment est venu pour nous les femmes qui faisons de la politique de dire: "oui, et alors?" J'ai entendu parler d'une femme de droite qui a cessé de s'opposer au Président de l'Equateur (Rafael Correa Delgado) lorsque celui-ci a affirmé à la radio qu'elle avait une réputation douteuse. Je ne suis d'accord avec aucune des prises de position de cette femme, mais personne n'a le droit de l'attaquer ainsi. Pour notre part, nous ne remettons en cause la réputation de personne et nous ne parlons pas des partenaires sexuels des hommes qui font de la politique. L'une des premières choses à faire serait de prendre des sanctions sévères à l'égard de ces campagnes, quel qu'en soit l'auteur. Il s'agit d'une discrimination inacceptable.
C'est très pénible lorsque ces rumeurs atteignent les oreilles des enfants d'une femme et ce n'est pas facile pour la majeure partie des femmes. Pourtant, il faut apprendre aux enfants à répondre: "Oui, et alors? Ma vie privée ne regarde que moi". Il faut commencer à respecter la vie privée des femmes qui font de la politique, il n'y aucune raison qu'elle fasse l'objet de mépris ni de discussions politiques. Nous devrions être plus strictes dans la législation. Il faudrait que ce type de comportement soit apparenté à du harcèlement, à de la discrimination, quel qu'en soit l'auteur.
Enfin, je crois que la question du financement de la campagne des femmes est de la plus haute importance. Il est beaucoup plus difficile aux femmes qu'aux hommes de réussir à financer leur campagne. Les choses se compliquent, prennent un tour personnel, il faudrait commencer à réfléchir à cette question.
iKNOW Politics: L'Association des femmes municipalistes d'Equateur (AMUME) a élaboré un projet de loi sur le harcèlement et la violence à l'égard des femmes engagées en politique. Que pensez-vous de ce travail?
Martha Roldós: Je connais cette initiative, qui m’a été présentée par Margarita Carranco, Présidente de l'AMUME. Un grand nombre de femmes a été menacé. C'est peut-être moins fréquent dans l'enceinte parlementaire, car nous sommes plus visibles, mais cela arrive très souvent à l'échelon municipal, surtout pour les femmes conseillères. Une amie à moi, qui est conseillère représentant le même mouvement que moi, a été intimidée à Santo Domingo pour avoir porté plainte pour corruption contre le maire. Les menaces font partie intégrante de la stratégie politique et, dans les petites communautés, les menaces sont physiques. C'est encore plus grave dans le cas d'une femme, car la menace physique voile la menace de violences d'une autre nature, sexuelle par exemple, ou de commentaires injurieux, ou de harcèlement.
iKNOW Politics: Les populations autochtones sont très importantes dans la région et l'Equateur est l'un des pays les plus représentatifs sur ce plan. Comment voyez-vous la situation des femmes autochtones équatoriennes sur le plan politique? Comment pensez-vous que leur situation évoluera à l'avenir?
Martha Roldós: Il y a des femmes autochtones équatoriennes engagées en politique, par exemple Mónica Chuji, qui représente non seulement les femmes autochtones, mais aussi les femmes en général et qui défend leurs intérêts avec beaucoup de conviction dans le domaine de la santé sexuelle et génésique.
Je me rappelle la participation remarquée de femmes des mouvements sociaux du Chimborazo, par exemple notre camarade Cucuri, qui a demandé à ce que, quand on reconnaîtra les droits des peuples ancestraux, on exige aussi d'eux en échange qu'ils respectent les droits des femmes. Ici, en Equateur, la participation, de qualité élevée, augmente, depuis Nina Pacari en passant par Lourdes Vivan, Dolores Cacuango, Blanca Chancoso, et beaucoup d'autres dont le nom m'échappe. Il faut nourrir ce processus, nos camarades demandent à être entendues dans leur communauté et dans la collectivité, et cet espace doit être respecté par toutes et tous.
iKNOW Politics: Quelle difficulté a représenté pour vous l'obligation de vous imposer dans un milieu majoritairement masculin comme la politique? Comment avez-vous relevé ce défi?
Martha Roldós: Quand je suis arrivée au Congrès national, nous étions six représentants et représentantes de la "Red Ética y Democracia" et il a été décidé de me nommer chef de file, ce qui a donné beaucoup de fil à retordre aux chefs des autres blocs. L'un d'entre eux ne s'adressait d'ailleurs jamais à moi, mais à ses camarades, lorsque nous étions censés négocier quelque chose. Eux lui disaient: “non, la responsable de cette question c'est Martha, c'est à elle que tu dois t'adresser”, mais il s'y refusait, car nous nous étions déjà trouvés dans l'impasse sur d'autres sujets. En fin de compte, il a fallu que son bloc le remplace par quelqu'un qui réussissait à dialoguer avec moi comme avec tous les autres.
Je crois qu'il faut se faire respecter, au début c'est difficile, quand on arrive on est timide, un peu impressionnée. L'une des choses que l'on apprend lorsqu'on fait de la politique c'est de ne pas avoir peur de passer pour une sorcière. On peut passer pour une sorcière aux yeux de ceux qui nous attaquent et être généreuse et avoir le cœur, la tête et les bras ouverts pour les causes qui le méritent.
iKNOW Politics: Quelles stratégies recommanderiez-vous pour faire alliance avec les hommes en faveur de l'égalité des sexes?
Martha Roldós: Je collabore très bien avec la majeure partie des hommes. Il faut d'abord avoir le sens de l'humour, savoir discuter et être franche, mettre cartes sur table: ce que je veux moi et ce que tu veux toi. Pour autant qu'on n'y aille pas par quatre chemins, on peut nouer les alliances qu'on veut ou dont on a besoin. Si quelqu'un tergiverse, cela veut probablement dire qu'il n'a pas envie d'être ton allié. Je crois que le temps presse aujourd'hui et que les causes sont urgentes. Nous devons aller de l'avant avec détermination, dans un esprit de camaraderie et avec le sens de l'humour, c'est le plus important pour moi. Au début on peut recevoir des coups d'œil dédaigneux, mais pour finir tout le monde reconnaît la capacité de travail de quelqu'un qui arrive avant les autres, qui en sait plus et repart après tout le monde.
Il est évident que c'est très difficile et injuste, car on devrait pouvoir être sur un pied d'égalité et ne pas devoir en faire plus, mais au début c'est pourtant ce qu'il faut faire. Cela a toujours été le destin des femmes: en faire beaucoup plus. Il faut prouver que l'on est au moins aussi bien préparée et formée que n'importe quel homme.
iKNOW Politics: Au cours de votre trajectoire, vous avez eu l'occasion de travailler dans des réseaux, des alliances. Quelle signification ce travail a-t-il eu pour vous?
Martha Roldós: J'ai pris part à des réseaux temporaires, et j'ai également très bien travaillé avec des groupes de femmes et des écologistes sur un certain nombre de sujets ponctuels. Ce qui est essentiel pour que ces réseaux fonctionnent, c'est de s'engager dans une cause commune. Si tel est le cas, on peut impulser ou diriger, peu importe. Je crois que les luttes de pouvoir sont néfastes, il faut développer ses capacités de meneuse sans forcer les choses. On constate alors qu'il existe beaucoup de programmes pour apprendre aux gens à devenir des leaders qui, selon moi, alimentent l'arrivisme politique. Ces programmes sont souvent totalement creux et ne se réfèrent en rien aux causes à défendre, mais uniquement aux postes à occuper. On peut peut-être se faire une place au soleil, mais autour d'un vide, et en fin de compte les nouveaux "leaders", masculins ou féminins, feront la même chose que tous ceux qui les ont précédés.
Lorsqu'on défend une cause avec passion et engagement, on a toutes les chances de devenir un leader. Personnellement, je n'aime pas diriger la lutte pour certaines causes, si quelqu'un d'autre peut faire mieux que moi je ne vois pas d'objection à lui laisser la place. Parfois, lorsqu'on s'engage à fond en faveur d'une cause, on réalise que peu de gens sont disposés à aller aussi loin. C'est un rôle de leader qui en vaut la peine, le rôle de leader qui naît d'un engagement réel en faveur d'une cause et non le rôle de leader qui vient du désir de voir son nom apparaître devant celui de tous les autres.
Je fais de la politique parce que je souhaite voir advenir certaines choses plutôt que d'autres. C'est en fonction de cela que je décide avec qui je m'allie, avec qui je discute, mais aussi avec qui je ne m'allierai pas et ne discuterai pas. Si je commence à réfléchir à qui est le plus célèbre, qui passe devant la caméra et que je me bats pour ça, je trahis mon engagement et je suis perdue, pire même: c'est mon engagement qui disparaît.
iKNOW Politics: Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes (non seulement équatoriennes, mais de la région) intéressées par l'engagement politique, mais considérant la politique comme inaccessible?
Martha Roldós: Cela peut sembler curieux, mais nombreux seront peut-être ceux qui penseront que je suis dans le cas de la petite fille qui veut être trapéziste comme toute sa famille. Cela paraît facile. Il en va tout autrement de la petite fille qui rentre à la maison après le cirque et qui dit qu'elle aussi voudrait y vivre. Je connais toutefois un grand nombre de femmes ayant joué un rôle important en politique sans antécédents familiaux dans ce domaine. En fait, j'ai refusé pendant longtemps de faire de la politique et je m'y suis lancée, non pas grâce à mes antécédents, mais parce que je souhaitais m'engager en faveur de certaines causes, que j'avais un programme à défendre, plus de vingt ans après la disparition de mes parents.
Lorsqu'on se lance dans quelque chose, c'est par passion. On trouve le moyen. Ce que je recommanderais à tout le monde, et pas seulement à celles qui veulent faire de la politique, c'est de faire ce qui les intéresse dans cette vie, de chercher ce qui les passionne. Je ne pourrais pas supporter les gens que je supporte, ni lutter comme je lutte si je n'étais pas passionnée, si je ne défendais pas des causes avec passion. Il vaudrait mieux que je reste chez moi à cultiver mon jardin.
iKNOW Politics: Avez-vous quelque chose à ajouter?
Martha Roldós: Je sais ce que c'est que de ne pas savoir si on sera encore en vie le lendemain. C'est une leçon de vie. C'est pour cela que je tente toujours de faire de mon mieux avec ce qui m'est donné, dans le temps qui m'est imparti. Je ne sais pas où je serai dans quelques mois, probablement encore engagée dans la politique, car il y a beaucoup de causes qui méritent d'être défendues. J'aime profondément mon pays. J'ai vécu dans beaucoup d'endroits, où j'ai côtoyé beaucoup de personnes formidables. Les latino-américains, hommes ou femmes, sont en général très gentils, ce sont des gens qu'on aime facilement, pour lesquels on s'engage avec cœur. Mais ce sont parfois des gens qui ne protestent pas comme ils le devraient, ce qui me révolte.
Je me rappelle avoir parlé avec des camarades travailleurs et travailleuses durement exploités dans les plantations de bananes. L'un d'entre eux me disait qu'il avait été exposé à un produit toxique qui lui avait coûté un œil et fait perdre tous ses cheveux. Avec grande simplicité, il m'a dit: “bon, j'ai sans doute eu de la malchance, et c'est comme ça que j'ai attrapé le mauvais œil…”. Ce n'est pas de la malchance, lui ai-je répondu, “c'est de l'exploitation, sans vous avertir on vous a demandé de manipuler un produit toxique interdit à l'échelon international”. C'est cela l'injustice et cela donne envie de continuer à se battre.
J'ai fait beaucoup de choses dans ma vie, j'ai été étudiante, professeure, fait des enquêtes et j'ai aussi été, pendant une partie de l'enfance de ma fille, une simple mère de famille. Il peut y avoir des étapes dans la vie, c'est un chemin qui m'a menée où je suis aujourd'hui et qui me mènera probablement encore ailleurs.
J'exhorte ceux qui sont prêts à se battre pour certaines causes à s'engager dans la politique. Quant à ceux qui souhaitent voir leur nom en haut de l'affiche et rien d'autre, mieux vaudrait qu'ils fassent du show business.
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Entretien avec María Paula Romo, Présidente de la Commission de la justice d'Etat et de la structure de l'Assemblée nationale
Submitted by iKNOW Politics on Mar, 2009-12-15 16:56
Résumé:
“Pour faire activement de la politique, il n'est pas nécessaire d'être candidate. L'engagement politique peut aussi passer par la musique, le théâtre, l'art, les graffitis et le militantisme. Ce sont des formes qui parlent beaucoup plus aux jeunes. Nous n'avons rien contre la politique au sens classique du terme, puisqu'elle permet de prendre des décisions et, pour faciliter la participation, nous avons éliminé le critère de l'âge jusqu'à présent appliqué par l'Equateur.”
Corps:
iKNOW Politics: Merci infiniment d'avoir accepté cet entretien avec iKNOW Politics. Je voudrais commencer par vous demander de nous parler de votre expérience politique, y compris les défis auxquels vous avez été confrontée.

María Paula Romo: J'ai toujours aimé la politique. J'ai officiellement commencé à en faire à l'université, où j'ai présidé le gouvernement étudiant, ce qui m'a permis de me mettre en contact avec d'autres jeunes et représentantes du mouvement féministe. A l'époque, il existait un forum national de la jeunesse et, quelques années plus tard, nous avons lancé un mouvement politique pour les jeunes. On nous a appelés “la Ruptura de los 25” [Rupture des 25] car l'Equateur fêtait le 25e anniversaire de sa démocratie à l'époque et que nous avions aussi à peu près cet âge-là. Jusqu'alors, les personnes autorisées à donner leur avis en matière de politique étaient toujours les mêmes, tandis que nous étions des “marginaux.” Même aux scrutins présidentiels, on trouvait toujours les mêmes candidats.
Nous avons donc fait notre apparition, en disant que 25 ans des mêmes histoires, c'était suffisant, qu'il fallait rompre ce cycle et en constituer un nouveau, faire œuvre de sensibilisation. La crise institutionnelle était très complexe, cela faisait presque huit ans à l'époque qu'aucun président ne finissait son mandat. C'est ainsi que nous avons commencé à faire de la politique à l'échelon national, au-delà des groupes de jeunes et de l'université. Par la suite, nous avons décidé de rejoindre les rangs du Acuerdo País [Accord pour le pays] qui, allié aux partis politiques Movimiento País [Mouvement pour le pays] et Alianza País [Alliance pour le pays], soutenait la candidature de Rafael Correa Delgado à la Présidence et défendait la création d'une Assemblée constituante. Correa a remporté les élections présidentielles [en 2006] et nous avons défendu à ses côtés l'idée d'un référendum national visant à décider si le pays avait besoin d'une nouvelle constitution. 82 pour cent de la population nous a soutenus lors de ce référendum. Nous avons présenté nos listes de candidats à l'Assemblée constituante et j'étais tête de liste pour la province du Pichincha [2007]. Il s'agissait de l'une des rares listes emmenées par une femme, bien qu'il ait été exigé que 50 pour cent des candidats présentés sur ces listes soient des femmes, et que leur nom apparaisse en alternance avec celui des hommes depuis les premiers rangs de la liste, afin qu'elles ne soient pas simplement des remplaçantes [en toute fin de liste].
La participation aux élections de l'Assemblée constituante a été sans précédent dans toutes les couches sociales de l'Equateur.
iKNOW Politics: Quels sont les obstacles auxquels vous avez été confrontée au cours de votre carrière politique, plutôt longue en dépit de votre jeune âge?
María Paula Romo: Je n'ai pas l'impression de faire de la politique depuis longtemps, même si mon engagement a été très intense. Nous avons mené un certain nombre de campagnes électorales, les unes après les autres: le référendum, l'Assemblée constituante, le référendum d'approbation.
Notre principale difficulté est venue du fait que notre mouvement politique est encore tout jeune. L'Equateur est un pays dans lequel règne une très forte tradition de favoritisme politique. Il faut savoir prendre des décisions et travailler en équipe. Dans l'Assemblée constituante [novembre 2007 – juillet 2008], 80 des 130 représentants étaient du parti au pouvoir. Nous avons commencé à apprendre à gérer la diversité, l'hétérogénéité des différentes positions adoptées au sein du groupe, à travailler au consensus et à adopter des positions communes, et je crois que nous y sommes arrivés.
J'ai bien sûr été confrontée à des difficultés en tant que femme, particulièrement femme jeune. Je le dis car nous continuons à vivre dans une société dans laquelle les femmes ne sont pas les bienvenues dans certains domaines et je pense que la politique et la sphère publique et juridique (je suis avocate) sont restées des domaines réservés aux hommes. Dans ce pays, en tout cas, il en va ainsi. Je crois donc que nous sommes sans cesse mises au défi de prouver notre valeur, nous sommes toujours testées et nous devons prouver que nous méritons notre place, ce qui n'est pas le cas pour nos homologues masculins, qui détiennent cette place de droit.
iKNOW Politics: Un certain nombre d'études révèlent que l'indifférence et le scepticisme règnent parmi les jeunes de la région. A en croire votre description, l'Equateur serait une exception. Pourriez-vous nous donner votre avis sur la question?
María Paula Romo: Je pense que l'idée que les jeunes aient démissionné dans le domaine politique vient du fait que la politique est réduite aux élections. Les jeunes d'Equateur et d'Amérique latine sont engagés dans la politique par d'autres biais, ce qui était l'un des messages que le mouvement “Rupture des 25” souhaitait faire passer.
Pour s'engager activement en politique, il n'est pas indispensable d'être candidat. L'engagement politique peut aussi passer par la musique, le théâtre, l'art, les graffitis et le militantisme. Ce sont des formes qui parlent beaucoup plus aux jeunes. Nous n'avons rien contre la politique au sens classique du terme, puisqu'elle permet de prendre des décisions et, pour faciliter la participation, nous avons éliminé le critère de l'âge jusqu'à présent appliqué par l'Equateur. En Equateur, il existait aussi des limites d'âge pour les ministres et les députés. La seule chose que nous ayons maintenue concerne le fait que tous les candidats doivent être majeurs [avoir au moins 18 ans]. En démocratie, le soutien du peuple compte beaucoup plus que l'âge. L'âge n'a rien à voir avec les capacités ni l'honnêteté, ce que nous avons souligné avec force. Nous avons aussi accordé un droit de vote facultatif aux jeunes entre 16 et 18 ans.
En général en Equateur, les jeunes ont envie de participer à la politique. Une enquête réalisée parmi les jeunes donnera peut-être les mêmes résultats que ceux que vous mentionnez si elle parle des partis ou des usages politiques traditionnels, ce qui ne signifie pas que les jeunes se moquent de ce qui se passe dans leur pays ou dans le monde, ni que nous sommes confrontés à un vide sur le plan des propositions. C'est de la politique, le mouvement "Rupture" l'a bien montré et nous espérons rester des libres penseurs dans ce monde si traditionnel.
iKNOW Politics: En tant que membre d'un parti politique, quel panorama brosseriez-vous de l'engagement des femmes, et surtout des jeunes femmes, dans les partis politiques?
María Paula Romo: L'Amérique latine, et plus particulièrement l'Equateur, connaissent une crise des partis et de la représentation, qui est en train de nous obliger à repenser la façon dont les partis sont structurés et leurs objectifs. C'est ce qui se passe en ce moment en raison du fait que la nouvelle Constitution [2008] demande aux partis de redéposer des statuts, de redonner leur affiliation et de reformuler leur déclaration de principes, ainsi que leur programme de gouvernement, en vérifiant que tous ces partis bénéficient d'un soutien populaire. Nous nous sommes demandés quel type d'organisation politique nous souhaitons mettre en place et la réponse est que nous souhaitons une participation très active des citoyens: non pas des membres aveugles ou soumis, mais des membres capables d'émettre des critiques. Nous souhaitons faire preuve de souplesse plutôt que de faire une différence entre ceux qui sont membres et ceux qui ne le sont pas, car un parti politique doit représenter les intérêts de la majorité, et pas seulement de ses membres.
La constitution évoque très clairement les droits des femmes. Elle exige que la moitié de tous les dirigeants à tous les échelons des partis politiques soient des femmes, que la moitié de candidats sur les listes soient des femmes et que les responsables des organes de contrôle, qui sont désignés et non élus, soient aussi à cinquante pour cent des femmes. Ce qui constituait voici peu l'objectif du mouvement féministe équatorien, à savoir le respect des droits politiques des femmes, l'égalité, est aujourd'hui inscrit dans la constitution. Nous avons résolu notre problème de “quantité” de représentation, mais nous devons maintenant nous attaquer à la question de la “qualité” de cette représentation. Les femmes ne défendent pas toujours la cause des femmes et les femmes candidates retombent parfois dans la pratique dans le système patriarcal, en reproduisant les schémas discriminatoires à l'égard d'autres femmes. C'est là notre défi: mettre en place une représentation ferme. Enfin, je pense que l'un des autres défis consiste à intégrer les hommes dans la défense de la cause des femmes. L'égalité n'est pas un problème de femmes, mais une question qui nous concerne tous.
iKNOW Politics: Quels avantages cette modification de la représentation des femmes a-t-elle entraînés?
María Paula Romo: En Equateur, la loi sur les quotas a été approuvée en 1997. Cette loi rendait obligatoire la présence de 30 pour cent de femmes sur les listes électorales et l'augmentation de 5 pour cent à chaque élection, jusqu'à atteindre la proportion de 50 pour cent. Cette loi, approuvée voici plus de 10 ans, n'a jamais été appliquée. Les partis politiques et leurs dirigeants ont toujours réussi à la contourner. Ils ont fait figurer 30 pour cent de femmes, mais tout en bas de la liste ou comme remplaçantes de candidats hommes.
C'est la raison pour laquelle les statuts du parti en vigueur lors des élections à l'Assemblée constituante étaient totalement clairs: 50 pour cent de femmes sur la liste signifiait qu'il y aurait un homme, une femme, un homme, une femme ou vice-versa. Aucune autre interprétation n'est acceptable. En outre, à 50 pour cent déjà, la formule de l'alternance et du rang s'applique et toutes les listes qui ne s'y plient pas sont refusées. Au terme d'années au cours desquelles toute sorte d'instruments et de règlements destinés à donner d'autres interprétations ont été approuvés, une décision politique a finalement été prise et la volonté s'est manifestée de réellement appliquer la règle des 50 pour cent.
iKNOW Politics: Le premier forum de discussion organisé par iKNOW Politics portait sur “L'élimination de la violence à l'égard des femmes faisant de la politique ” [10-14 déc. 2007]. L'association équatorienne de femmes municipalistes [AMUME] a pris la tête d'un projet de loi dans ce domaine. Que pensez-vous de ces efforts?
María Paula Romo: J'ai étudié la question avec des collègues femmes de l'Association équatorienne de femmes municipalistes [AMUME]. En ma qualité d'avocate, je ne pense pas qu'on puisse adapter les voies de recours à la catégorie de personnes concernée. Je ne considère pas cette proposition comme très orthodoxe sur le plan juridique. Par exemple, il ne faudrait pas prévoir un recours destiné aux “personnes emprisonnées,” mais plutôt protéger la liberté. Il convient de classer les recours en fonction du droit protégé, et non de la personne susceptible d'y faire appel. Il n'existe aucun recours particulier pour la protection des enfants, des personnes âgées, ou des personnes handicapées, mais bien des recours destinés à lutter contre les violations provoquées par la discrimination, des recours permettant de protéger la liberté et d'autres pour éviter les arrestations abusives.
C'est la raison pour laquelle je ne me sens pas en accord avec la façon dont ce projet de loi a été présenté. Je pense qu'il devrait mettre l'accent sur les droits protégés par le recours et non sur le sujet protégé. Je pense que les populations autochtones et afro-équatoriennes souffrent des mêmes harcèlements en politique. Il faudrait que ce projet de loi soit reformulé pour que chaque recours proposé soit envisagé du point de vue de la protection d'un ou de plusieurs droits.
iKNOW Politics: Comment le reformuleriez-vous?
María Paula Romo: En réalité, la nouvelle constitution prévoit six voies de recours différentes pour la protection immédiate, avec effet suspensif pour éviter toute violation des droits constitutionnels. Il me semble que ces dispositions répondent aux attentes des femmes dans ce domaine.
J'ai parlé avec les femmes de l'AMUME et je pense que la prochaine étape consistera à créer des précédents juridiques, à choisir des cas emblématiques et à faire pression sur différents organes, par exemple la Cour constitutionnelle, pour prendre position en créant un précédent clair sur la question de la discrimination politique à l'égard des femmes. Il est très difficile d'inscrire ce type de question dans la loi en prévoyant toutes les situations possibles: prévoir un recours spécial si une femme n'est pas invitée à une réunion, un recours spécial en cas de discrimination relative au droit de prendre la parole, etc. Je pense que, sur le plan juridique, il serait beaucoup plus utile de disposer d'une décision de la Cour constitutionnelle définissant clairement le comportement qui peut être considéré comme discriminatoire et ses conséquences, déterminer si le Conseil électoral doit intervenir, etc.
iKNOW Politics: Selon vous, quelles sont les trois principales stratégies à mettre en œuvre pour continuer à promouvoir l'accès des femmes et leur participation à la politique?
María Paula Romo: Il est exigé des femmes davantage de préparation, de compétences et de travail. Toutes les stratégies doivent tenir compte de ces exigences. Nous devons faire un gros effort pour renforcer nos capacités et apprendre les unes des autres. Nous devons être plus fortes que les hommes et imposer les initiatives des femmes. Nous devons faire preuve d'habileté dans la mise en œuvre des programmes pour lesquels nous avons été élues. Si notre présence dans le domaine politique ne suscite pas de changements dans la vie des femmes qui ne seront jamais candidates, je crois que nous n'atteignons pas notre objectif principal.
iKNOW Politics: Dans votre carrière politique, vous avez certainement dû constituer des alliances et utiliser des réseaux. Que pensez-vous de ce type de travail?
María Paula Romo: Oui, bien sûr. Le pouvoir s'exerce de bien des façons. Encore aujourd'hui, cet exercice suit le modèle masculin, que nous devons remettre en cause. Les réseaux et les alliances proposent un exercice du pouvoir différent, beaucoup plus horizontal. C'est un défi pour les hommes comme pour les femmes, puisque nous devons prouver que cette façon de travailler, de prendre des décisions, peut se révéler aussi efficace que l'autorité traditionnelle. C'est la grande question que nous nous posons, nous les femmes et les secteurs progressistes de la société équatorienne et latino-américaine: comment le pouvoir doit-il être exercé? Comment travailler en politique de façon plus inclusive, plus démocratique et horizontale?
iKNOW Politics: Quelles sont les suggestions que vous feriez aux femmes qui s'intéressent à la politique, mais considèrent ce domaine comme lointain et inaccessible?
María Paula Romo: La politique est difficile: Je dis toujours qu'il ne faut pas se lancer dans la politique en pensant que les choses seront faciles et que tout le monde sera satisfait. La politique est plus difficile qu'on ne le pense, mais le jeu en vaut la chandelle. Je ne suis pas douée pour donner des conseils et je n'aime guère en recevoir des autres non plus, mais je dirais que la politique offre des satisfactions qui en valent la peine. Assister à certaines réalisations rend la difficulté supportable. Il faut être active, courageuse, et ignorer ceux qui disent que nous ne sommes pas à la hauteur et que nous ferions mieux de faire autre chose. Nous devons nous préparer au quotidien. La participation des femmes doit être basée sur le courage, mais pas sur l'improvisation.
iKNOW Politics: Comment voudriez-vous qu'on se souvienne de vous? Quelle trace de votre engagement politique souhaiteriez-vous laisser?
María Paula Romo: Cela me paraît un peu prétentieux, les gens ne se souviendront peut-être même pas de mon nom. Quoi qu'il en soit, au terme de ma carrière politique, j'espère, en ce qui me concerne, que j'aurai le sentiment d'avoir été cohérente dans mon travail et mes engagements.
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Entretien avec Mme Elizabeth Salguero, Présidente de la Commission des droits de l'homme de la Chambre des députés de Bolivie
Submitted by iKNOW Politics on Mar, 2009-12-15 16:38
Résumé:
"…nous les féministes de la première heure sommes aujourd'hui confrontées au défi, non seulement en Bolivie, mais partout dans la région, de passer le flambeau à des femmes plus jeunes et de collaborer avec elles pour qu'elles développent leurs capacités de dirigeantes. Nous devons faire la place aux jeunes générations et cela ne me semble pas facile. C'est la raison pour laquelle je dis toujours que les jeunes femmes ont la priorité sur nous".
Corps:
iKNOW Politics: Je voudrais commencer par vous demander de nous parler de vos débuts en politique et de nous résumer brièvement votre carrière. Quelle influence le fait d'être une femme a-t-il eu sur ce processus?

Elizabeth Salguero: Je possède un diplôme en communications sociales et une maîtrise de planification régionale.
Je me suis lancée au début des années 90, en luttant pour les droits des femmes, particulièrement des femmes appartenant aux communautés autochtones. J'ai d'abord collaboré avec des organisations de femmes en tant que coordinatrice régionale de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes [Beijing 1995]. J'ai beaucoup apprécié cette expérience: pour la première fois les femmes réfléchissaient ensemble aux questions évoquées pendant la Plate-forme d'action pour les femmes [Beijing]. En Bolivie, c'était la première fois qu'était reconnu le travail des femmes d'origine autochtone et campesina [de la petite paysannerie]. Le rapport national a été rédigé pendant une série de rencontres et d'ateliers organisés par les organisations de femmes autochtones, dont certaines campesinas. C'est là que nous avons compris quelle difficulté nous aurions à intégrer le respect entre les cultures dans notre travail, ainsi que le rejet de la violence et de la discrimination.
J'ai ensuite été coordinatrice nationale pour l'organisation de femmes bolivienne appelée Articulación de Mujeres por la Equidad e Igualdad [AMUPEI], l'organe créé pour assurer le suivi de la Conférence de Beijing. Nous en avons fait une plate-forme de travail susceptible d'influer sur les trois pouvoirs (le législatif, l'exécutif et le judiciaire) dans le but de mettre en œuvre le Plan national d'action en faveur des femmes.
Par la suite, j'ai recommencé à travailler dans les médias, auprès d'institutions s'occupant de coopération internationale et en tant que consultante pour des questions concernant les femmes. En 2005, on m'a proposé d'être la suppléante du candidat du parti MAS [Mouvement vers le socialisme, parti de l'actuel Président Evo Morales]. C'était un honneur et une reconnaissance pour moi. C'était le défi qu'attendaient les organisations de femmes, tant à l'échelon personnel que collectif. Nous ne tenterions plus d'agir de l'extérieur, mais nous lutterions de l'intérieur en faveur des droits des femmes. J'ai été très agréablement surprise. Il ne s'est pas agi d'une réussite personnelle, mais collective. C'est grâce à l'appui dont j'ai bénéficié de la part des mouvements de femmes que j'ai pu faire mon entrée au Parlement.
Au Parlement, je suis devenue membre de la Commission des relations internationales et ai ensuite été nommée Présidente de l'Union interparlementaire bolivienne. J'ai aussi été Vice-présidente de la Commission sociopolitique et préside actuellement la Commission des droits de l'homme.
En dépit des grandes avancées enregistrées par les droits des femmes dans mon pays et dans le monde entier, je ne peux pas nier qu'il reste difficile pour les femmes d'exercer leurs droits au quotidien. En Bolivie, nous disposons d'un cadre juridique très performant, tout particulièrement grâce à la nouvelle Constitution politique bolivienne (2009), mais le machisme d'une société restée patriarcale ralentit le rythme des progrès. Il n'est pas facile pour les femmes d'atteindre des positions dans lesquelles elles détiennent un pouvoir réel, d'être reconnues en tant que dirigeantes et de bénéficier des mêmes chances d'arriver à certains postes à responsabilités. Pour ce mandat par exemple, je suis la seule femme parlementaire Présidente de commission.
La reconnaissance que nous avons jusqu'à maintenant réussi à obtenir est le fruit d'un très dur labeur au sein de ces structures, appuyé par le fort soutien collectif des femmes.
iKNOW Politics: Le MAS a remporté plusieurs élections de suite, s'arrogeant récemment plus de 60 pour cent des voix. Quel est le rôle joué par les femmes dirigeantes politiques dans l'ascension rapide de ce parti?
Elizabeth Salguero: Dès le début, la participation active et directe de la Federación de Mujeres Campesinas de Bolivia Bartolina Sisa a été très importante. Cette fédération, qui est l'un des mouvements sociaux à la base du MAS, se considère comme l'un des “instruments politiques” de ces mouvements. La présence de femmes autochtones, dont certaines campesinas, a été évidente dans un grand nombre de mouvements. Silvia Lazarte a présidé l'Assemblée constituante; Leonilda Zurita appartient à la direction du MAS; Nemesia Achacollo et Sabina Orellana sont parlementaires; d'autres femmes autochtones, telles que Celina Torrico, Casimira Rodríguez et Celinda Sosa, ont été ministres. Un certain nombre de femmes ont été membres du cabinet. Malheureusement, nous n'avons à l'heure actuelle que deux ministres. Nous espérons que la nouvelle Constitution nous permettra de faire progresser l'égalité. En fait, l'administration d'Evo Morales compte des femmes autochtones, dont certaines campesinas, à différents échelons, mais la proportion reste faible.
Ce mouvement n'a pas commencé récemment avec le parti MAS, mais il a beaucoup progressé. La première parlementaire autochtone a été Remedios Loza, une femme de La Paz qui portait les vêtements traditionnels des autochtones et appartenait au Parti "Conscience de la patrie" [CONDEPA].
Il nous reste encore beaucoup de progrès à accomplir, mais nous devons avoir conscience du fait que, malgré la vision patriarcale qui règne dans les partis politiques et différents segments de la société bolivienne, il existe des personnes qui soutiennent activement les droits des femmes et sont très engagées dans cette lutte, ce qui nous ouvre des portes et nous aide à défendre notre cause et à accéder à des postes à responsabilités. Nous devons toutefois parfois travailler deux ou trois fois plus que les hommes pour obtenir les mêmes résultats.
iKNOW Politics: A votre avis, quelles sont les principales contributions de la nouvelle Constitution bolivienne à la cause des femmes et à leur participation à la vie politique?
Elizabeth Salguero: Pour commencer, la nouvelle Constitution politique utilise un langage exempt de sexisme. Ensuite, les droits des femmes apparaissent dans tous les chapitres, sans exception, de la nouvelle Constitution. Aucun “régime particulier” n'est créé à l'intention des femmes et l'optique adoptée sur toutes les questions est plutôt universelle. En ce qui concerne la participation politique des femmes, l'article 11 affirme que la Bolivie adopte un mode de gouvernement démocratique, participatif, représentatif et communautaire, plaçant hommes et femmes sur un pied d'égalité. Pour les prochaines élections [décembre 2009], le grand défi auquel nous sommes confrontées est de garantir cette égalité, ainsi que le contenu de l'article 147, qui déclare que l'élection des membres de l'Assemblée garantira une participation égale des hommes et des femmes.
iKNOW Politics: Les blocs féministes parlementaires ont rencontré un franc succès dans un certain nombre de pays. Il existe en Bolivie l'Union bolivienne des femmes parlementaires (UMPABOL). Quel est son rôle et comment fonctionne-t-elle à l'heure actuelle?
Elizabeth Salguero: Je vais devoir faire preuve de davantage d'autocritique sur ce point. Cette initiative aurait pu constituer un forum très intéressant pour collaborer avec différents partis politiques sur les questions liées aux femmes, dans la perspective de dépasser nos divergences de vues et de formuler des propositions communes. Cela n'a malheureusement pas été possible. L'UMPABOL s'est affaiblie avec le temps et n'a pas réussi à s'imposer au parlement national. Je crois que ce sont des lacunes de direction qui n'ont pas permis de dégager l'unité nécessaire pour dépasser nos différences et œuvrer pour la cause commune des femmes. Ce forum n'a pas non plus été reconnu par les femmes des différents partis politiques. Il est important d'ajouter, toutefois, que d'autres espaces se sont ouverts dans la société civile, par exemple une commission ayant pour but de promouvoir les questions législatives importantes pour les femmes. Cette commission a répertorié toutes les lois présentées par des femmes, recensé les lois en cours d'élaboration et sert aujourd'hui d'organe de coordination oeuvrant activement pour garantir la viabilité de ces lois. Tout ceci repose sur une alliance solide entre les femmes parlementaires et les organisations de femmes.
iKNOW Politics: Quels conseils donneriez-vous aux jeunes impliqués dans la politique ou souhaitant le devenir, mais qui considèrent ce domaine comme inaccessible?
Elizabeth Salguero: Je crois que la réalité est double, n'est-ce pas? En Bolivie par exemple, la nouvelle Constitution a offert aux jeunes hommes et femmes la possibilité de devenir parlementaires, dès l'âge de dix-huit ans, au sein de la nouvelle Assemblée législative plurinationale. Il est fondamental que les jeunes relèvent ce défi, prennent conscience de leurs capacités et les développent afin de se porter candidats, puis de siéger au parlement. D'un autre côté, nous les féministes de la première heure sommes aujourd'hui confrontées au défi, non seulement en Bolivie mais partout dans la région, de passer le flambeau à des femmes plus jeunes et de collaborer avec elles pour qu'elles développent leurs capacités de dirigeantes. Nous devons faire la place aux jeunes générations et cela ne me semble pas facile. C'est la raison pour laquelle je dis toujours que les jeunes femmes ont la priorité sur nous.
iKNOW Politics: Quel rôle les réseaux ont-ils joué dans votre carrière politique? Pensez-vous qu'ils soient importants pour faire avancer la participation des femmes à la vie politique et leur rôle de dirigeantes?
Elizabeth Salguero: Les réseaux sont bien sûr très importants. Ils permettent de mettre en commun notre expérience, d'avoir davantage d'impact à l'échelon régional et de donner aux luttes locales une dimension nouvelle. Nous apprenons au contact des autres femmes du réseau et elles nous fortifient par leur présence et leur expérience. Il est indispensable de disposer de réseaux au sein desquels non seulement nous mettons notre expérience en commun, mais échangeons aussi des documents, des idées et des projets toujours propices à notre travail à l'échelon local.
iKNOW Politics: Une dernière question: que souhaiteriez-vous qu'on se rappelle de vous? Quelles sont les plus grandes réussites que vous ayez enregistrées dans votre lutte en faveur des femmes ici en Bolivie?
Elizabeth Salguero: Je pense que la chose la plus importante serait que les efforts conjoints des femmes donnent un tour concret aux avancées sanctionnées par la nouvelle Constitution. Il est important de mettre l'accent sur le travail collectif et de le développer. Les luttes ne sont pas seulement personnelles, les résultats sont le produit d'un effort collectif. Comme je l'ai déjà dit, la reconnaissance des capacités de dirigeantes des femmes est essentielle, mais tout dépend de la force du collectif. C'est ce que j'aimerais laisser en héritage, pour en finir avec ce que tout le monde dit toujours, à savoir que les femmes sont leurs pires ennemies.
En second lieu, je souhaiterais que les organisations de femmes de la société civile bolivienne développent le contrôle social, la vigilance et la force exécutoire. Il ne suffit pas que nos droits soient reconnus par la Constitution, nous devons les faire valoir et les protéger.
Enfin, faire augmenter le nombre de femmes accédant au pouvoir n'est pas suffisant, nous devons garantir la qualité de cette représentation. Je me réfère par là à la conscience que les femmes doivent avoir de l'importance de l'égalité des sexes, non seulement dans le contexte des droits des femmes, mais aussi de ceux d'autres groupes, par exemple les personnes ayant des préférences sexuelles différentes. Leurs droits figurent aussi dans la Constitution, mais ils doivent être renforcés et garantis. Beaucoup de femmes ont oublié la cause féminine une fois arrivées à des positions de pouvoir. Tout cela nous ramène à l'idée de la force exécutoire. Les organisations de femmes doivent veiller à ce que ces femmes représentent véritablement les droits des autres lorsqu'elles arrivent au pouvoir.
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Entretien avec Orsinia Polanco, Membre de la Chambre des Représentants et première femme autochtone élue au Congrès de Colombie
Submitted by iKNOW Politics on Ven, 2009-09-11 15:57
Résumé:
“Etre une femme ne signifie pas qu'on est inférieure et c'est un message que j'envoie directement aux femmes autochtones. Je connais de nombreuses femmes autochtones qui se sentent inférieures par rapport aux hommes et cet état d'esprit est regrettable. Nous devons éradiquer de nos esprits la peur de l'homme. Je crois que les femmes doivent avoir du caractère pour s'en sortir. Cela revient à dire: "Je suis comme je suis et je suis mieux que vous", mais sans le dire, ou plutôt en le disant par nos actes.”
Corps:
iKNOW Politics: Merci beaucoup, Orsinia, de nous consacrer de votre temps. Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre carrière? Comment est né votre intérêt pour la politique, qu'est-ce qui vous a inspirée? Et plus précisément, en quoi le fait d'être une femme, qui plus est une femme autochtone, a eu une incidence sur votre parcours?

Orsinia Polanco: Tout d'abord, je voudrais vous saluer cordialement. Je vous remercie pour cet entretien. Je suis fière et honorée de pouvoir représenter les femmes colombiennes au Congrès de mon pays. Mais ce n'est pas facile, vraiment pas, car je suis la première femme autochtone de l'histoire de la Colombie à être élue au Parlement.
J'ai la politique dans le sang. Mon père était homme politique, il était "palabrero", un médiateur chargé de résoudre les conflits dans les communautés autochtones. Grâce à lui, je fais partie de mouvements politiques depuis l'âge de 13 ans, c'est lui qui est à l'origine de mon engagement. J'ai toujours aimé la politique. A 18 ans, j'ai présenté ma candidature au conseil municipal de mon district de Guajira. Ma mère ne voulait pas que je fasse de la politique car elle trouvait cela fatigant. Mon père amenait beaucoup de personnes à la maison et elle s'occupait de tout ce monde.
Ce sont mes idées et mes intérêts qui m'ont amenée à faire de la politique. J'ai constaté que ma communauté autochtone avait de nombreux besoins. J'ai constaté que la voix des femmes ne pouvait se faire entendre de façon autonome, alors de nombreuses personnes autochtones ont suggéré que je me présente aux élections. J'ai donc brigué un mandat national.
J'ai travaillé à l'Agence territoriale autonome de Guajira, au Secrétariat des affaires autochtones du département de Guajira, en tant que professeure à l'Université nationale et à l'Université catholique au sein du personnel administratif. J'ai aussi été professeure de langues et de culture autochtones à l'Université Javeriana. J'ai toujours défendu ma culture et ma langue Wayúu en Colombie et dans le monde. J'ai une maîtrise en linguistique de l'Université nationale. Je suis très fière et très contente parce que je suis jeune femme et j'ai dû beaucoup me battre.
Les femmes ont été tenues à l'écart des espaces politiques car la phallocratie est encore l'idéologie dominante. La femme doit rester à la maison et lorsqu'elle est militante, elle doit faire campagne pour un homme, elle vend les empanadas pour lui financer sa campagne. Au mieux, la femme est valorisée dans son rôle de militante, mais pas pour ses capacités intellectuelles ou politiques. La femme est confinée, on l'empêche de sortir.
iKNOW Politics: Comment s'est déroulée votre candidature? A quel mouvement ou parti étiez-vous affiliée? A-t-il été difficile d'insérer votre nom sur les listes électorales?
Orsinia Polanco: Je fais partie du Pôle démocratique alternatif, le seul parti colombien qui donne sa place aux communautés autochtones. Il se définit dans ses statuts comme un parti multiethnique et multiculturel. Lorsque j'étais à l'Université nationale, d'abord comme étudiante en maîtrise, puis en tant que professeure, j'ai constaté que la plupart des mes professeurs et de mes condisciples étaient membres du Pôle démocratique. J'ai aussi été impressionnée par le fait que l'actuel président du parti a été membre du Tribunal Constitutionnel, où il a vigoureusement défendu les populations autochtones. Ses arrêts étaient favorables aux populations autochtones, ils protégeaient leurs valeurs et leurs coutumes et respectaient leur autonomie. Il n'est pas fréquent de trouver des personnes de ce niveau qui respectent les populations autochtones. C'est la raison pour laquelle j'ai adhéré au Pôle démocratique. Lorsque j'ai adhéré, je n'ai pas senti de rejet, du moins pas ouvertement. J'ai tout de même eu de la concurrence parce que certains voulaient que le candidat autochtone soit un homme, car ils étaient convaincus qu'en tant que femme, je n'étais pas digne d'un siège au Congrès. On m'a donc mise en concurrence avec un homme autochtone qui avait obtenu 17.000 voix quatre ans plus tôt et je l'ai battu parce qu'on nous a demandé de présenter notre programme. Mon homologue n'avait ni propagande électorale, ni quartier général. J'avais quant à moi un quartier général et de la propagande. Mon programme politique était très clair: la défense des femmes, des enfants et des populations autochtones. J'ai obtenu la majorité des voix. J'ai gagné grâce à mes propres capacités, parce que j'avais fait preuve de responsabilité, parce que je connaissais mes dossiers et que j'étais bien organisée. Les femmes sont mieux organisées que les hommes. Ils croyaient que je n'étais pas prête, mais je suis devenue forte, très forte, et mon discours était étayé par des arguments très solides.
iKNOW Politics: Vous avez beaucoup parlé du soutien de votre père, qui était très engagé politiquement. Dans quelle mesure votre culture d'origine a-t-elle facilité ou entravé votre participation à la vie politique?
Orsinia Polanco: Dans la culture Wayúu, l'homme est représenté par la femme dans presque toutes les sphères politiques, sociales et économiques. C'est notre histoire. Mon père me disait souvent que les femmes doivent sortir dans la rue parce que la femme est sacrée et ne peut pas être sacrifiée. A l'âge de douze ans, qui est l'âge de la puberté, nous autres femmes Wayúu sommes prêtes à être femmes, à occuper notre place dans la société, à nous marier et à représenter la communauté dans les différentes sphères politiques, sociales et économiques. C'est pour cela que la femme est celle qui représente la communauté dans son ensemble, parce qu'elle est investie de ce rôle, de cette fonction. Ce n'est pas du tout le cas dans d'autres cultures autochtones de Colombie. J'ai la chance d'être née dans la culture Wayúu, qui est régie par un système matriarcal dans lequel la femme est celle qui donne les ordres, celle qui organise, celle qui représente. Heureusement, ma participation à la vie politique n'a posé aucun problème au sein de ma propre communauté. Au contraire, les hommes autochtones de ma communauté étaient très contents de moi et très fiers. Ils me disaient: "Vous devez être réélue parce que vous nous avez très bien représentés." A aucun moment ils n'ont fait barrage.
Les autres communautés autochtones du pays font tout ce qu'elles peuvent pour entraver mon travail. Elles affirment que ma place devrait être occupée par un homme parce que la phallocratie est encore très forte en Colombie, tant parmi les "arijunas" (les personnes non autochtones) que dans les populations autochtones d'autres cultures.
iKNOW Politics: Quelles stratégies avez-vous appliquées pour rester en place et pour atteindre vos objectifs?
Orsinia Polanco: Et bien, l'une d'entre elles est la tolérance et la compréhension, dont il faut faire preuve vis-à-vis des collègues. Nous les femmes sommes peu nombreuses dans la Chambre des Représentants: nous ne sommes que 13 sur 166 députés, presque rien. Parfois, en plénière, nous ne sommes que deux et je suis la seule femme autochtone. Alors pour faire avancer les choses, il faut être tolérant et forger peu à peu des alliances.
Par ailleurs, il faut toujours être bien préparé et faire preuve d'intelligence pour élaborer des projets de loi, puis les défendre.
Ceci dit, le plus important est peut-être de savoir affronter toutes les situations dans lesquelles la politique peut vous mettre. En effet, nous ne nous en tenons pas uniquement aux projets de loi, nous devons aussi gérer la situation générale du pays. Pour ce qui est des peuples autochtones, nous avons mené plusieurs grèves pour revendiquer nos droits. Le gouvernement nous ayant pour cela traités de terroristes, j'ai dû faire face à cette situation parce que tout le monde s’empressait de me demander des explications, comme un essaim de guêpes.
Au début, lorsque j'ai été élue, je ne connaissais pas les rouages de la politique, du protocole, de la diplomatie. J'exposais mes arguments contre un projet de loi et tout le monde m'attaquait parce qu'on voulait que le texte soit approuvé par consensus. Je refusais et je haussais un peu le ton, je parlais sans me maîtriser complètement, je m'énervais souvent. Maintenant, j'explique mon point de vue avec respect et diplomatie, j'use de stratégie. J'ai beaucoup appris. Je leur dis que le Président représente tous les Colombiens, que je suis Colombienne, que les populations autochtones sont aussi colombiennes, qu'ils doivent comprendre pourquoi je m'oppose à un projet de loi. Je présente mes arguments et ils voient que je me suis préparée. Je ne m'exprime jamais quand je ne me suis pas préparée, même si je connais le sujet, je préfère me taire. C'est ainsi que je me suis gagné le respect.
iKNOW Politics: Vous êtes-vous trouvée dans une situation particulièrement désagréable pendant votre mandat, avez-vous eu l'impression d'être victime de discrimination en tant que femme autochtone? Quels enseignements avez-vous tirés de ces expériences?
Orsinia Polanco: L'une des expériences les plus douloureuses, qui est restée gravée dans ma mémoire, est le jour où on a marché sur ma manta, sur mes habits traditionnels. Mes habits traditionnels sont assez longs et un jour, en sortant des toilettes, je me dépêchais pour aller voter contre un projet de loi et plusieurs hommes se sont rassemblés, ils ont marché sur ma robe et m'ont immobilisée. Je me suis demandée ce qui se passait. J'ai failli porter plainte, j'étais extrêmement bouleversée, je trouvais cela terrible. Je me disais: "Je vis dans un pays démocratique, je suis dans une chambre législative, entourée de personnes sensées"…Lorsque la séance a commencé, je me suis sentie très seule. Une autre femme était présente, mais elle a disparu sans rien dire. Je me suis demandée: "Est-ce arrivé parce que je suis une femme? L'ont-ils fait pour que je ne vote pas? Est-ce que je n'ai aucun allié ici? Je dois trouver des alliés!" J'ai donc commencé à chercher des alliés et maintenant j'en ai beaucoup. J'ai appris à les connaître.
Le principal enseignement que j'ai tiré de mon expérience est qu'après un débat marqué par de vifs échanges d'arguments et dans lequel on a été très critique, il faut redevenir une femme très aimable, très appréciée, très souriante. Il ne faut alors laisser transparaître ni susceptibilité, ni sensibilité. L'un de mes amis m'a dit que la meilleure arme contre nos ennemis est l'amabilité. On peut démolir l'indifférence de ses ennemis avec une grande accolade, avec des signes d'amabilité, même quand on a été blessée.
iKNOW Politics: Le Groupe parlementaire des femmes a très bonne presse à l'échelon régional et il est devenu un outil incontournable pour encourager la présence des femmes en politique. Que pensez-vous de la Commission temporaire des femmes du Congrès colombien?
Orsinia Polanco: La possibilité donnée aux femmes de se rassembler au sein de cette commission de femmes est une très bonne chose. Nous avons pris part à des réunions, nous avons adhéré au Groupe parlementaire Inter-américain (GPI) et nous avons pu rencontrer des femmes du Costa Rica, du Pérou, de l'Equateur et d'autres pays. Je pense que c'est une très bonne chose pour les femmes car elle nous permet de parler de sujets politiques et non politiques. Je pense que la Commission temporaire des femmes ne doit pas disparaître parce que c'est l'endroit où nous laissons de côté les opinions partisanes, où nous nous libérons de l'influence des hommes et où nous commençons à élaborer les grandes stratégies et les programmes politiques en faveur de la femme.
iKNOW Politics: A votre avis, quelle a été l'influence du conflit interne en Colombie sur la participation des femmes, et surtout des femmes autochtones, à la vie politique?
Orsinia Polanco: Le conflit interne est un malheur. Beaucoup de sang a été versé et de nombreuses personnes autochtones ont subi des déplacements internes forcés. De nombreuses femmes ont dû aller vivre en ville avec leurs enfants dans les bras et sont tombées dans l'indigence et la mendicité. L'Etat n'a apporté aucun soutien aux populations autochtones. Nous avons perdu de nombreuses terres, c'est pourquoi nous organisons des marches dans tout le pays, car le gouvernement national n'a pas rendu aux peuples autochtones les terres qui leur ont été dérobées. Nous devons nous mobiliser, nous organiser et dire au gouvernement que nous existons et que nous avons besoin de ces terres pour vivre.
Les déplacements forcés font beaucoup souffrir les femmes, surtout quand elles appartiennent à une communauté ayant ses propres valeurs, ses us et coutumes. Quand elles restent en ville, elles finissent par les perdre et cela peut provoquer la disparition de leur culture.
iKNOW Politics: Que pensez-vous du travail en réseau et des alliances? Ont-ils occupé une place importante dans votre expérience en politique?
Orsinia Polanco: Je pense qu'ils sont très importants. Ils permettent à la présence des femmes en politique de se diffuser. Si de nombreux Colombiens ne savent pas qui je suis, surtout en tant que première femme autochtone au Parlement, je pense que cet entretien me fera connaître. Les femmes, autochtones ou non, en sortiront renforcées et notre participation à la vie politique n'en sera que plus forte. L'ignorance nous fait faire des erreurs, mais quand on fait connaissance grâce aux réseaux, on crée des liens et on apprend beaucoup. La connaissance des politiques publiques à l'échelon international est très utile. Et cette connaissance est le fruit du travail en réseau. Nous pouvons, de cette manière, montrer ce que nous faisons et en même temps nous pouvons nous préparer pour participer efficacement aux travaux du Congrès de la République.
iKNOW Politics: Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes, notamment des femmes autochtones, qui voudraient se lancer en politique?
Orsinia Polanco: Tout d'abord, être très forte. Et ensuite, bien se préparer pour montrer que nous sommes capables et que dans la vie rien n'est impossible. Etre une femme ne signifie pas qu'on est inférieure et c'est un message que j'envoie directement aux femmes autochtones. Je connais de nombreuses femmes autochtones qui se sentent inférieures par rapport aux hommes et cet état d'esprit est regrettable. Nous devons éradiquer de nos esprits la peur de l'homme. Je crois que les femmes doivent avoir du caractère pour s'en sortir. Cela revient à dire: "Je suis comme je suis et je suis mieux que vous", mais sans le dire, ou plutôt en le disant par nos actes. Voilà ce qui nous pousse à faire de la politique. Je n'ai pas réussi en politique grâce à l'argent. J'ai réussi en faisant campagne, à pied, pour faire connaître mon programme politique et c'est comme cela que j'ai obtenu 29.599 voix.
iKNOW Politics: Qu'avez-vous l'intention de faire pour favoriser la participation des femmes, et notamment celle des femmes autochtones, à la vie politique? Comment voulez-vous que l'on se souvienne de vous? Que souhaitez-vous laisser en héritage?
Orsinia Polanco: Le premier point de mon programme est, en tant que femme autochtone, de défendre avec ardeur les droits des communautés autochtones, qu'il s'agisse des droits humains ou de leur droit à la terre afin qu'elles puissent les cultiver et ainsi subsister. L'éducation et la santé font partie de ces domaines pour lesquels il faut tenir compte des communautés autochtones. J'ai aussi l'intention de continuer à me faire connaître et à servir d'exemple pour les femmes, mais pas seulement en Colombie, je voudrais que ma vie et mon œuvre soient connues dans le monde entier.
Quant à mon héritage, plutôt que d'être réélue, je voudrais qu'il y ait de l'eau dans mon territoire autochtone Wayúu. Ces terres sont arides, les gens n'ont pas d'eau, pas même pour boire, les animaux meurent de soif. Nous vivons dans une zone frontalière et il y a de l'eau au Venezuela dans le Lac Maracaibo et le Fleuve Limón. Pourquoi ne pas essayer d'amener de l'eau par des canalisations, tout comme on transporte du gaz de la Colombie vers le Venezuela?
Je voudrais rester dans les mémoires comme une femme engagée, ayant défendu les femmes et les peuples autochtones. Je voudrais continuer d'avancer en politique et qui sait, peut-être atteindre la présidence. Mais pour y arriver je dois mieux me préparer; faire un doctorat, aller à l'étranger et revenir pour continuer à me battre pour les droits de la femme en Colombie. Notre pays n'a jamais eu de présidente, pourquoi pas moi? Je voudrais régler non seulement les problèmes des femmes, mais aussi les problèmes du pays. Les populations autochtones ne sont pas les seules qui souffrent; les agriculteurs aussi sont déplacés. Certains habitants des villes sont très pauvres. En Colombie, les inégalités sont nombreuses et je voudrais que règne une démocratie véritable.
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Entretien avec Excellence Madame kaba Roughy Barry Ministre de l’enseignement Pré- Universitaire et de l’Education civique
Submitted by mdrame on Thu, 2009-08-06 08:47
Résumé:
Les femmes qui occupent de hautes fonctions dans le monde doivent s’organiser pour veiller à ce que tous les textes juridiques et réglementaires dans leurs pays respectifs et sur le plan international soient basés sur les principes d’égalité, d’équité et de démocratie.
Corps:
iKNOW politics : Pour commencer, pourriez-vous nous dire quels défis vous avez eu à relever en tant que femme à des postes de leader politique? En quoi votre vécu et votre expérience vous ont aidée?
Mme Kaba Rouguy Barry : Ma plus grande ambition est de vaincre ma peur de perdre ou d’être à la charge d’autrui, mon défi est de réussir pour ma famille et moi-même, je devrais me battre à tout bout de champ car je suis certaine de ma conviction, et de mon objectif de réussir mais avec tout honneur et sagesse. Etre soucieuse de prendre en charge mes jeunes frères à bas âge en les entourant d’amour et d’affection à la perte de notre mère en 1975, je devais travailler et suivre les cours pour assurer notre quotidien et nos besoins.
Je dois vous avouer que j’ai eu à relever de nombreux défis en tant que leader politique également bien que je n’étais affiliée à aucun parti politique.
Mon élection au poste de Maire de Commune était un véritable challenge que j’ai gagné de haute lutte au grand, dame d’antis féministes, d’anti Progressistes pour tout dire tapis dans les rouages du pouvoir d’Etat d’une certaine époque.
En dépit du pessimisme sciemment entretenu, j’ai pu hisser ma commune au rang de municipalité modèle enviée par tous. Mon expérience de manager, de femme d’affaires, et mes relations riches et soutenues ainsi que l’appui quasi unanime des jeunes et des femmes en particulier m’ont aidé à plus d’un titre.
iKNOW politics : Pouvez-vous dire à nos lectrices en quoi votre travail en cette qualité a contribué à la protection des droits des femmes dans la région et à leur promotion dans la vie publique ?
Mme Kaba Rouguy Barry : De la femme d’affaires à mon élection, de mon travail en qualité de Maire , de ma fonction de maman et mère de famille , ma personne a sans nul doute été un exemple saisissant, montrant aux jeunes filles et femmes qu’elles peuvent accéder aux plus hautes fonctions politiques et administratives même dans un contexte d’hostilité et de discrimination aux pères de famille qu’une fille n’est plus une crainte en soi.
Il est évident que j’ai saisi l’opportunité que m’offrait cette fonction pour mettre fin autant que je l’ai pu aux discriminations dont les femmes étaient l’objet aussi bien dans ma commune qu’ailleurs.
Etre marié après avoir obtenu la possibilité de subvenir à mon minimum vital et celui de mes sept petits frères orphelins de mère, une maman disparue à l’âge de 41 ans laissant 10 enfants de bas âges, je suis la seconde née.
Moi-même mariée à 35 ans et mère une année après ensuite du second enfant en 1990 juste six mois avant d’être Mairesse par les urnes, j’ai exercée mon état de maternité par la suite trois autres naissances. Une famille de sept : mon époux mes cinq enfants et moi-même, elle n’est pas belle la vie ?
De la femme d’affaire à la maman des démunis par un messie; je devins femme politique pour la cause de la Nation en luttant contre l’injustice et la pauvreté tout en conscientisant les autres vers le travail et l’intégration à la vie active et la main tendue.
Elue maire de ville en 1991 contre quatre autres candidats masculins, je suis restée dix années à la tète d’une commune de 300 000 habitants sur un ensemble de 20 quartiers dont certains difficiles.
iKNOW politics : A partir de cette expérience, que devraient faire, selon vous, les femmes qui occupent de hautes fonctions dans le monde pour promouvoir les femmes et en garantir les droits ?
Mme Kaba Rouguy Barry : Les femmes qui occupent de hautes fonctions dans le monde doivent s’organiser pour veiller à ce que tous les textes juridiques et réglementaires dans leurs pays respectifs et sur le plan international soient basés sur les principes d’égalité, d’équité et de démocratie. Elles doivent aussi s’assurer de la scolarisation des filles et femmes, leur rétention à l’école jusqu’à l’université ; sensibiliser les femmes afin qu’elles s’accrochent pour avoir les compétences indispensables à l’élévation de leur statut social faire du lobbying aux plans national et international afin que partout dans le monde des chances égales soient données aux femmes pour l’accès à tout métier et à toute fonction nationale et internationale tout en combattant les stéréotypes discriminatoires en défaveur des filles et femmes.
iKNOW politics : Quels sont, à votre avis, les principaux obstacles posés aux femmes qui briguent des postes de la fonction publique? Comment avez-vous surmonté ces obstacles?
Mme Kaba Rouguy Barry : Parmi les principaux obstacles posés aux femmes qui briguent des postes dans la fonction publique il y a en effet ces stéréotypes discriminatoires dont je parlais précédemment. Il ya aussi au delà de ces stéréotypes de nombreuses barrières occultes que des mafias entretiennent au sein des rouages de l’Etat.
iKNOW politics : En tant que femme politique compétente en matière de communication, croyez-vous à l’existence de stéréotypes dans les médias contre les femmes en politique ? Si oui, comment s’y prendre pour les faire disparaître ? Que devraient faire les femmes politiques et les candidates pour en venir à bout ?
Mme Kaba Rouguy Barry : En politique il est difficile de se fier aux individus, c’est la conviction qui domine et qui fait basculer le choix. Il faut une sensibilisation forte pour atteindre le subconscient et donner confiance aux autres femmes, aux jeunes et familles.
iKNOW politics : Vous-même, que faites-vous pour aider et encourager les femmes et les filles à participer à la vie politique ?
Mme Kaba Rouguy Barry : Vous trouverez toutes ces réponses en me relisant plus haut, mais juste sans préjugé il faut lire avec le cœur.
iKNOW politics : Comment le soutien des autres femmes vous a-t-il aidé dans vos activités? Comment les groupes de femmes et les commissions féminines des partis politiques peuvent-ils contribuer à rendre les femmes plus efficaces en politique?
Mme Kaba Rouguy Barry : En créant une ONG que j’anime pour passer les messages de paix et d’équité, de prévention de conflit, de justesse et d’acceptation de soi et des autres du partage d’idée et d’échange. Le club des femmes et la Fédération des femmes actives de Guinée au nombre de plus de 250 ONG( il y a des hommes dans le groupe).
iKNOW politics : Comment, à votre avis, une initiative comme iKNOW Politics peut-elle être utilisée pour encourager la progression des femmes en politique ? Si un tel réseau avait existé plus tôt, en auriez-vous bénéficié dans votre carrière?
Mme Kaba Rouguy Barry : Rien n’est tard avec la vie, le courage et la patrie.
iKNOW politics : Quel conseil donneriez-vous aux membres d’iKNOW Politics, en particulier aux femmes politiques et aux candidates, pour la suite de leur carrière politique ?
Mme Kaba Rouguy Barry : Etre soit même et évoluer dans la performance et le respect de soi, des autres ; la reconnaissance des efforts d’autrui et le bon sens de la citoyenneté.
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Entretien avec l'Honorable Ann McLellan Ancienne Premiere Vice Ministre du Canada
Submitted by iKNOW Politics on Dim, 2009-07-12 23:00
Résumé:
Tout est possible, il ne faut jamais renoncer. Dans une campagne, l'intensité augmente jusqu'à la dernière minute, on frappe aux portes, on appelle les gens, on essaie de convaincre les électeurs de voter pour nous, de les convaincre qu'on est le meilleur candidat pour cette fonction.
Corps:
iKNOW Politics: Vous avez été député à la Chambre des communes du Canada pendant 13 ans, mais aussi ministre du cabinet et Vice-première ministre du Canada; quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tant que femme dans l'exercice de ces responsabilités et en quoi votre expérience de professeure de droit et de doyenne de la faculté de droit vous a-t-elle préparée à relever ces défis?
Hon. Anne McLellan: Je vais d'abord répondre à cette dernière question, car s'il est vrai que tout le monde peut briguer un mandat politique, quelle que soit sa formation, je suis convaincue qu'il est préférable d'avoir des notions de base à propos de notre constitution, de notre système politique, de la différence entre une démocratie parlementaire et un système républicain. Ce n'est pas indispensable mais à mon avis, c'est une question élémentaire de civisme et malheureusement le civisme n'est plus enseigné à l'école. Par conséquent, cette formation juridique permet tout naturellement de se familiariser avec le cadre dans lequel s'effectue le travail législatif, de bien comprendre le processus d'élaboration des lois et l'importance de la langue dans la rédaction d'une loi. En commission, le travail se fait en présence d'un greffier et de témoins experts et les personnes venant de certains milieux ne sont pas toujours à l'aise avec le langage utilisé, tandis qu'un juriste sera généralement, pas toujours, mais souvent, plus habitué à ces formules. Ainsi, tout le monde peut devenir un excellent député, quelle que soit sa formation, mais une formation juridique facilite les choses. Quant à la première question, j'ai beaucoup parlé avec de nombreuses femmes de tout le pays des raisons pour lesquelles elles sont si peu nombreuses à se présenter à des élections et la principale difficulté est de trouver un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle et quand on fait de la politique à l'échelon fédéral dans un pays aussi vaste que le Canada, les distances sont telles qu'on est loin de la maison. Comme le parlement siège quatre jours par semaine, comment mener une vie de famille normale? Surtout quand on a des enfants, des enfants en bas âge. L'office canadien de la statistique nous dit que ce sont principalement les femmes qui prennent en charge les enfants. Les choses changent lentement, les hommes partagent de plus en plus les tâches familiales, mais ce sont encore les femmes qui s'en occupent le plus. Est-il possible de préserver cet équilibre? Je pense que de nombreuses femmes se posent cette question lorsqu'elles briguent un mandat fédéral dans un pays aussi vaste et complexe que le Canada. Nous devons en parler avec d'autres femmes en toute franchise, pour connaître leur expérience, mais nous devons aussi en parler au sein de notre propre famille. J'ai l'impression que trop souvent la décision est prise sans qu'on en comprenne pleinement tous les enjeux et, tout à coup, l'un des membres de la famille dit: “Ce n'est pas du tout ce qui était convenu!”. C'est arrivé à plusieurs de mes collègues femmes et c'est vraiment pénible. C'est dur, mais je crois qu'il faut tout simplement en prendre conscience et se demander comment on peut y parvenir à un moment donné de notre vie.
iKNOW Politics: Qu'est-ce qui vous a poussée à faire de la politique?
Hon. Anne McLellan: C'est sans doute ma mère. Elle était conseillère municipale et elle a terminé sa carrière politique en tant qu'adjointe au maire de notre comté en Nouvelle-Ecosse, où j'ai grandi. Ma mère était anglaise, elle est arrivée au Canada après la guerre et elle y a rencontré mon père. Elle était fille unique et je pense que les enfants uniques ont en général de l'assurance, ils s'expriment avec aisance et ont l'habitude d'être traités comme des adultes dès leur naissance. Ma mère était comme ça et on s'habitue à vivre avec une femme pleine de force et d'assurance; on s'habitue à voir des gens venir à la maison pour lui demander son avis et attendre d'elle qu'elle trouve des solutions à leurs problèmes. Nous avons eu notre première télé en 1955 (je vous révèle mon grand âge!), la première télévision de ce village rural de 450 habitants en Nouvelle-Ecosse. Maman et papa nous mettaient chaque soir devant le journal télévisé, puis nous parlions de ces questions. J'ai grandi dans un milieu politisé, mais si je réfléchis au modèle qui m'a inspirée et qui m'a convaincue que les femmes, pour peu qu'elles y croient, peuvent tout réussir malgré les difficultés, ce modèle est ma mère.
iKNOW Politics: Vous avez remporté votre première élection avec 11 voix d'avance seulement. Quel conseil donneriez-vous à d'autres femmes candidates dans des élections très serrées?
Hon. Anne McLellan: Tout est possible, il ne faut jamais renoncer. Dans une campagne, l'intensité augmente jusqu'à la dernière minute, on frappe aux portes, on appelle les gens, on essaie de convaincre les électeurs de voter pour nous, de les convaincre qu'on est le meilleur candidat pour cette fonction. J'étais la candidate du Parti libéral en Alberta, cela faisait 25 ans qu'aucun candidat libéral n'avait été élu en Alberta, depuis 1968. Je me suis présentée à l'élection en pensant que je ne serais pas élue. Mon équipe de campagne était surtout composée de femmes, mais pas uniquement, ma directrice de campagne était une femme. Je me suis présentée en 1993 ou plutôt j'ai sollicité l'investiture de mon parti, que j'ai obtenue en décembre 1992, parce qu'un groupe de personnes, surtout composé de femmes, mais aussi de quelques hommes merveilleux, était venu me voir à l'été de 1992 pour me dire: “Nous vous avons entendue parler de la Charte des droits et libertés et nous pensons que vous devriez présenter votre candidature”. Je suis liée au parti depuis toujours, puisque j'ai grandi dans une famille de Libéraux en Nouvelle-Ecosse. Lorsque j'ai quitté la Nouvelle-Ecosse pour le Nouveau-Brunswick, puis l'Alberta, j'étais déjà active au sein du parti, mais plutôt en ce qui concernait les programmes politiques ou le soutien d'autres candidats, mais ce groupe de personnes m'a suggéré que je pouvais, que je devais me présenter. Tout est possible et quand on travaille dur, on ne sait jamais quel sera le résultat.
iKNOW Politics: Alors que vous étiez ministre de la Justice, vous avez fait adopter la première Loi antiterroriste du Canada à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Vous êtes devenue la première ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile. Quels préjugés avez-vous dû surmonter dans cette fonction qui n'est pas traditionnellement confiée à une femme et quels enseignements les autres femmes peuvent-elles tirer de votre succès?
Hon. Anne McLellan: Je ne crois pas que j'aie dû me battre contre des préjugés. Je pense que lorsque je suis devenue ministre de la Sécurité publique, plus personne ne mettait en doute ma force et ma fermeté – j'avais bien compris les rouages du gouvernement. J'ai présidé plusieurs commissions permanentes du cabinet. J'en étais à mon quatrième portefeuille ministériel et j'étais aussi vice-première ministre. Je savais comment faire pour que les gens collaborent entre eux, c'est indispensable lorsqu'on gère la sécurité et la sûreté publiques: il faut obtenir que les gens cessent de protéger leur pré carré et qu'ils réfléchissent à la manière de diffuser les informations, d'intégrer ces informations, de les analyser et de les faire parvenir aux responsables de la sécurité et la sûreté et aux forces de police, de manière à obtenir des résultats. Je ne pense pas avoir été victime de préjugés en tant que femme. Comme j'avais déjà été l'un des ministres de la Justice qui était resté le plus longtemps en exercice au Canada, le public avait une idée assez précise de ma philosophie de la justice. J'avais réformé la loi sur la justice pour les mineurs, une réforme obtenue de haute lutte; nous avons modifié le volet de notre code pénal relatif au crime organisé afin de régler certains des aspects les plus ardus de la mondialisation du crime organisé. Je pense que le public savait que j'étais assez forte et assez ferme pour exercer ces fonctions. Peut-être même que certains pensaient au contraire que j'étais trop dure, que j'étais allée trop loin avec cette Loi antiterroriste après le 11 septembre, la controverse a été dure. Toute ma vie en politique, j'ai été poursuivie par la controverse, je ne sais pas pourquoi, elle n'a cessé de me suivre: lorsque j'étais ministre de la Santé, j'ai dû gérer le SRAS, mon passage au ministère de la Santé a été marqué par le SRAS; à la Justice, c'était la réforme de la justice pour mineurs et la loi antiterroriste; aux Ressources naturelles, c'était les sables bitumineux et les prémices du débat opposant développement énergétique et changement climatique.
iKNOW Politics: Quelle est, à votre avis, votre plus grande réalisation lors de vos mandats ministériels, notamment à l'égard des femmes ou des jeunes femmes?
Hon. Anne McLellan: Je pense que ma plus grande réalisation est le simple fait d'avoir été élue et d'avoir déjoué les pronostics à quatre reprises sur cinq élections. Il y a aussi eu l'affaire du contrôle des armes à feu, une question délicate pour une élue libérale de l'Alberta, mais j'étais intimement persuadée que le contrôle des armes était une cause juste. Cela ne veut pas dire que tout était parfait dans le détail, cela ne signifie pas que les programmes élaborés étaient aussi efficaces que nous le souhaitions, mais au plus profond de nous, nous savions que le contrôle des armes à feu était nécessaire, il rend la société plus sûre et lorsqu'on parle de sécurité, il s'agit en général de la sécurité des femmes et de leurs enfants. Les gens prétendent que l'interdiction des armes d'épaule stigmatise les chasseurs, mais rien n'est moins vrai. Tout le monde sait que dans les zones rurales du Canada, des femmes sont tuées avec des armes d'épaule par leur compagnon, leur mari, ou d'autres. Je crois que parfois, à propos de certaines questions, il faut oser dire: “Je sais que cette prise de position aura un coût politique, mais je pense que c'est ce qu'il faut faire et nous irons jusqu'au bout”.
iKNOW Politics: Vous avez présidé, dans le cadre de la Commission du renouveau du Parti libéral, le groupe de travail sur les femmes et vous avez tenu des réunions avec des femmes à travers tout le pays. Quels enseignements en avez-vous tirés?
Hon. Anne McLellan: En fait, les réunions ont peu à peu perdu leur caractère partisan. Au début, il s'agissait de réunions de femmes libérales, mais les représentantes de communautés ethniques voulaient venir aussi: des femmes aborigènes, A voix égales, l'initiative de l'YWCA d'Edmonton, One woman One vote, et les réunions ont fini par rassembler des groupes hétérogènes de femmes qui n'étaient pas forcément du Parti libéral. Je crois que ce que j'ai appris, c'est qu'il existe des raisons très précises qui expliquent pourquoi si peu de femmes cherchent à se faire élire. Il y a trois raisons, mais la principale, celle dont nous avons déjà parlé, est cet équilibre à trouver entre vie professionnelle et vie privée. Il est très difficile pour une femme de faire le lien entre ses responsabilités de mère et d'épouse ou de compagne et une absence de quatre jours par semaine, 30 semaines par an pendant une longue période. C'est la principale raison pour laquelle les femmes ne briguent pas de mandat électoral.
Les deux autres raisons sont tout aussi intéressantes. Il y a d'abord la culture politique: les femmes n'aiment pas ce qu'elles considèrent comme une optique partisane excessivement agressive de la politique, elles n'aiment pas le langage de la politique, qui ressemble à celui du sport, du combat. En fait, en politique on utilise souvent un langage militaire, on parle de campagne, de batailles, d'adversaires, de défaite ou de victoire. Cela fait sans doute partie de la langue de tous les jours, mais c'est aussi un langage de guerre et je pense que de nombreuses femmes ne se sentent pas à l'aise avec cette façon de s'exprimer. Je crois que notre ancien premier ministre a très bien résumé, sans le vouloir, la raison pour laquelle les femmes ont tant de difficultés à se sentir concernées par la culture politique. Interrogé sur la politique alors qu'il prenait sa retraite, il a dit: “Vous savez, la politique est un sport sanguinaire, c'est un sport d'hommes”. Ce genre de discours est précisément ce qui décourage les femmes.
Puis, la troisième raison formulée par le forum des jeunes femmes était le fait qu'elles n'aiment pas l'image que les médias donnent de la femme. Elles ont soigneusement analysé ce qui est arrivé à Belinda Stronach lorsqu'elle a changé de parti et la façon dont les médias ont décrit l'événement et le fait que le débat portait moins sur les raisons de ce virage politique que sur la personnalité de Belinda. Je pense que le traitement de la femme dans les médias décourage énormément de femmes.
iKNOW Politics: Pensez-vous que la création de réseaux avec d'autres femmes, notamment avec les groupes de femmes parlementaires ou avec un réseau international tel que iKNOW Politics, vous ait aidée dans votre carrière?
Hon. Anne McLellan: Les réseaux avec d'autres femmes sont sans aucun doute importants et c'est l'un des sujets que j'aborde dans les réunions où l'on parle des raisons pour lesquelles il y a si peu de femmes en politique. Le tutorat aussi est important, les modèles sont importants, le réseautage est important. Les réseaux peuvent être formels ou informels, de même que les programmes de tutorat sur le lieu de travail et en politique. Quand on veut faire les choses correctement et obtenir des résultats quantifiables, il vaut mieux mettre en place un programme formel de tutorat. Plus je parle avec des femmes de tous âges et plus je suis convaincue de l'importance du tutorat, d'avoir à ses côtés des personnes qui l'ont déjà fait, qui l'ont vécu, qui sont passées par des hauts et des bas, qui ont connu les bons et les mauvais côtés, c'est très utile pour comprendre comment ça fonctionne.
iKNOW Politics: A votre avis, de quelle manière les hommes et les femmes peuvent-ils collaborer afin d'inciter davantage de femmes à se présenter à des élections et être plus efficaces en politique?
Hon. Anne McLellan: J'ai toujours assez bien travaillé avec les hommes. C'est dû en partie au fait que lorsque je suis entrée en faculté de droit en 1971, c'était la première année où la présence d'étudiantes en droit n'était plus marginale. Au début de ma carrière, je travaillais dans un milieu essentiellement masculin. Lorsque j'ai fait mon droit entre 71 et 74, c'étaient les premières années où les femmes s'inscrivaient en nombre à la faculté de droit. Puis, lorsque j'ai commencé à enseigner le droit, j'étais la première professeure détenant un poste de carrière à la faculté de droit de l'Université du Nouveau-Brunswick. J'étais la seule femme, ils avaient eu une chargée de cours avant moi, mais j'étais la première professeure de carrière. Lorsque je représentais la faculté de droit aux réunions du Barreau du Nouveau-Brunswick, j'étais la seule femme dans la salle: les femmes étaient si peu nombreuses que la hiérarchie du Barreau était entièrement composée d'hommes.
Les choses ont changé dans le courant des années 80, les femmes ont été plus nombreuses à la faculté de droit, et davantage de femmes sont devenues avocates et juges. Puis, lorsque je suis devenue ministre des Ressources naturelles, j'ai retrouvé un environnement exclusivement masculin, puisqu'il y avait peu de femmes dans l'industrie du pétrole et du gaz, dans l'industrie minière, dans l'industrie forestière. Je continuais mon parcours en montagnes russes. Les hommes et les femmes représentent chacun environ 50% de la population et nous devons nous entendre. Nous devons trouver le moyen de rendre notre monde meilleur, de garantir la sécurité et la sûreté dans des communautés prospères, de répartir les tâches ménagères de telle sorte qu'hommes et femmes puissent être des membres productifs de la société. Les hommes détiennent encore la plupart des postes de pouvoir et d'influence, aussi bien dans le monde des affaires que dans celui des cabinets d'avocat, dans la politique ou dans les universités. Nous ne devons pas partir du principe qu'ils sont tous nos ennemis et qu'ils cherchent à nous avoir. Nous devons faire en sorte de réussir à collaborer avec nos homologues masculins parce que le plus souvent, eux et nous avons les mêmes buts. Ce ne sont pas des personnes vénales, ils ne cherchent pas à faire de mal. Dans la plupart des cas, ils aspirent au bonheur familial et à l'harmonie sociale. Je pense qu'il s'agit simplement d'apprendre à travailler ensemble. Ceci dit, il est vrai que lorsqu'on détient du pouvoir, on n'y renonce pas aisément. Les femmes doivent comprendre que les hommes détiennent une part disproportionnée de pouvoir et d'influence et qu'ils ne vont pas nous passer le relais de bon gré. Cela ne veut pas dire que ce sera la guerre entre eux et nous, mais nous devons avancer. Si nous voulons être associées-directrices d'un cabinet d'avocats, il ne faut pas s'attendre à ce qu'on nous le propose parce que les hommes aiment être associés-directeurs, ils aiment être ministres ou premiers ministres. Nous devrons faire nos preuves et briguer des mandats électifs, travailler dur, remporter des succès, être méritantes et quand le moment sera venu, lever la main et dire: "Vous savez, je peux le faire, je peux réussir aussi bien ou mieux que x, y ou z, alors je vous demande de prendre en considération ma candidature".
iKNOW Politics: Si vous deviez donner un conseil à une jeune femme qui envisage de faire de la politique et ne sait pas forcément par où commencer, que lui diriez-vous?
Hon. Anne McLellan: Je lui dirais de parler à des femmes comme moi, qui l'avons déjà fait. Si vous n'êtes pas sûre de vouloir le faire ou si vous vous demandez si vous avez les qualités requises, il est important de parler à des gens qui l'ont fait. Ceci dit, on ne sait jamais, avant d'avoir essayé, à quoi il faut s'attendre. J'en ai beaucoup appris sur moi-même au cours de mes 13 années de fonctions publiques, le meilleur et le pire. Le plus difficile à gérer pour une femme, par souci du bien-être de sa famille et de ses enfants, est peut-être le fait qu'une fois que l'on s'est décidée à se porter candidate, surtout à l'échelon fédéral, la partie publique prend le dessus. On renonce, soi-même et sa propre famille, à une large part de vie privée. Une femme peut vraiment être découragée à l'idée que ses enfants risquent de se retrouver, à l'école ou ailleurs, au centre d'une attention excessive et elle va penser que ce n'est pas juste pour eux. Il faut bien comprendre qu'on s'expose et que les gens vont écrire des choses qui nous paraissent injustes ou mensongères, ils vont parfois être méchants et cruels et tout le monde va le lire. Ce sera publié en première page du journal. Si cette idée vous met mal à l'aise ou si vous ne voulez pas que votre famille subisse cela, alors, il faudra l'assumer, accepter le fait que l'on renonce ainsi à une part importante de vie privée. Les électeurs font parfois intrusion dans notre vie privée. On ne peut plus faire son marché comme avant parce qu'on entre dans un espace public, où l'on n'est plus anonyme, où les gens savent qui on est et ont parfaitement le droit de venir nous interpeller pour nous dire: "Vous qui êtes ma députée, vous devez savoir ceci, cela ou encore cela". Si l'idée de subir cette intrusion et de renoncer à ce volet de votre vie privée vous met mal à l'aise, cette situation peut être difficile à vivre et source de stress et il faut du temps pour s'y habituer. Je suis une personne de nature discrète, je n'aime pas parler de moi, mais peu à peu, on s'habitue à parler de soi. Je n'ai jamais parlé de ma famille parce que les autres membres de ma famille m'ont clairement fait comprendre que si moi je fais de la politique, eux n'en font pas. Ils seront furieux et m'en voudront beaucoup s'ils se retrouvent dans la sphère publique, parce que ce n'est pas leur espace. Il faut être réaliste et savoir à quoi s'attendre, puis, si ça vous réussit, le reste vient tout seul. On renonce à une part de vie privée et, si l'on entre au cabinet, on renonce à une part supplémentaire, et si l'on devient ministre, encore plus. Il faut beaucoup réfléchir, mais tant qu'on ne l'a pas fait, on ne sait pas vraiment de quoi il retourne. Je pense qu'il est important de parler à celles qui sont passées par là. S'adresser à des gens qui parleront en toute franchise des bons comme des mauvais côtés, car il y a les deux. En fin de comptes, je ne peux pas me plaindre de mon parcours politique. Qui aurait cru qu'une Libérale d'Alberta comme moi gagnerait quatre des cinq élections qu'elle a disputées, que je finirais ma carrière au poste de vice-première ministre, que j'aurais détenu d'incroyables portefeuilles ministériels, devant faire face à des enjeux majeurs de l'époque pour le pays? Je n'échangerais cela contre rien au monde, mais il faut être réaliste et avoir conscience du fait qu'il y aura un prix à payer.
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Entrevue avec Regina Musokotwane, députée au Parlement de Zambie
Submitted by iKNOW Politics on Ven, 2009-07-03 07:16
Résumé:
J'ai appris qu'il faut écouter les gens. Certains dirigeants sont persuadés qu'ils ont tout compris et ils disent à tout le monde ce qu'il faut faire. Pour ma part, j'écoute mes concitoyens.
Corps:
iKNOW Politics: Vous êtes députée et présidente du groupe parlementaire des femmes. Comment votre formation et votre expérience dans l'enseignement vous ont-elles permis de relever les défis de vos fonctions actuelles?
Regina Musokotwane: En tant qu'enseignante, la plus grande difficulté était peut-être d'avoir dans ma classe des enfants de milieux différents et je trouvais que ces différences n'étaient pas justes. Même si j'enseignais en ville parce que j'étais mariée et que je vivais le plus souvent en ville, j'ai grandi en zone rurale et j'ai beaucoup pensé à ces zones rurales; je suis souvent retournée au village pour voir comment vivent les gens. Mon mari est entré en politique en 1973, lorsqu'il a été élu au Parlement. Je l'ai aidé dans sa circonscription, tout en continuant à enseigner. Pendant les vacances, je l'accompagnais dans sa circonscription; je voyais la souffrance des femmes à l'hôpital. Au terme de son mandat, j'étais toujours fonctionnaire. Puis, lorsque mon mari est décédé en 1996, on est venu me demander de prendre sa place dans la circonscription. Au début, j'ai refusé, puisque j'étais encore en fonctions. En 1999, j'ai remis aux autorités une demande de retraite anticipée pour pouvoir entrer en politique et j'ai pu partir, prendre ma retraite et faire de la politique. J'avais l'habitude d'accompagner mon mari et je l'ai vu faire: il a construit des écoles, il a construit des dispensaires; depuis lors, d'autres députés sont venus, mais les choses n'ont pas beaucoup changé. Alors je me suis dit que si je me lançais en politique, je pourrais reprendre le témoin de mon mari. J'en suis à mon second mandat et je crois avoir fait avancer les choses: nous avons désormais un lycée dans ma circonscription, une première depuis notre indépendance. Nous sommes maintenant en train de construire un centre de formation professionnelle, que nous n'avions pas encore. Comme nous sommes une commune rurale, le taux d'illettrisme est très élevé, car la plupart des écoles vont jusqu'à la 5e (12 ans) ou la 3e (14 ans), les enfants n'ayant pas la possibilité d'aller plus loin. Maintenant, nous avons un lycée. Ceux qui s'arrêtent après la 5e ou la 3e peuvent aller au centre de formation et devenir charpentiers, maçons, agriculteurs. Comme ça, ils pourront subvenir à leurs besoins. Je crois avoir obtenu des résultats, bien que je souhaite la création de deux autres lycées dans ma circonscription pour être tout à fait satisfaite.
iKNOW Politics: Quelle est la situation des femmes en Zambie et quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées du fait d'être femme et comment les avez-vous surmontées?
Regina Musokotwane: La seule façon de surmonter ces problèmes est de les prendre de front. Il ne faut pas s'occuper de ce que disent vos homologues masculins. Lorsque je suis entrée en politique en 2000, nous étions 8 candidats. Sur les 8 candidats, il y avait 2 femmes et 6 hommes; l'autre femme était déjà députée et se représentait. C'est donc moi qui avais la tâche la plus difficile. Je n'ai pas tenu compte de l'avis des hommes, qui disaient: “Vous savez, elle est veuve et c'est elle qui a tué son mari”, mais j'avais déjà dit que pour moi, la question n'est pas de savoir qui est qui. J'ai décidé de faire de la politique parce que je veux aider les gens. Voilà quels sont leurs problèmes; je connais leurs problèmes parce que je vis avec eux. La plupart des hommes qui se sont présentés venaient de la ville. Ils venaient d'endroits où les habitants ont de l'eau potable et de l'électricité; leurs enfants vont dans de bonnes écoles, avec de bons enseignants. Comment pourraient-ils aider ces gens-ci? Ils n'ont pas vécu avec eux; ils ne savent pas ce qu'ils ressentent. Alors, je leur ai dit qu'il vaut mieux être représenté au Parlement par une femme que par un homme parce qu'une femme comprendra mieux les autres femmes. Vous savez, dans ma circonscription, il y a encore des femmes qui se lèvent à 4 heures du matin pour aller chercher de l'eau et ne reviennent qu'à 10 ou 11 heures.
iKNOW Politics: Vous faites votre second mandat au Parlement et vous êtes Vice-présidente de la Commission constitutionnelle. Votre manière d'assumer des responsabilités a-t-elle changé depuis l'époque où vous accompagniez votre mari en campagne?
Regina Musokotwane: Je ne crois pas avoir changé ma façon d'exercer les responsabilités parce que je suis restée la même. Si je change de style, je risque de me tromper, je risque de ne pas faire ce que l'électorat attend de moi. Je dois rester la même si je veux garder la confiance de mes électeurs. Je n'ai pas du tout besoin de changer et je crois que jusqu'à présent, ça a bien marché.
iKNOW Politics: Si vous deviez donner un conseil à une jeune femme qui se lance en politique, que diriez-vous que votre expérience vous a appris?
Regina Musokotwane: J'ai appris qu'il faut écouter les gens. Certains dirigeants sont persuadés qu'ils ont tout compris et ils disent à tout le monde ce qu'il faut faire. Pour ma part, j'écoute mes concitoyens. Entre chaque session du Parlement, je vais à la rencontre de mes électeurs pour qu'ils me disent ce qu'ils veulent et pour leur dire pourquoi ce qu'ils ont demandé n'a pas été fait. Je dois leur expliquer, leur rendre compte. Je commencerais par ça: aller voir les gens et les écouter. Ensuite, je dois aller au Parlement et me faire l'écho de ce que les gens m'ont dit et ce que les gens veulent. C'est comme ça que j'ai obtenu le centre de formation professionnelle et le lycée. Il faut savoir se rendre accessible. Je ne voudrais pas qu'on dise: “non, notre députée est là-haut, on ne peut pas l'approcher, on ne peut pas lui parler”. Pour que les gens puissent venir me voir, ils doivent me sentir proche. C'est pour moi la seule façon de comprendre ce qu'ils me disent et pour eux la seule façon de comprendre ce que je leur dis. Quand je suis avec eux, nous devons parler de choses qui les concernent, pas de ce que j'ai vu ailleurs. Si une femme veut faire de la politique, elle doit absolument écouter ce que les gens veulent. Il ne faut pas faire ce qu'on pense que les gens veulent, mais bien ce que les gens demandent. Ensuite, il faut se mettre au niveau de son électorat. Il faut aussi commencer à temps. La plupart des femmes qui entrent en politique le font quand le parlement est dissous, et là, ce n'est pas facile pour une femme. Si elle a l'intention de se présenter, elle doit commencer avec 2 ou 3 ans d'avance. Dans la mesure du possible, pendant les 5 années qui précèdent l'élection, elle doit aller voir les électeurs, s'identifier à eux et passer beaucoup de temps avec eux; il faut essayer de les aider quand ils en ont besoin. Pour ma part, je suis allée voir mes électeurs pendant les 2 années qui ont précédé ma retraite, alors que j'étais encore fonctionnaire. A l'époque, les fonctionnaires n'avaient pas le droit de faire de la politique. J'ai constitué une équipe et lui ai donné les moyens dont elle avait besoin et, pendant deux ans, mon équipe a sillonné la circonscription en parlant de moi et de ce que je ferais si j'étais élue. Au moment de ma retraite, le gros du travail avait déjà été fait. Voilà ce que devrait faire cette jeune femme. Elle ne doit pas attendre la dernière minute car les choses sont plus difficiles pour les femmes, puisque nous n'avons pas beaucoup de ressources. Les hommes ont beaucoup d'argent qu'ils peuvent utiliser pour soudoyer et acheter des faveurs mais nous autres femmes devons commencer à temps, de telle sorte qu'en deux ou trois ans les gens nous connaissent et savent qui nous sommes. Même si un homme amène des fortunes, ils sauront que cet homme les achète et ils se tourneront vers la femme. La jeune femme qui se lance en politique doit commencer bien avant les hommes, elle doit être proche de son électorat et écouter les gens. Moi, je dis toujours à mes électeurs que ce n'est pas parce qu'ils ont voté pour moi que je suis plus intelligente qu'eux ou que j'en sais plus, non, ce n'est qu'en unissant leur savoir et le mien qu'on pourra agir.
iKNOW Politics: Vous êtes la présidente du groupe parlementaire des femmes. Est-ce que l'aide que vous ont apportée d'autres femmes vous a été utile dans votre carrière?
Regina Musokotwane: Au cours de la dernière législature, j'étais secrétaire du groupe des femmes et pendant celle-ci j'en suis la présidente. Nous rencontrons régulièrement les autres membres du Parlement, nous échangeons des notes; en fait, nous aurions voulu, nous rendre visite dans nos circonscriptions, mais malheureusement, nous n'avons pas les moyens car nous ne sommes pas une commission parlementaire et ne sommes pas financées par le Parlement. Nous devons chercher des fonds ailleurs. Nous voulons nous entraider en nous rendant dans d'autres circonscriptions, nous aider à faire campagne. Nous n'avons pas renoncé à chercher des fonds, nous cherchons encore. Nous participons aussi à de nombreux ateliers et nous écrivons des rapports pour que nos collègues voient ce qu'il est possible de faire dans une circonscription.
iKNOW Politics: Etes-vous fière de l'une de vos réalisations pour les femmes dans le cadre de votre travail en politique?
Regina Musokotwane: Ma plus grande réalisation pour les femmes de ma circonscription est le lycée parce que de nombreux enfants se mariaient après la 3e. Avec ce lycée, les enfants vont jusqu'au terme du secondaire. Il y a aussi le centre de formation professionnelle, qui permet à ceux qui n'ont pas un niveau d'éducation élevé de recevoir une formation et je vais veiller à faire respecter la parité: moitié filles et moitié garçons, je vous le garantis. J'ai dit au gouvernement, et ça a fait rire le ministre de l'Education, que lorsque le lycée sera construit, nous n'accepterons aucun enfant d'une autre circonscription tant que les enfants de la nôtre n'auront pas tous une place, ce n'est qu'ensuite que nous penserons aux autres. Je crois que c'est une grande réalisation pour les femmes et je vais insister auprès du ministère pour qu'au moins la moitié des élèves soient des filles, je suis sûre que c'est possible. Je pense aussi à une autre réalisation. Avant d'être députée, j'étais membre d'une organisation de femmes appelée le Forum zambien pour l'éducation des femmes, une organisation de portée mondiale ayant son siège à Nairobi. Le Forum a bien fait comprendre au gouvernement qu'il faut donner une seconde chance aux jeunes filles qui tombent enceintes pendant leur scolarité et aujourd'hui la Zambie en a fait une politique. Si une fille tombe enceinte pendant sa scolarité, elle peut revenir à l'école après l'accouchement. Tous les directeurs d'école savent qu'elles doivent retrouver leur place à l'école et ça, c'est vraiment quelque chose dont je suis fière.
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Entretien avec Milagros Ortiz, ancienne Vice-présidente, Sénatrice et candidate à la Présidence de la République dominicaine
Submitted by iKNOW Politics on Ven, 2009-06-26 16:11
Résumé:
“Le problème de l'inégalité n'est pas un simple problème de femmes, mais un problème mondial et de société. L'égalité entre hommes et femmes est essentielle pour que le monde atteigne les sommets du développement et du bien-être humains.”
Corps:
iKNOW Politics: Comment votre carrière a-t-elle débuté? Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontée en tant que dirigeante politique, surtout en tant que première femme Vice-présidente de la République dominicaine? Comment votre formation et votre expérience antérieures vous ont-elles aidée?

Milagros Ortiz de Bosch: Très rapidement, ma famille s'est élevée contre la dictature de Rafael Leónidas Trujillo (1930-1961), ce qui était vraiment très difficile. A l'époque, ma famille était unie dans la lutte et était persécutée. Il était donc naturel que mes parents et grands-parents nous fassent participer à cette lutte en faveur de la démocratie et de l'égalité parce que, à cette époque de tyrannie, la chose la plus importante était la liberté. Je pense que ma force de caractère m'est venue de ma famille.
Les opposants à la dictature se retrouvaient souvent dans notre salon pour s'organiser. Un grand nombre de Dominicains ont pris part à la lutte pour la démocratie par l'intermédiaire de ces groupes clandestins. Une femme pouvait être assurée qu'elle prenait les mêmes risques que ses camarades de sexe masculin, ce qui était peut-être à la fois un privilège et une malchance. De ce fait, il était relativement aisé de se considérer comme un être humain capable de lutter et de combattre l'ennemi aux côtés de ses frères. L'origine de mon engagement politique se trouve dans la lutte contre la dictature et vient de ma passion pour la liberté et la démocratie complétée, par la suite, par l'aura ou la réputation que donne cette lutte, par exemple la reconnaissance de certains secteurs sociaux.
Je suis passée par tout ce qu'ont connu les jeunes de l'époque: la prison, l'exil, la déportation. Mais dès que j'ai pu, je me suis lancée dans la vie politique sous l'angle le plus important pour moi: la lutte pour la démocratie. Mon engagement dans la vie publique a commencé en 1961 et, en 1963, à 20 ans, j'ai sans doute été la seule femme ayant participé à la révision du projet de constitution. Le Professeur Juan Bosch, qui était à la tête du Parti révolutionnaire dominicain (PRD), a eu une grande influence sur moi.
J'ai eu l'honneur d'être sénatrice pendant deux mandats (1994-1998 et 1998-2002), ainsi que Vice-présidente et Secrétaire à l'éducation (2000-2004). J'ai aussi pris part à des réformes me remplissant d'une grande satisfaction, notamment la réforme de la justice dominicaine, pour laquelle je me suis battue. Aujourd'hui, nous avons la satisfaction de disposer d'une justice révolutionnaire en Amérique latine. J'ai aussi contribué à la réforme et à la modernisation du Congrès. En 1997, a eu lieu un événement particulièrement important, qui pourrait intéresser iKNOW Politics. Bien que j'aie recueilli un grand nombre de voix, j'étais la seule femme sénateur. A l'époque, un grand nombre de lois en faveur des femmes n'avaient pas été finalisées, et nous avons réussi à en faire avancer certaines, par exemple la Loi contre la violence dans la famille, la Loi sur l'éducation générale intégrant la perspective du genre, la première Loi sur les quotas de femmes, la création du Secrétariat de la femme, entre autres.
J'ai aussi pris part à la création d'un mécanisme destiné à rassembler les femmes représentant des partis politiques et la société civile, par exemple la Commission des femmes, très importante pour le Sénat.
iKNOW Politics: Quel a été le rôle joué, dans la République dominicaine d'après la dictature, par les organisations de femmes et les femmes dirigeantes politiques pour permettre à des femmes d'accéder à des postes à responsabilités et leur en faciliter l'accès?
Milagros Ortiz de Bosch: Je crois que la société dominicaine a stagné et que les femmes, au mieux, étaient trop satisfaites de ce qu'elles avaient obtenu. Une réforme électorale a par ailleurs créé le vote préférentiel, qui a invalidé les triomphes remportés par les femmes sur le plan législatif.
Je crois qu'il est important de souligner ici que la législation est une chose, et la mobilisation sociale une autre. Tant que les femmes ne sont pas solidaires par le vote, que les hommes n'ont pas le sentiment que les voix des femmes peuvent avoir un impact sur leur accès au pouvoir, que les femmes continuent à faire ce que la société leur demande et que nous n'exprimons nos suffrages que dans le domaine social et pour la question de la parité hommes-femmes, que les femmes ne sont pas formées dans le domaine économique et social pour impulser des changements dans la société, que nous votons sur la base d'intérêts personnels et non collectifs, en tant que femmes liées les unes aux autres, il est très peu probable que la loi pourra faire quelque chose pour nous.
En outre, une loi ne change pas une culture. La culture et les partis politiques doivent évoluer eux aussi. Les femmes doivent promouvoir de nouvelles réformes juridiques et donner naissance aux mouvements politiques s'inspirant de ces réformes. Après le mouvement de 1997, époque à laquelle je faisais allusion, la société dominicaine est devenu conservatrice. Nos réussites sont modestes, puisqu'il n'y a que 6% de femmes au Sénat, 19% à la Chambre des députés, 11% dans les autorités municipales, et 26 ou 27% dans les Conseils municipaux. Quand on observe ces pourcentages, il apparaît clairement que le nombre de femmes diminue avec l'importance de la fonction. Voici certaines des difficultés rencontrées dans la lutte historique pour le pouvoir.
Je dis toujours lors de conférences ou de manifestations au cours desquelles j'ai l'occasion de parler avec des hommes et des femmes (parce qu'il faut aussi parler aux hommes) que les femmes ne sont pas les seules concernées par le problème de la parité et de la discrimination.
Je voudrais vous donner un exemple que je prends toujours dans mes cours à l'université: si je me cassais un os du bras et que je devais porter un plâtre pendant longtemps, le jour où on m'enlèvera ce plâtre, je ne pourrai pas tout de suite bouger le bras plâtré comme celui qui n'a pas été atteint. Le pouvoir féminin est dans le plâtre depuis des milliers d'années. Ce n'est pas un problème de femmes, mais un problème de société. Vouloir que les femmes jouent le rôle qu'elles doivent jouer oblige à aborder des problèmes de santé publique, de production et de lutte véritable contre la pauvreté. Les gouvernements les plus progressistes ou ceux qui sont soutenus par des électeurs progressistes sont ceux qui prennent le plus de mesures en faveur de l'égalité. L'inverse équivaudrait à entretenir le problème de l'esclavage à l'époque de la démocratie. Le problème des inégalités n'est pas seulement un problème de femmes, mais un problème mondial et de société. L'égalité entre hommes et femmes est essentielle pour que le monde atteigne les sommets du développement et du bien-être humains.
iKNOW Politics: Comme vous l'avez déjà indiqué, légiférer ne suffit pas. Des réformes structurelles doivent accompagner la législation. De votre point de vue, quelles sont les principales stratégies à appliquer pour arriver à une égalité des sexes authentique à tous les échelons de la société dominicaine?
Milagros Ortiz de Bosch: Si j'analysais l'ADN de José Luis Rodríguez Zapatero [actuel Président du Espagne] ou de Ricardo Lagos [ancien Président du Chili, 2000-2006], j'y trouverais la passion de la démocratie et le sens de la justice. Ces hommes sont convaincus que leur rôle consiste à présider à l'avènement d'un monde d'égalité et de bien-être. Il n'existe pas de formule magique: sans volonté politique, aucun accomplissement n'est possible.
L'éducation est essentielle. Les femmes doivent éduquer les nouvelles générations, tout particulièrement en matière d'égalité. Les femmes ne peuvent pas laisser se répéter le schéma des ces 20 dernières années, particulièrement pour ce qui est de leur rôle au foyer. Le monde n'est plus ce qu'il était.
iKNOW Politics: L'importance de la solidarité entre les femmes est souvent mise en exergue. Par exemple, dans le forum de discussion d'iKNOW Politics sur les quotas de femmes comme outil de promotion de la présence des femmes en politique (4 au 11 juin 2008), l'une des participantes soudanaise a évoqué l'absence de solidarité entre les femmes soudanaises, qui a brisé ce qui aurait pu devenir un fort mouvement politique de femmes. Quelle a été votre expérience sur ce plan et quelles leçons avez-vous apprises?
Milagros Ortiz de Bosch: Je n'ai pas bénéficié de la solidarité entre les femmes, mais cette solidarité me paraît essentielle. Je n'ai pas milité dans le féminisme. Je crois à l'égalité et à l'obligation de respecter les droits de l'homme de tous les individus et de leur offrir une totale liberté. Je ressens donc une obligation à l'égard des femmes et mon parti s'était doté dans ce domaine d'une politique à laquelle je me suis facilement ralliée. Comme je fais preuve de solidarité, je ne me suis jamais retirée d'une campagne afin que la société ne dise pas que les femmes se retirent des campagnes.
De nombreuses femmes auraient pu négocier leurs voix [contre des faveurs politiques], mais un petit groupe d'entre nous n'a jamais voulu. Je ne me suis jamais attendue à de la solidarité de la part des femmes, bien que je leur aie toujours donné la possibilité de montrer leur soutien. J'ai l’honneur d'avoir moi-même toujours soutenu la cause et fait preuve d'un grand engagement en faveur de l'égalité. Je continue à défendre, mettre en avant et expliquer la notion d'égalité et je cherche des raisons et des arguments pour qu'elle continue à progresser.
Il existe un problème grave, dont je voudrais parler ici, et qui se réfère au système du patronage. C'est l'arme la plus terrible qui soit contre les femmes et, pourtant, les femmes utilisent. Les femmes pensent que, pour accéder au pouvoir, elles doivent se faire aider grâce au patronage. Toutefois, ceux qui aident les femmes diminuent leur rôle. A chaque époque de l'évolution de l'humanité se produisent des choses extraordinaires susceptibles d'inverser le cours des événements. Le système du patronage et la pauvreté sont deux instruments désastreux pour les femmes, car ils les enchaînent. Il faut des programmes de lutte contre la pauvreté intelligents, mais c'est la création d'emplois et de perspectives, la vision du développement humain, la capacité à choisir, qui décideront du chemin que suivront les femmes concernant leur égalité. Je suis à la fois la victime et la bénéficiaire des différentes époques que j'ai traversées.
iKNOW Politics: Vous appartenez à un parti politique. Comment avez-vous réussi à vous faire un nom et à vous présenter comme candidate? Que pensez-vous des groupes de femmes au sein des partis politiques et que proposeriez-vous pour faire augmenter la participation des femmes à la prise de décisions dans les partis?
Milagros Ortiz de Bosch: J'ai toujours avancé grâce aux élections internes. Je n'ai jamais été recommandée pour un poste. Même la Vice-présidence s'est décidée sur la base des voix que j'avais obtenues. Les partis politiques latino-américains sont passés par différentes étapes. Avec la présence de M. José Francisco Peña Gómez dans notre parti, nous avions un homme progressiste, proche de Lagos, et de ceux d'entre nous qui ne nous arrêtons pas aux barrières modernes.
Dans la crise des partis politiques, étant donné le manque d'idéaux et la prédominance du pragmatisme total du pouvoir pour le pouvoir, je crois que le processus de développement des femmes s'est ralenti, par exemple dans la politique. Je ne dirais pas que la société dominicaine est plus conservatrice, mais que les partis appartiennent à cette société. Aucun de mes apports n'a été le fruit de mes seuls efforts, mais bien aussi de ceux déployés par les femmes de mon parti, aux côtés des députés de mon parti et de tous les autres partis. Si nous n'avions pas créé une force, nous n'aurions pas pu continuer à nous développer. Le Parti révolutionnaire dominicain (PRD) s'était doté de quotas avant même que la loi sur les quotas n'ait été adoptée. Ces quotas ont été mis en place grâce à la réglementation interne du parti.
iKNOW Politics: Bien que la répartition du pouvoir soit de toute évidence inégale, il est vrai que les femmes ont besoin de l'appui des hommes pour atteindre l'égalité. Sur la base de votre expérience, quelles sont les meilleures stratégies à appliquer pour faire participer les hommes à des processus favorisant la parité entre les sexes, plus particulièrement dans le domaine de la participation politique?
Milagros Ortiz de Bosch: Les stratégies désorganisées, sans projet ni idéaux ne mènent nulle part. Il est tout d'abord important de voir clairement pourquoi on souhaite gouverner et ce qui est nécessaire pour y parvenir. Dans la candidature au Sénat, je me suis trouvée face aux hommes les plus puissants de mon parti. Je dirigeais la base du parti dans ma région depuis longtemps et les avancées étaient extraordinaires.
Nous, les femmes, nous avons régionalisé le registre des membres du parti et imposé la transparence. Nous nous sommes impliquées dans la base sociale. La hiérarchie du parti n'a plus pu empêcher la majorité de s'exprimer et il y avait une présence, un mouvement beaucoup plus avancé à la base politique du parti. Je n'avais jamais participé au système du patronage, qui n'était pas aussi puissant qu'il l'est aujourd'hui en raison d'un pragmatisme excessif et qui résume la politique menée en République dominicaine depuis 1996. J'ai donc remporté par deux fois un siège au Sénat, et la seconde fois avec 63% des voix.
Quelle recommandation donnerais-je? La stratégie signifie savoir que c'est la majorité qui fait la démocratie. La majorité ne se constitue pas autour d'un seul sujet, mais plutôt en représentant et en interprétant la société dans son ensemble et en se consacrant à ceux qui ont besoin de plus d'attention pour évoluer. Choisir des points communs est essentiel. Ensuite, il est aussi important d'être prêt à s'exprimer sur toutes les questions, connaître l'économie et l'histoire. Les hommes rabaissent les femmes par tous les moyens. Je me rappelle dans mon parti, lorsque j'avais fait une remarque qui avait été acceptée, l'un de mes collègues masculins assis derrière avait dit: "La femme aux yeux verts qui a pris la parole en premier", pour souligner le fait que j'étais une femme.
Cet obstacle peut être surmonté en travaillant dur, en se formant, en étudiant et en étant représentative. Si l'on n'est pas représentative, on n'a pas de poids et on est toujours l'otage de négociations. Je pense que, sur le fond, il est indispensable d'enseigner la stratégie aux femmes. Si vos adversaires en rajoutent, vous aussi. S'ils divisent, vous aussi. S'ils forment des alliances, vous aussi. S'ils créent des liens avec la population, vous aussi. S'ils ont trouvé de l'argent pour réaliser quelque chose, vous devez imaginer une solution pour faire la même chose avec de nouvelles méthodes, faire preuve de créativité.
Par exemple, il existe des mécanismes modernes permettant de faire campagne, mais les coûts empêchent les femmes d'y avoir accès. Nous devons continuer à nous battre sur ce plan, par exemple en ce qui concerne la façon de répartir les fonds des partis politiques bénéficiant du financement de l'Etat sans faire de discrimination à l'égard des femmes, car c'est l'aspect de la vie des partis qui entrave le plus leur participation.
iKNOW Politics: Vous avez participé et participez toujours à la formation des femmes dirigeantes politiques. Les spécialistes sont nombreux à dire que, à notre époque, les jeunes font preuve de désenchantement et de scepticisme (si ce n'est de cynisme pur et simple) à l'égard de la politique. Qu'en pensez-vous? Comment envisagez-vous la formation de nouveaux dirigeants politiques dans votre pays?
Milagros Ortiz de Bosch: L'adolescence que j'ai connue n'a rien à voir avec celle d'aujourd'hui. Les jeunes n'ont pas les mêmes intérêts. Aujourd'hui, les jeunes sont confrontés à la toxicomanie, à la liberté sexuelle et à la décadence de nos sociétés. Les femmes partent tôt le matin et les grands-mères, comme moi, ne sont plus à la maison pour s'occuper de leurs petits enfants. Le gouvernement n'a pas réfléchi à un nouveau mode d'organisation de la société. Qui s'occupe des enfants des mères qui travaillent dans la zone franche ou dans les banques? Qui a pris conscience du fait que les familles ont connu des bouleversements très profonds et que le gouvernement doit se pencher sur la situation pour faire en sorte que les jeunes puissent commencer à poursuivre des objectifs de développement et de croissance plus logiques et se constituer leur propre vision du monde?
D'un autre côté, l'Etat ne s'est même pas rendu compte que les femmes constituent la moitié de la population mondiale ni que la moitié des hommes et des femmes sont des jeunes. Les partis politiques manquent de ce dont nous avons le plus besoin, à savoir l'éthique, la transparence, les résultats, la représentation et le respect des promesses faites. Alors, si l'Etat représente l'ensemble de tout ce à quoi un pays aspire et que ce pays élit un dirigeant dont il s'aperçoit ensuite qu'il n'est pas à la hauteur, que peut-il penser? Je crois que la crise économique que nous connaissons enterrera pour de bon les Accords de Bretton Woods et que nous devrons par conséquent passer de nouveaux accords internationaux.
Dans ce cadre, il est tout à fait possible de trouver un espace permettant de comprendre de nouvelles personnes (les jeunes) et le rôle des femmes. On ne change pas de chaussures pour finir par marcher avec des chaussures de deux couleurs différentes. Comme le dit la merveilleuse chanson de Mercedes Sosa, “celui qui ne change pas tout ne change rien.”
Les avancées extraordinaires enregistrées en matière de santé, de recherche, de cellules souches, d'ADN, de technologie, etc., exigent d'infléchir la perspective de la société. Ceux qui restent en marge le font parce qu'ils n'ont pas de vision générale de l'évolution du monde. L'heure est venue de penser aux femmes et aux jeunes, car c'est la seule façon d'éradiquer la misère à la racine. Pour les personnes qui sont pauvres depuis 70 ans, il est très difficile de s'insérer dans la production, le développement et la croissance. Offrir aux jeunes et aux femmes qui font leur entrée dans la société la possibilité de créer, c'est changer le monde.
La politique est l'art de conquérir le pouvoir. Ceux qui le détiennent peuvent augmenter vos impôts ou les frais d'inscription à l'université, modifier le programme des écoles et le nom de votre rue, vous orienter dans un sens ou un autre (en vous disant si vous devez aller du sud vers le nord ou plutôt l'inverse). La politique s'immisce dans le sport, elle envahit tout. Lorsqu'on s'isole de la politique, cet espace (puisque la nature a horreur du vide) est rempli par la négation de la politique. Il faut faire de la politique, car la politique constitue le fondement de l'organisation de l'Etat.
Les jeunes femmes doivent s'engager dans la politique. Se couper de la politique équivaut à refuser de respirer, car la politique c'est l'air que nous respirons. Vous et moi sommes assises ici pour des raisons politiques, parce que vous considérez que j'ai des choses intéressantes à dire et que vous oeuvrez pour une idée intéressante, qui est politique et nous le sommes toutes les deux aussi. Tous ceux qui considèrent que le monde peut être amélioré peuvent y contribuer en faisant de la politique. C'est mon message, c'est ma vie et (je dois l'ajouter) ce message donne satisfaction. Quand la politique est inspirée par des idéaux et des actes, elle offre beaucoup de bonheur. C'est ce que l'on peut voir dans le sourire d'une femme qui vient vous trouver pour vous dire: "Je suis allée portée plainte parce que mon mari me battait", ou "Il existe une loi sur la sécurité sociale garantissant ma santé".
Je sais que c'est dur pour les femmes, mais c'est beaucoup plus beau quand on s'engage.
iKNOW Politics: Quel type d'influence les réseaux et le travail en réseau ont-ils eu sur votre travail? Les jugez-vous utiles? Dans ce contexte, quel est votre avis sur iKNOW Politics?
Milagros Ortiz de Bosch: Voici quelques années, un groupe d'organisations m'a demandé de participer à un débat sur les partis politiques. Je considère que la crise des partis politiques vient de l'incapacité à s'adapter sur le plan technologique. Les partis doivent fonctionner en réseaux, les intérêts doivent être unis par un réseau.
Je crois dans la technologie, dans les outils que le monde d'aujourd'hui met à notre disposition afin, par exemple, d'entrer en contact avec un grand nombre de gens que nous ne connaissons pas, ou leur permettre d'accéder à mon blog ou ma page web. Il est donc évident pour moi qu'il s'agit d'une façon moderne de communiquer. Je considère que la capacité de se rapprocher et de discuter est très importante. Il existe déjà plusieurs réseaux de femmes et je considère le projet iKNOW Politics comme fondamental.
iKNOW Politics: Pour conclure, pourriez-vous nous dire si vous avez des projets dans les domaines que nous avons abordés?
Milagros Ortiz de Bosch: J'organise mes propres conférences, qu'elles soient écrites ou virtuelles et les questions que j'aborde sont liées aux partis politiques. Je participe aussi à un programme de formation des citoyens, car j'ai le sentiment que les problèmes auxquels nous sommes confrontés en Amérique latine, particulièrement au sein des partis politiques, sont dus à un manque de citoyenneté active. Je tiens beaucoup à mes activités dans ce domaine. Dans ce cadre, je collabore avec un programme radiophonique diffusé sur l'une des plus grandes stations de radio du pays, qui jouit d'une audience extraordinaire. Nous y expliquons comment former une collectivité, comment s'unir pour résoudre un problème et abordons aussi des questions plus vastes et conceptuelles. Nous expliquons aux auditeurs ce que sont les lois, comment elles sont élaborées et comment ils peuvent jouer activement leur rôle de citoyens.
Je suis souvent invitée à m'exprimer à des conférences pour débattre de ces questions avec les gens et je finis toujours par aborder la problématique des partis. Pour l'instant, je fais une pause, j'attends de voir comment les choses évoluent et en profite pour organiser un peu ma vie. J'ai tant œuvré et je me suis tant battue que ma vie est fragmentée en un grand nombre de morceaux, que j'ai aujourd'hui le sentiment de devoir rassembler, comme un puzzle. Je veux remettre ensemble les morceaux et réfléchir, car je vous ai beaucoup parlé de mes succès, mais on oublie presque toujours ses échecs.
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Entretien avec Violet Sampa Bredt, parlementaire zambienne
Submitted by iKNOW Politics on Mar, 2009-06-23 17:51
Résumé:
Je crois que les femmes sont des femmes, où qu’elles se trouvent, et que si certaines en Europe, en Amérique ou en Australie ont avancé dans certains domaines, nous devons être prêtes à entrer en contact avec elles pour pouvoir échanger des informations et nous manifester notre solidarité. C’est ainsi que je conçois le fonctionnement de ce réseau de femmes.
Corps:
iKNOW Politics : Quand vous êtes entrée en politique, vous veniez d’un domaine un peu différent, l’Eglise. Vous avez été la première femme africaine ordonnée de l’Eglise unie d’Afrique et ensuite, vous êtes entrée en politique. Vous êtes aujourd’hui parlementaire et vice-présidente du groupe des femmes. Pouvez-vous nous dire en quoi votre passage par l’Eglise vous a aidée comme parlementaire ?
Sampa Violet Bredt : Je dois dire que ce fut très intéressant de venir d’un milieu ecclésiastique. J’ai été la première femme pasteur à être ordonnée à l’Eglise unie d’Afrique et la première femme à être ordonnée tout court en Afrique. C’était un vrai défi de briguer le ministère dans l’Eglise parce qu’à cette époque, être acceptée à l’ordination quand on était une jeune femme, c’était une chose inouïe. J’ai rencontré pas mal de difficultés mais je les ai surmontées et j’ai servi fidèlement mon Eglise à différents niveaux pendant cinq ans. J’ai atteint le degré le plus élevé qu’on puisse imaginer dans l’Eglise car j’ai été aux commandes du Conseil œcuménique des Eglises pendant sept ans et sous-secrétaire du Conseil des Eglises de Zambie pendant dix ans. Après avoir démissionné de mes fonctions dans l’Eglise, j’ai pensé rentrer à la maison, me reposer et m’occuper de ma famille car, à cette époque, je n’étais pas souvent à la maison et mes enfants ne me voyaient pas beaucoup. Mais j’ai réfléchi : « les garçons ont grandi. Qu’est-ce que je ferais à la maison ? » Les gens de ma communauté, tant à l’Eglise que dans la société, me demandaient de revenir à la vie active. En politique, suggéraient-ils, ou dans l’Eglise comme volontaire. Je faisais déjà du bénévolat.
iKNOW Politics : Qu’est-ce qui vous a incitée à entrer en politique ?
Sampa Violet Bredt : Dans ma localité, je me suis aperçue que je pouvais effectivement entrer en politique et faire certaines choses. C’est ainsi que mon intérêt pour la politique s’est éveillé, mais je ne savais pas exactement à quel parti me rallier. J’ai beaucoup réfléchi et, en observant ce qui se passait en Zambie, je me suis rendu compte que l’un des partis politiques – le Front patriotique – et son programme me plaisaient beaucoup. Il parlait de questions sociales et voulait un changement pour les pauvres de Zambie. Je me suis dit : « c’est plus ou moins le travail que je faisais à l’Eglise, je pourrais peut-être essayer de l’aborder cette fois d’un point de vue politique ». C’est ainsi que je suis entrée en politique et c’était très intéressant. La difficulté, c’était de gagner une élection. Comment fallait-il s’y prendre pour convaincre les électeurs ? J’avais très peu d’expérience en la matière. Plusieurs hommes se présentaient dans la circonscription à laquelle j’avais été assignée et, heureusement, c’est moi qui ai obtenu le plus grand nombre de voix. Je me suis retrouvée au parlement fin 2006. C’est comme cela que je suis entrée en politique. Et c’est extrêmement intéressant d’être parlementaire : on apprend une foule de choses. A la différence de l’Eglise où j’étais axée sur la vie de l’Eglise et où mon action ne pouvait toucher ou transformer que ma communauté, au parlement, on traite des questions les plus diverses qui se posent dans d’autres régions du pays et on les aborde sous des angles différents. On sait ainsi ce qui se passe dans toute la Zambie et au-delà et cela me plaît beaucoup. Mais en tant que femme au parlement, je suis parfois très perplexe. Je suis les débats : ce sont les affaires courantes pour mes collègues; pour moi, ces débats sont loin des gens, que l’on peut toucher, sentir. C’est un peu débattre sans être proches des gens au nom desquels on débat. C’est parfois la difficulté avec la vie parlementaire. Mais je suis avec d’autres femmes parlementaires zambiennes, qui viennent de zones rurales et d’agglomérations urbaines et nous essayons de peser dans la balance parce que nous sommes des mères de famille. Comment aborder les problèmes de nos enfants et de nos sœurs d’un point de vue législatif ? Bien sûr, le fait d’être en minorité soulève souvent des problèmes. Mais nous nous faisons entendre. C’est un processus de longue haleine : nous savons très bien que nous avons affaire à un parlement très patriarcal où les hommes dominent. Parfois, quand des questions d’égalité des sexes se posent, les hommes ont tendance à ne pas les prendre au sérieux mais mon travail me plaît et j’espère changer un peu les choses, en particulier pour les femmes de ma circonscription, les femmes jeunes, les mères qui se débattent avec les difficultés et l’ensemble de la population.
iKNOW Politics : Comment définiriez-vous votre style de leadership? Est-ce qu’il a changé depuis que vous êtes parlementaire ?
Sampa Violet Bredt : Il est sans doute trop tôt pour dire que j’ai beaucoup changé. Je suis toujours la même Violet, celle qui veut faire participer les gens à tout ce qu’elle fait. Je ne me vois pas vraiment comme leader, mais plutôt comme facilitatrice. Ce n’est peut-être pas apprécié de nombreuses personnes qui veulent me voir jouer le rôle de leader mais, dans tout ce que je fais, je veux entraîner les gens avec moi et les résultats obtenus ne sont pas faciles à discerner. Cependant, je suis prête à acquérir de nouveaux savoir-faire dont les hommes et femmes politiques ont besoin. Je pense que ma démarche est encore à bien des égards celle que j’avais à l’Eglise.
iKNOW Politics : Vous êtes vice-présidente du groupe des femmes. Pensez-vous que le fait d’avoir ce groupe et des femmes autour de vous qui vous soutiennent vous aide dans votre carrière politique ?
Sampa Violet Bredt : C’est inestimable. Le groupe des femmes en particulier a une présidente qui a une très grande expérience. L’exemple de ces femmes, qui ont été au parlement avant moi et qui ont été utiles, qui veulent entraîner les nouvelles avec elles, m’inspire toujours et je pense que c’est d’elles que j’apprends le plus – surtout de celles qui sont positives et qui veulent changer les choses. Qui sont entrées en politique avec un autre désir que celui d’être comme les hommes, comme moi qui suis entrée au ministère de l’Eglise non pas pour me fondre dans le clergé mais pour être une femme pasteur et comprendre l’Eglise comme femme et non comme homme. J’apprends beaucoup au contact des femmes du groupe qui essaient de faire évoluer le parlement.
iKNOW Politics : Quels conseils donneriez-vous à une femme qui envisagerait de mener une action politique ?
Sampa Violet Bredt : Celui de ne jamais abandonner, d’être forte et concentrée. Savoir vraiment ce que l’on veut faire dans la vie parce que, souvent, nous les femmes, nous avons tendance à nous décourager. J’inciterais vivement toutes les femmes qui veulent s’aventurer en politique à être très fortes, sincères, franches et crédibles. Il faut que nous nous distinguions des hommes politiques.
iKNOW Politics : Pensez-vous qu’un réseau mondial en ligne comme iKNOW Politics puisse apporter beaucoup aux femmes ?
Sampa Violet Bredt : Je pense que c’est aussi un avantage parce que le fait de savoir ce que font d’autres femmes sur d’autres continents vous ouvre l’esprit. Je crois que les femmes sont des femmes, où qu’elles se trouvent, et que si certaines en Europe, en Amérique ou en Australie ont avancé dans certains domaines, nous devons être prêtes à entrer en contact avec elles pour pouvoir échanger des informations et nous manifester notre solidarité. C’est ainsi que je conçois le fonctionnement de ce réseau de femmes.
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Entretien avec Jesse Majome, parlementaire du Zimbabwe
Submitted by iKNOW Politics on Mar, 2009-06-23 17:45
Résumé:
Si vous êtes dans la politique active ou à une fonction élective, vous devez apprendre à travailler avec les gens pour atteindre vos objectifs et influer sur la façon dont les choses se font. Il y a un équilibre très délicat à trouver entre l’idéal que vous cherchez à traduire dans les faits et l’intérêt et les opinions du peuple que vous représentez.
Corps:
iKNOW Politics : En tant que femme membre de l’Assemblée du Zimbabwe, quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Jesse Majome : La controverse qui entoure l’élection présidentielle et le fait que ce litige n’est pas réglé rendent en ce moment la tâche des parlementaires zimbabwéens extrêmement difficile... A ce jour, plus de six mois après les élections, aucun règlement n’est en vue. Alors quand on est parlementaire dans une situation comme celle-ci, qui est assez malheureuse, on est placé devant des défis très particuliers. Entre autres celui-ci : nous avons tous été élus le 29 mars mais nous n’avons pu prêter serment que quatre mois après, de sorte que notre mandat a été amputé d’autant. Conformément à la constitution du Zimbabwe, les parlementaires ne peuvent pas se mettre au travail avant d’avoir prêté serment et, en ce moment, faute d’un gouvernement clairement formé, le parlement ne peut toujours pas fonctionner correctement.
iKNOW Politics : En quoi votre expérience passée de conseillère municipale, de maire et de juriste vous a-t-elle aidée à relever ces défis ?
Jesse Majome : Je pense que mes antécédents, le fait d’avoir été élue conseillère, d’avoir participé à la gestion locale, d’avoir été à la tête d’une autorité locale ainsi que mon expérience de juriste ont certainement contribué à me faire élire au parlement parce que, pour ce qui est de la motivation, il y a une sorte de continuité naturelle entre ces rôles. J’ai décidé initialement de me présenter comme conseillère pour mon parti politique parce que je me suis rendu compte que je faisais beaucoup pour le parti en en représentant les membres. En effet, il était dans l’opposition et était persécuté – j’irai jusque là – ne voyant de la loi que le côté injuste puisqu’elle était utilisée pour le décourager et le tenir en échec. Je me suis donc aperçue que je passais beaucoup de temps à défendre des membres de mon parti, qui étaient arrêtés pour des motifs divers à cause de leur engagement politique. Puis il y a eu un siège vacant au conseil et on m’a demandé de me présenter. J’avais toujours voulu me lancer en politique mais je prévoyais de le faire à un stade ultérieur de ma carrière. Mais lorsque cette occasion s’est présentée, je me suis rendu compte que je n’avais pas d’excuse pour refuser. Je me suis dit : « autant le faire maintenant puisque je suis déjà engagée dans l’opposition politique comme juriste. Je suis même déjà en première ligne ». S’engager dans l’opposition n’est pas sans risque au Zimbabwe. C’est même dangereux : certains en sont morts ou l’ont payé très cher. Ce n’est donc pas une chose anodine à faire. Beaucoup espèrent qu’on arrivera à surmonter cette phase mais, dans mon cas, j’étais déjà exposée, alors autant me présenter. Encore une fois, c’est vraiment une responsabilité. Je crois qu’il est important que des gens se présentent à des fonctions électives parce que si nous nous réservons pour plus tard, si nous nous tenons à l’abri et continuons à exercer nos professions et à gagner beaucoup d’argent, c’est finalement à nous-mêmes que nous faisons faux bond. Il y a énormément à faire pour remettre le gouvernement sur la bonne voie, remettre de l’ordre dans la définition des politiques et c’est une responsabilité devant laquelle hommes et femmes, surtout les femmes des professions libérales, ne doivent pas reculer. Je ne dis pas que je vais changer seule le climat politique et la façon de faire de la politique au Zimbabwe mais je veux croire que je peux infléchir dans le bon sens les décisions qui ont une incidence sur le public et améliorer la façon de faire les lois. Je crois qu’il faudra que beaucoup d’entre nous s’y mettent – des femmes de toutes convictions, mais surtout des femmes de professions libérales – et qu’elles font cruellement défaut sur la scène politique.
iKNOW Politics : Vous venez de nous exposer les difficultés extrêmes qui accompagnent l’entrée dans l’arène politique au Zimbabwe. Avez-vous l’impression que vous vous heurtez à des difficultés supplémentaires parce que vous êtes une femme ?
Jesse Majome : Je dirais que le fait d’être une femme comporte des désagréments supplémentaires parce qu’il y a des sortes de mal qu’on ne peut faire qu’à une femme et pas à un homme. On peut vous violer par exemple. On peut discuter sur le point de savoir si l’on peut ou non violer un homme mais, en général, ce sont des femmes qu’on viole et il y a toujours ce danger. La violence politique peut être d’une laideur extrême et l’on sait qu’il y a toujours ce risque. Si nous, les femmes, nous nous focalisions sur ce risque, nous ne ferions jamais rien parce que des femmes peuvent se faire violer de toute façon, où qu’elles soient, même en ne faisant pas de politique. Nous ne ferions plus rien du tout comme femmes, donc mieux vaut ne pas s’attarder sur ce risque mais regarder toutes les possibilités qui s’offrent.
iKNOW Politics : Le soutien d’autres femmes vous a-t-il été utile ?
Jesse Majome : J’ai reçu et je continue à recevoir beaucoup de soutien de la part de femmes et d’hommes. C’est par le mouvement féminin que je suis entrée en politique parce que pendant très longtemps je me suis employée à me servir des lois pour changer la condition des femmes. Je remarque que les hommes juristes dans la politique zimbabwéenne semblent avoir une énorme influence sur les lois et aussi sur les esprits. J’ai regardé autour de moi et, pendant longtemps, je n’ai vu aucune femme, surtout pas de femme élue. Il y avait une femme au parlement zimbabwéen avant le 18ème amendement constitutionnel, adopté en décembre 2007. Sur les 120 membres que comptait le parlement, le président pouvait en désigner 30. Il y avait une femme désignée, une juriste, mais elle n’a pas été désignée à nouveau par la suite. Il est également possible de désigner un certain nombre de sénateurs. Une femme avait été désignée comme sénatrice pour une partie du mandat mais, aux dernières élections, elle a décidé de se présenter à l’Assemblée et elle n’a pas été élue. Si les parlementaires désignés ont les mêmes droits de vote que les autres, je pense que, s’agissant de la représentation des femmes, l’élection est, aux yeux de beaucoup, un moyen d’entrer au parlement auquel personne ne peut trouver à redire. C’est une question de statut. Si vous êtes désigné, oui vous êtes parlementaire, vous serez pris au sérieux comme homme ou femme politique mais, pour les femmes en particulier, il est important d’avoir des parlementaires qui aient été élues par le peuple. Vous avez un pouvoir de négociation plus grand. Vous avez plus d’influence : c’est pourquoi il est important d’être élue. Dans l’histoire du parlement zimbabwéen, il n’y avait pas eu de femme juriste élue. J’ai donc pensé qu’il était temps que des femmes juristes entrent au parlement et j’ai décidé que je serais la première. J’ai eu la chance d’être élue et je suis heureuse d’avoir été la première femme juriste élue au parlement zimbabwéen. Malheureusement, je suis la seule dans ce cas, je souhaiterais qu’il y en ait davantage. Je me suis en fait engagée, parce que je suis membre de l’Association des femmes juristes du Zimbabwe, à faire un travail de sensibilisation pour que d’autres femmes juristes parviennent à des fonctions électives et j’espère qu’il y en aura bientôt plus. J’ai constaté que les juristes avaient eu beaucoup d’influence dans l’histoire du parlement zimbabwéen. Au Zimbabwe, les femmes ont fait l’objet de discriminations dans de nombreux domaines du droit. Pendant des années, nous avons essayé d’inciter des hommes et des juristes à faire adopter des lois d’action positive en faveur de l’égalité des sexes mais maintenant je pense qu’il est important que nous entrions au parlement et que nous agissions par nous-mêmes. J’espère donc contribuer modestement à des progrès dans ce sens.
iKNOW Politics : Pensez-vous que votre style de leadership ait changé avec le temps ?
Jesse Majome : Je dirais que j’ai beaucoup appris et que, d’un point de vue politique, j’ai mûri. Je comprends mieux maintenant la dynamique très complexe qui se crée en travaillant avec les gens. Si vous êtes dans la politique active ou à une fonction élective, vous devez apprendre à travailler avec les gens pour atteindre vos objectifs et influer sur la façon dont les choses se font. Il y a un équilibre très délicat à trouver entre l’idéal que vous cherchez à traduire dans les faits et l’intérêt et les opinions du peuple que vous représentez. Je pense que mon expérience de juriste m’aide aussi parce que, même dans ma campagne électorale, je suis habituée à défendre les positions et les points de vue des gens. Je pourrai donc les représenter au parlement, argumenter et débattre. De toute évidence, les juristes ne sont pas les seuls à savoir représenter les gens et exposer des points de vue mais je pense que le fait d’être juriste m’y aide.
iKNOW Politics : Pouvez-vous me donner un exemple de quelque chose que vous avez fait ou envisagez de faire et qui est à votre avis bénéfique pour les femmes du Zimbabwe ?
Jesse Majome : En ce moment, c’est un peu difficile parce que le parlement zimbabwéen comme tel ne s’est pas encore mis au travail. Par exemple, les commissions parlementaires elles-mêmes attendent la formation d’un gouvernement. Pour le moment, nous sommes en piste pour le décollage ; nous ne faisons qu’imaginer des stratégies à mettre en scène. J’ai trouvé une vraie famille dans le groupe des femmes au parlement : il y a tant de stratégies que nous voulons essayer et adopter sur les questions des femmes. Je me suis rendu compte dans ce groupe que ma connaissance du droit était utile à mes collègues. Je peux leur en faire profiter. On touche de près au droit quand on est au parlement. On y fait les lois. Si vous savez ce que dit déjà le droit et ce qu’il peut dire, cela aide. J’espère être un atout pour mes collègues : elles devront souvent se renseigner à l’extérieur, auprès d’ONG notamment – et elles continueront à le faire bien sûr – mais c’est pratique d’avoir une juriste sous la main. J’espère aussi que nous pourrons déposer des motions sur divers sujets au Zimbabwe, pas seulement faire des lois et contrôler les politiques et l’action du gouvernement comme c’est le devoir du parlement. Par exemple, de très nombreuses femmes au Zimbabwe ont de la peine à faire enregistrer la naissance des enfants nés hors mariage. L’obtention d’un passeport est un cauchemar pour beaucoup de femmes à cause de la position dominante de l’homme dans la famille. Parfois, elles sont obligées de changer de nom pour obtenir un passeport parce qu’elles sont mariées. La loi elle-même n’oblige pas les femmes mariées à changer de nom. On pourrait poser des questions et exiger que l’office de l’état civil explique exactement pourquoi il complique à ce point la vie des femmes, les force en fait à changer de nom et les empêche de jouir de leurs droits. Je pense qu’il y a de très nombreuses possibilités.
iKNOW Politics : Quel genre d’appui pensez-vous qu’un réseau comme iKNOW Politics pourrait vous apporter ?
Jesse Majome : Je pense que ce serait passionnant de pouvoir simplement échanger avec des membres d’autres parlements. J’ai eu récemment une conversation avec une amie kényenne qui est juriste et avec laquelle j’ai fait mes études. Elle a été très intéressée d’apprendre que je devenais parlementaire. Elle a dit qu’elle allait essayer de me mettre en relation avec des femmes parlementaires du Kenya. Je me suis dit : « ce serait parfait ». Cela m’aiderait vraiment beaucoup de pouvoir confronter mes expériences avec celles d’autres personnes. C’est très encourageant, cela permet d’améliorer la qualité de votre travail et cela vous remonte le moral. C’est utile aussi d’apprendre quelles questions les femmes ont soulevées, parce qu’elles recourent parfois à des stratégies très novatrices pour promouvoir les femmes. Je pense qu’il serait extrêmement gratifiant d’échanger et de mettre à profit les expériences d’autres femmes parlementaires. Et de leur côté, elles pourraient aussi trouver intéressantes les expériences zimbabwéennes.
iKNOW Politics : Si vous vous adressiez à une jeune femme qui songe à entrer en politique mais qui hésite, de quelle expérience voudriez-vous lui faire profiter ? Quels conseils lui donneriez-vous ?
Jesse Majome : Si elle songeait à entrer en politique, je crois que je lui conseillerais de se lancer parce que l’arène politique a ceci de merveilleux qu’elle est grande ouverte. Cela donne beaucoup de liberté; c’est à vous de décider ce que vous voulez être parce qu’il n’y a pratiquement pas de limites. Vous n’avez qu’à sortir du rang. Si vous le faites, armez-vous d’informations sur les possibilités, parce qu’il y en a énormément. Cela va sans doute déranger beaucoup de femmes mais je pense que s’il y a si peu de femmes en poste, c’est en partie parce que nous ne nous avançons pas. C’est parfois notre inaction qui fait obstacle au progrès. Or, il suffit de décider que c’est cela qu’on veut faire, être élue à un poste ou à un siège. On décide lequel on veut et on se renseigne sur les moyens de l’obtenir. On regarde la carte et on évalue les chances qu’on a : vous ne l’aurez peut-être pas tout de suite, peut-être pas l’année prochaine mais finalement vous l’obtiendrez parce que, comme je l’ai dit, le champ est largement ouvert et l’on attend que des femmes y entrent et occupent ces postes.
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Entretien avec Brenda Paris Présidente du Parti Union Montréal
Submitted by iKNOW Politics on Mar, 2009-06-09 23:00
Résumé:
Il faut convaincre les gens que nous travaillons sur le long terme. Nous devons travailler pour élargir nos forces et ressources ! De plus en plus, les femmes prennent leur place au niveau décisionnel, nous allons vers un nouveau portrait de notre société.
Corps:
Brenda Paris est actuellement Directrice au Conseil d’administration de la Société de Transport de Montréal où elle préside le Comité de la diversité culturelle. Brenda siège aussi au Conseil des femmes qui est un organe du Conseil municipal.
iKNOW Politics: Vous êtes présidente du parti politique du Maire Tremblay, Union Montréal. Vous avez participé aux dernières élections municipales. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tant que femme lorsque vous êtes entrée en politique ?
Brenda Paris: Les hommes tiennent le pouvoir entre eux, ils excluent les femmes. Je n`étais pas capable de créer la meilleure stratégie et formule gagnantes afin d’être élue dans ma circonscription. Les hommes au sein du parti ne soutenaient pas les communautés culturelles. Je me sentais isolée dans mon propre parti. On m’a demandé de poser ma candidature en vue de donner plus de visibilité aux minorités. Mais la réalité était différente, nous sommes véritablement exclues du jeu politique. Dans ce contexte j’avais besoin du soutien de ma famille et de mes amis. La politique éprouve physiquement et psychologiquement, c’est un bon exercice d’endurance !
iKNOW Politics: Qu’est ce qui vous à motivé à faire de la politique ?
Brenda Paris: Je voulais donner plus de visibilité aux femmes issues des minorités ethniques. Aussi je voulais faire cet apprentissage et créer l’histoire pour pouvoir passer le bâton aux nouvelles générations. Je voulais susciter l’espoir et encourager les autres femmes en leur donnant une meilleure image de la politique. Depuis plus d'un an, je dirige un projet pour les femmes en gouvernance et elles ont toutes réussis à trouver une place importante comme bénévole ou salariée. Ainsi elles sont toutes jumelées avec un mentor.
iKNOW Politics: Avez-vous eu des craintes avant de faire de la politique ?
Brenda Paris: Non. Et je dis à toutes les autres femmes de ne pas avoir peur de faire de la politique. Il ne faut pas réfléchir il faut juste se lancer ! Dans mon cas, c’était une évolution naturelle à cause de mes implications sociales dans plusieurs instances de la société. Je suis un agent de changement et j’ai toujours œuvré pour le bien être de la société.
iKNOW Politics: Quelles leçons avez-vous tiré de votre expérience que vous voulez partager avec nos lectrices ?
Brenda Paris: Il faut connaitre ses qualités et se positionner. Il faut avoir confiance en ses capacités et ne pas se laisser influencer par les hommes. La sensibilité féminine aide beaucoup.
iKNOW Politics: Est-ce que votre leadership a changé au fil des années ?
Brenda Paris: Oui. Maintenant je conduis mieux les conversations, je suis moins timide. J’étudie bien la situation puis j’adopte une position. Je sais mieux argumenter et je réussis souvent à convaincre mon auditoire. J’arrive à mieux partager mon expérience et mon expertise. J`ai beaucoup milité depuis des années sur la scène locale et internationale. La reconnaissance de tous mes engagements par mes collègues n`est pas évident. Le racisme est toujours présent ainsi que la tension entre les hommes et les femmes. Mon leadership a évolué mais le regard des autres demeure le même.
iKNOW Politics: En tant que Présidente du parti politique Union de Montréal, pouvez-vous nous dire l’importance d’avoir une femme à cette position ?
Brenda Paris: Ma présence apporte une approche proactive. Nous ne sommes pas sujet des hommes nous avons les mêmes capacités. C’est important que les hommes voient qu’une femme peut occuper une haute fonction et la mener à bien. Je les mets au défi !
iKNOW Politics: Quel conseil donneriez vous en particulier à une femme qui entre en politique?
Brenda Paris: La patience. Il faut de la patience dans la vie. Il ya plusieurs étapes qui précédent le succès. Le résultat du travail n’est pas souvent immédiat. Il faut prendre le temps d’apprendre sinon on va subir beaucoup de pression. Il faut exprimer la patience autour de nous aux gens qui nous soutiennent. Il faut se dire qu’on va y arriver avec le temps.
iKNOW Politics: Etre femme et issue d’une minorité visible, est ce que cela constitue une double difficulté pour vous ?
Brenda Paris: Sans doute ! Très souvent je me sens isolée et je me retrouve dans les conférences comme la seule femme issue de minorité visible. Parfois j’ai un sentiment de défaite mais nous allons travailler pour que cela change. Il faudra avoir beaucoup de force et de détermination. Il faut convaincre les gens que nous travaillons sur le long terme. Nous devons travailler pour élargir nos forces et ressources ! De plus en plus, les femmes prennent leur place au niveau décisionnel, nous allons vers un nouveau portrait de notre société.
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Entretien avec Mme Hanan Ashrawi, membre du Conseil législatif palestinien
Submitted by iKNOW Politics on Thu, 2009-04-30 13:36
Résumé:
Les femmes doivent coopérer. Elles doivent toujours constituer des systèmes et des réseaux de soutien en faveur d’autres femmes, et ne doivent pas servir de prétexte pour exclure d’autres femmes de la politique.
Corps:
iKNOW Politics: Mme Ashrawi, vous êtes connue en tant que législatrice palestinienne, militante des droits de l’homme et universitaire. Vous avez exercé de nombreuses fonctions au cours de votre carrière politique, notamment celle de membre du Conseil législatif palestinien, Ministre de l’éducation supérieure et de la recherche et présidente du Comité politique. Comment êtes-vous entrée en politique? Votre famille vous a-t-elle soutenue?
Hanan Ashrawi: Je pense qu’aucun Palestinien n’a d’autre choix que de faire de la politique. Je préférerais nettement être universitaire, écrire des livres et enseigner, mais je dois faire de la politique. Etant Palestinienne, je fais forcément partie de l’environnement politique car mon identité est façonnée par ma lutte et je ne peux me soustraire à cette responsabilité. A bien des égards, j’ai le sentiment qu’on peut être une victime passive ou façonner la réalité de manière active. J’ai choisi la dernière voie.
Je participe à la vie politique depuis que je suis étudiante, plus précisément depuis 1967, au moment où Israël a occupé la Cisjordanie et Gaza. A cette époque, j’étudiais à Beyrouth et je ne pouvais rentrer chez moi à cause de la situation dans la région. J’ai donc décidé de m’engager. Je suis devenue la porte-parole de l’Union générale des étudiants palestiniens au Liban. Par la suite, j’ai été élue représentante des étudiants palestiniens à l’ONU. Depuis, j’ai pris divers types d’engagements publics et participé à un certain nombre d’élections politiques. J’ai aussi travaillé dans des camps de réfugiés, ce qui n’était pas facile. Quand je suis rentrée en Palestine, j’ai rejoint le mouvement de protestation et formé d’autres mouvements en faveur des droits de l’homme et de la justice. J’ai été emprisonnée et passée à tabac à maintes reprises.
J’ai été soutenue par ma famille quand je suis entrée en politique. Mon père était aussi engagé et ma mère était une femme très instruite et indépendante. Ils m’ont tous les deux soutenue dans mon choix. Quand je me suis mariée, mon mari, et par la suite mes filles m’ont énormément soutenue. Mon mari est l’un des rares hommes activement engagé dans la lutte contre violence envers les femmes, mai aussi dans la promotion des femmes dans tous les domaines de la vie sociale et politique.
iKNOW Politics: en tant que politicienne, à quels obstacles avez-vous été confrontée et comment les avez-vous surmontés?
Hanan Ashrawi: La politique est un domaine qui reste largement dominé par les hommes, et les femmes se heurtent à de nombreux stéréotypes et à de nombreux obstacles. Les hommes considèrent qu’il est normal que les femmes prennent des risques, qu’elles contestent l’autorité, qu’elles manifestent dans la rue, qu’elles soient passées à tabac, qu’elles s’opposent à une armée d’occupation, mais lorsqu’il s’agit de prendre des décisions politiques, les hommes pensent que ces décisions leur reviennent, et qu’ils ont le droit de diriger. Je suis énergique et je refuse d’être neutralisée par les hommes, d’être utilisée comme la femme de service et comme un prétexte pour exclure d’autres femmes. Quand ils ont été confrontés à cet aspect de ma personnalité, les hommes se sont vraiment sentis menacés. Ils avaient le sentiment que je n’avais pas le droit d’occuper un poste de prise de décision et ont tenté d’empiéter sur mon espace, mais je ne me suis pas laissée faire. Les hommes souhaiteraient que les femmes ne s’occupent que des questions accessoires. Je crois que j’ai progressivement gagné l’estime de mes collègues et leur montrant que je pouvais me charger de bien plus de problèmes qu’ils ne le pensaient.
Je me suis opposée à notre gouvernement qui tentait de violer les droits et les libertés des Palestiniens en arrêtant et en détenant des personnes sans procédure régulière. Je me suis aussi prononcée contre l’utilisation abusive des fonds publics, et j’ai milité en faveur de la bonne gouvernance. Je me suis opposée à Yasser Arafat, que je respectais beaucoup, mais avec lequel j’avais aussi des divergences. Ma relation avec Yasser Arafat reposait sur le respect mutuel et le professionnalisme, et l’on m’a dit que j’étais peut-être la seule personne qui pouvait lui parler sans détours.
iKNOW Politics: quels ont été vos succès politiques?
Hanan Ashrawi: il y a une chose dont je suis fière, c’est d’être restée fidèle à mes principes, d’être directe et franche. J’ai toujours refusé d’être intimidée et récupérée par qui que ce soit. Je m’exprime toujours ouvertement et je ne me laisse pas facilement impressionner. Je n’accepte pas les limites imposées par d’autres. Je crois en mon droit de m’engager en tant qu’être humain et individu. Je pense aussi que je dois utiliser ce trait de mon caractère pour donner aux autres les moyens d’agir dans le cadre du mouvement féminin, mais aussi dans le cadre du mouvement des droits de l’homme et parmi les politiciens éclairés. Je crée en permanence des réseaux et des mécanismes de soutien pour autonomiser les autres, en particulier les jeunes femmes. Je crois qu’elles sont notre avenir, et que si ma génération ne met pas en place des systèmes de soutien et qu’elle n’ouvre pas des portes aux plus jeunes, celles-ci auront beaucoup de mal.
Je suis aussi fière d’avoir créé un certain nombre d’institutions en Palestine, notamment l’office du médiateur, qui est aujourd’hui une organisation publique qui défend les droits de l’homme et demande des comptes aux autorités. J’ai aussi mis sur pied une organisation en faveur de la légalité, qui dispose aujourd’hui de 7 bureaux. En outre, j’ai créé le Ministère de l’éducation et de la recherche, et un certain nombre d’institutions universitaires. Enfin, j’ai créé le MIFTAH, organisation pour la promotion du dialogue mondial et de la démocratie dans notre région. La création de ces institutions et de ces mécanismes destinés à amener la justice et la paix fait partie de ma contribution à la réalité palestinienne.
iKNOW Politics: Mme Ashrawi, vous êtes aussi connue pour les activités que vous avez menées dans le domaine de l’édification de la paix et des négociations en faveur de la paix pendant l’Intifada et après. Pouvez-vous nous faire part de vos expériences et de vos réflexions à ce sujet?
Hanan Ashrawi: J’ai participé aux négociations diplomatiques et au dialogue pendant la première Intifada en tant que porte-parole officielle de la délégation palestinienne dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient. C’était là une responsabilité publique, car j’ai travaillé avec des dirigeants politiques de haut niveau. J’ai aussi participé au comité des dirigeants qui a lancé les pourparlers de Madrid, dans le cadre desquels j’ai représenté les intérêts palestiniens. Je pense que les processus de paix doivent se poursuivre après la fin des conflits. Je pense aussi que nous devons définir la paix comme un moyen d’obtenir la justice. Beaucoup de gens définissent la sécurité comme une intervention militaire, tandis que pour moi, la sécurité c’est la justice. La loi doit protéger, et rendre les actions légales. Pour prendre un exemple, les Israéliens ont construit des colonies de peuplement en Palestine, sur des territoires confisqués en 1967. Je pense que nous devons instaurer la paix dans la région, mais que cela ne conférera pas un statut légal aux colonies. La légalité signifie aussi que les réfugiés palestiniens doivent être traités de manière égale et équitable.
iKNOW Politics: quels conseils donneriez-vous aux autres politiciennes et aux candidates aux élections?
Hanan Ashrawi: les femmes doivent coopérer. Elles doivent toujours constituer des systèmes et des réseaux de soutien en faveur d’autres femmes, et ne doivent pas servir de prétexte pour exclure d’autres femmes de la politique. Ces réseaux ne doivent pas évoluer autour de l’ego d’une personne, mais autour d’une cause importante. Même si je sais que toutes les femmes ne votent pas pour des politiciennes, je dirais que cela ne doit pas nous décourager.
En outre, les femmes doivent veiller à ne pas adopter une approche masculine de la politique en restant fidèles à leur condition et à leur discours. C’est là une question importante, car les femmes créent souvent le consensus et associent tous ceux qui les entourent à leur action. Il est donc essentiel qu’elles conservent leur identité en tant que femmes et en tant que politiciennes.
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Entretien avec le sénateur Grant Mitchell, Sénat du Canada
Submitted by iKNOW Politics on Mer, 2009-04-15 05:56
Résumé:
Je conseillerais aux politiciens de s’entretenir avec toutes les femmes dont ils pensent qu’elles peuvent se présenter aux élections si elles sont encouragées et soutenues. Cela contribuerait à accroître le nombre de politiciennes.
Corps:
iKNOW Politics: vous avez été membre de l’Assemblée législative d’Alberta, dirigeant du Parti libéral dans la province d’Alberta, et aujourd’hui vous êtes sénateur. Tout au long de votre carrière politique, vous avez fait de l’égalité entre hommes et femmes une priorité. Qu’est-ce qui vous a rendu sensible à l’importance de cette question?
Grant Mitchell: je pense que l’égalité entre hommes et femmes m’est d’abord apparue comme une question de justice et d’équité. J’ai ensuite été encouragé à défendre cette cause à de nombreuses occasions, en particulier par un certain nombre de femmes de mon groupe parlementaire, qui avaient une grande expérience de ces questions. Je suis très motivé par la lutte contre les préjugés, le racisme et l’arrogance, qui défavorisent certaines personnes. J’essaie de promouvoir l’égalité des femmes dans les programmes politiques et les lois que je soutiens, et dans les discours publics que je prononce.
iKNOW Politics: Souvent, le défi consiste à convaincre les femmes qui aspirent à entrer en politique de devenir candidates. Quand vous étiez dirigeant de parti, qu’avez-vous fait pour accroître le nombre de femmes qui se présentaient aux élections?
Grant Mitchell: je pense que le dirigeant d’un parti a un rôle important à jouer en encourageant les femmes à se présenter. A plusieurs reprises, j’ai constaté qu’il suffisait de demander aux femmes de se présenter pour qu’elles décident de le faire.
Le fait d’être appelées personnellement par le dirigeant du parti montre aux femmes qu’elles sont prises au sérieux, et qu’elles sont soutenues au plus haut niveau. Quand j’étais dirigeant de parti, j’ai demandé à mes partisans de désigner les principales actrices de la société civile et les principales militantes de partis, même si elles n’étaient pas membres de mon parti, puis j’ai passé chaque jour quelques heures à m’entretenir personnellement avec elles au téléphone pour leur demander de se présenter à un siège. Je l’ai fait, parce que j’étais convaincu que la politique a besoin des meilleurs, et que cela ne peut se faire si on se limite à tout juste plus de la moitié d’entre eux. J’ai constaté que ces femmes étaient souvent contentes qu’on leur demande de se présenter, mais disaient souvent qu’elles ne se voyaient pas elles-mêmes être élues, ou qu’elles préféraient jouer un rôle d’appui. J’ai toutefois persisté, et aux élections de 1997, le parti que je dirigeais a élu près de 40% de femmes (il n’y en avait que 18% aux élections précédentes). J’y suis parvenue en insistant sans relâche auprès des femmes pour qu’elles se présentent et en les encourageant dans ce sens. Je leur ai montré que j’avais confiance en elles, j’ai manifesté clairement cette confiance, et je les ai soutenues autant que j’ai pu dans leur circonscription. Je me suis toujours efforcé d’encourager et de préparer les femmes énergiques de mon entourage à assumer des rôles de direction, et je suis heureux que trois candidats sur les quatre qui m’ont remplacés quand j’ai quitté mes fonctions aient été des femmes, notamment la candidate qui a remporté le poste.
iKNOW Politics: de quelle manière pensez-vous que les hommes puissent promouvoir l’égalité?
Grant Mitchell: quand j’ai été nommé au Sénat pour la première fois, je n’ai jamais manqué d’assister aux réunions du groupe de femmes parlementaires, et je continue à soulever et examiner fréquemment les questions relatives à l’égalité des sexes. Je pense que ces questions concernent non seulement les femmes, mais les hommes. Il est clair que l’égalité passera notamment par le changement du comportement des hommes. Je pense que la présentation de ces questions peut être renforcée, dans une certaine mesure, si les hommes comme les femmes s’expriment à leur sujet. Par exemple, lors de la comparution du ministre des Finances pour défendre le budget de son gouvernement devant le Comité sénatorial des finances, j’ai demandé si l’on procédait, dans l’élaboration du budget, à une analyse des effets différenciés que peuvent avoir certaines politiques fiscales sur les hommes et les femmes. Au Canada, les ministères ne tiennent pas encore suffisamment compte des besoins des hommes et des femmes et n’intègrent pas encore suffisamment les questions liées aux spécificités des sexes dans la législation. J’ai également fait campagne en faveur de la création d’un poste de Commissaire responsable des questions d’égalité des sexes. Ce poste créerait une tribune qui permettrait de soulever des questions importantes telles que l’égalité des salaires, la violence à l’égard des femmes, etc., et de sensibiliser les citoyens à ces questions.
Beaucoup de ces problèmes se manifestent de manière très subtile, et doivent être analysés et expliqués au public. Je pense que les hommes et les femmes qui exercent des fonctions publiques assument à égalité la responsabilité de soulever et d’examiner ces questions.
iKNOW Politics: à votre avis, quels sont les plus grands obstacles ou défis auxquels sont confrontées les femmes qui se présentent aux élections au Canada? Que peuvent faire les hommes pour contribuer à les surmonter?
Grant Mitchell: d’après mon expérience et mes observations, je pense que la collecte de fonds et l’accès à des circonscriptions offrant des chances de victoire sont les deux obstacles majeurs pour les femmes qui entrent en politique. Ces deux difficultés sont liées aux compétences en matière de constitution de réseaux et aux occasions qui se présentent dans ce domaine. Cependant, je dois avouer que le fait d’établir des contacts n’était pas mon fort. Je me suis contenté de frapper aux portes et de faire campagne autant que j’ai pu. Je pense que les réseaux, qu’ils soient en ligne ou personnels, sont une des clés du succès en politique.
Il faut passer beaucoup de temps à se familiariser avec les membres de sa circonscription, et nouer des relations de confiance avec ceux que l’on espère représenter. Quand j’ai fait du porte à porte, je prenais note de ce que les gens me disaient. Par exemple, un des électeurs était préoccupé par les soins de santé, car sa mère avait besoin d’être opérée de la hanche. J’ai pris note de ce fait, et quand je me suis rendue à nouveau chez cette personne, je lui ai demandé comment allait sa mère. Ce genre de capacité à nouer des relations humaines contribue largement au succès en politique. C’est une forme de charisme qui vient souvent naturellement aux femmes. Je ne pense pas que les femmes doivent modifier leur façon d’être quand elles entrent en politique. Certaines des politiciennes les plus brillantes que je connais doivent leur succès au fait d’être restées elles-mêmes et d’avoir introduit un nouveau genre de politique participative.
Pourtant, souvent, les compétences humaines, l’aptitude à diriger et l’investissement personnel ne sont pas suffisants. Dans mon parti, des quotas sont en place pour les déléguées aux conventions du parti, dans le cadre desquelles nous élisons notre dirigeant, nos membres exécutifs, et votons sur les orientations du parti. A toute convention, au moins 50% des participants doivent être des femmes. En outre, il y a des quotas de jeunes, de personnes aborigènes, et de personnes âgées. Je suis très fière d’avoir pu, tout au long de ma carrière politique, m’appuyer sur le soutien de femmes aborigènes, de représentantes de différentes communautés culturelles et de jeunes femmes énergiques, dont beaucoup venaient juste d’entrer en politique quand elles ont fait campagne pour moi. J’ai le sentiment qu’il est important d’encourager ces femmes à sortir de leur rôle d’accompagnement pour assumer des rôles dirigeants au sein du parti. A mon avis, un dirigeant doit veiller à encourager les femmes à se présenter dans de bonnes circonscriptions et à leur adjoindre des organisateurs de campagnes compétents et énergiques qui peuvent les aider à gagner. En outre, le fait d’être conseillé est important pour les hommes comme pour les femmes, et peut les aider directement. J’ai également mis au défi les femmes qui disaient qu’elles ne souhaitaient que travailler en coulisse, et je me suis employé à leur donner davantage confiance en elles.
iKNOW Politics: pourriez-vous nous préciser où en est la participation politique des femmes au Canada, au sein des partis politiques, au parlement et dans l’exécutif?
Grant Mitchell: trop peu de femmes sont élues et nommées au Sénat. Dans la dernière série de 18 désignations, il n’y a eu que 5 femmes, et toutes ont été reléguées à l’arrière-ban. Lorsque le Premier ministre Steven Harper a rencontré le Président Barack Obama, une seule femme a assisté à la réunion, alors que plusieurs autres ministres femmes avaient des portefeuilles pertinents. On trouve également peu de femmes aux postes exécutifs du gouvernement conservateur. En outre, le gouvernement actuel a aboli le Programme de contestation judiciaire du Canada, qui permettait aux femmes de contester la législation au titre des sections relatives à l’égalité des sexes de la Charte canadienne des droits et libertés. Le gouvernement a également fermé 12 des 16 bureaux régionaux de Condition féminine Canada. Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement conservateur actuel refuse maintenant de financer les organisations féminines qui mènent des activités de défense des droits des femmes. En attendant, bien que plus de femmes se portent candidates au parlement, seulement 22% de ceux qui sont élus sont des femmes. La plupart des dirigeants de parti se sont engagés à accroître le nombre de candidates dans leur parti, et l’on constate des progrès dans ce domaine, mais ils restent trop lents.
iKNOW Politics: d’après votre expérience, quelles sont les meilleures stratégies pour associer les hommes à la promotion de l’égalité des sexes, notamment en termes de participation politique?
Grant Mitchell: J’estime primordial que le chef de parti multiplie les encouragements en ce sens. Je crois que nous devons comprendre que toute suggestion selon laquelle les femmes pensent différemment est, à nouveau, le produit d’un préjugé inné. Les hommes pensent différemment d’autres hommes. La détermination, le dévouement et la loyauté face à l’adversité sont les principes de tout engagement rigoureux, et je n’ai jamais constaté que c’étaient là des qualités exclusivement masculines. En outre, je demande toujours de mettre fin à toutes les plaisanteries et conversations sexistes en public. Je pense que les hommes comme les femmes doivent critiquer ouvertement ce type de plaisanteries quand ils en sont témoins. Je crois qu’il faut aussi contredire toute personne qui mettrait ce genre de sensibilité sur le compte des féministes, car ces plaisanteries nous concernent tous. Je crois qu’il serait aussi utile de nommer un homme pour traiter les affaires d’égalité entre les sexes, et s’assurer qu’il comprenne les enjeux et qu’il les traite de manière appropriée.
iKNOW Politics: Si vous deviez faire une recommandation, quels conseils donneriez-vous aux membre d’iKNOW Politics, notamment aux candidates, pour leur carrière politique?
Grant Mitchell: elles doivent se souvenir que rien n’est jamais facile en politique. Personne ne vous fera de cadeaux. C’est une bataille permanente. Il ne faut pas céder au stéréotype selon lequel les femmes sont moins disposées à se battre ou à entrer en confrontation. Si l’on observe ce qui se passe quand deux ou trois femmes se présentent les unes contre les autres, on constate que les débats ne perdent rien de leur intensité. Il faut travailler plus que les autres (frapper à davantage de portes) pour gagner. Il est possible que les femmes soient défavorisées et se heurtent à davantage de difficultés, mais il faut absolument qu’elles en fassent abstraction. Le parcours des hommes est lui aussi semé d’embûches, bien que celles-ci soient peut-être moins pénibles à surmonter. Il faut toujours déployer d’énormes efforts pour gagner sur la scène politique, et accepter cette réalité lorsqu’on y est confronté. Il est normal qu’il en soit ainsi, car les enjeux sont élevés lorsqu’une personne veut contribuer à la gouvernance d’un pays et voir se concrétiser les valeurs qui lui sont chères.
Je conseillerais aux politiciens de s’entretenir avec toutes les femmes dont ils pensent qu’elles peuvent se présenter aux élections si elles sont encouragées et soutenues. Cela contribuerait à accroître le nombre de politiciennes.
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