Est-ce que la nouvelle constitution du Kenya aide ou entrave la participation des femmes à la vie politique?

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Est-ce que la nouvelle constitution du Kenya aide ou entrave la participation des femmes à la vie politique?

Les Kenyans se rendre aux urnes ce lundi et le pays est couvert d'affiches de la campagne en lice pour leur attention. En Nairobi des centres commerciaux, des stands, des arbres et des ralentisseurs ont été plâtrés avec les visages des candidats. Vastes panneaux d'affichage, promettent la paix, l'emploi, le progrès et le changement, regardent sur le nouvel électorat enregistré dans le pays. Sensiblement absent de ce patchwork géant d’affiches sont les visages des  femmes.

Une poignée de candidates vocales, à savoir Rachel Shebesh, Charity Ngilu et présidentielles aspirant, Martha Karua, fait croire que les femmes font des progrès dans la politique kenyane.

"Un nombre record de femmes sont en lice pour l'élection de cette année», se vante un annonce à la télévision. Un autre article publicitaire dans le journal félicite le nombre record de candidates qui ont obtenu les candidatures à travers leur parti, «Déjà la moitié de la bataille a été combattue".

Sous le spin des média, les nombres et la perception du public brossent un tableau différent.

"Un nombre record de femmes sont candidates parce que 47 sièges ont été mis de côté pour eux, mais cela ne veut pas dire qu'elles formeront une plus grande proportion dans les assemblées nationales ou comtés, ou auront plus d'influence dans la vie politique», un militant des droits civiques me dit.

La nouvelle constitution du Kenya, rentrée en force en 2010, promet aux femmes au moins un tiers des sièges dans les organes élus. Quarante-sept sièges pour femmes représentatives ont été créés pour réserver des postes législatifs pour les femmes à l'Assemblée nationale. En théorie, cette élection aurait ouvert les vannes pour les femmes qui souhaitent se lancer en politique. Dans la pratique, peu de choses ont changé. Le tribunal de grande instance n'a pas encore fait passer la législation sur le principe des deux tiers, et certains ont fait valoir que les sièges de femmes représentatives ont l'effet inverse.

Beaucoup d'anciennes femmes députés sont maintenant en compétition pour les sièges de femmes représentatives, ne laissant que peu en concurrence pour les sièges influents de gouverneur, sénateur ou député.

"Il n'y a pas en cours des femmes candidates pour le poste de gouverneur dans ce comté!" Remarque l’animateur de télévision, Larry Madowo, après que 6 candidats masculins se sont présentés pour le poste de gouverneur de Nairobi sur un débat télévisé en direct. "... Peut-être que nous pouvons changer cela à l'avenir", a-t ’il ajouté avec optimisme.

Une semaine plus tard, le premier débat pour les femmes représentatives a eu lieu à la télévision pour donner aux femmes une plate-forme pour discuter des enjeux et des priorités qu'elles jugeaient crucial pour la capitale du Kenya. La réaction de la partie de l'auditoire, et des électeurs sur les médias sociaux a été l'une de confusion sur l'objectif de la position.

L'ancienne députée et candidate, Rachel Shebesh, en tête du siège de femme représentative de Nairobi a tenté de clarifier cette confusion: «Il y a eu de l’incompréhension et un manque d'éducation civique. Une  femme représentative est un membre du Parlement siégeant à l'Assemblée nationale, qui fera les trois rôles d'un député national, qui est de nature législative, représentative et de surveillance du gouvernement. Le fait que nous sommes des femmes ne va pas nous empêcher d’articuler des questions comme tous les autres députés ».

Le taux d'augmentation du nombre de femmes au Parlement a été plus rapide en Afrique sub-saharienne au cours des 40 dernières années que dans toute autre région dans le monde, principalement grâce à l'utilisation de quotas et d'autres mesures d'action positive. Mais si l'influence des femmes et le changement social a suivi est encore débattue. Défenseurs d’action positive disent que l'obtention d’un nombre de femmes dans le Parlement est la première étape cruciale pour prouver qu'elles peuvent guider le pays, avant qu’un état d'esprit puisse prendre décalage au niveau local.

«Le gouvernement a promis beaucoup de choses, notamment sur les questions de la santé reproductive et de la violence domestique qui n'ont pas été livrées, parce que nous n'avons pas assez de femmes au parlement qui poussent en force ces projets de loi», a déclaré Rachel Shebesh dans le débat.

«Je suis sûr à 100% que si on prend les 47 femmes qui vont venir depuis les comtés et les autres élues, nous aurons le nombre pour être en mesure de livrer ce que nous a été promis depuis si longtemps".

Il y a six ans, en 1997, Charity Ngilu était candidate à la présidence et a obtenu plus de 7% des voix. Cette année, Martha Karua s'accroche à moins de 1% selon les sondages.

"Les femmes représentent plus de 51% de la population du Kenya, s'elles voulaient élire une femme présidente elles le pouvaient mais elles ont choisi des hommes ; si on veut renforcer les femmes il faut prioriser leur éducation. Quotas conduisent à des malentendus et un système biaisé", un homme d'affaires de premier plan m’a dit brusquement.

La perception du public au Kenya sur les femmes politiques est aujourd'hui encore appréhensive. La participation politique des femmes n'a pas cessé d'augmenter au cours des dernières années, mais il reste à voir si plus de sièges au gouvernement signifient une plus grande influence et l'impact en matière de gouvernance.

Auteur: Tamara Leigh - Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires à Nairobi

 

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