Les élections du Secrétaire Général de l'ONU : un résultat « aigre-doux »

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Par Laetitia Hoarau, rédactrice pour iKNOW Politics

Ce n'est pas une femme qui prendra la succession de Ban Ki-moon, occupant le poste « le plus impossible au monde » depuis 2007, mais António Guterres, ancien premier ministre portugais et haut-commissaire de l’ONU aux Réfugiés de 2005 à 2015. Choisi par les quinze pays du Conseil de sécurité, avec droit de veto pour les cinq membres permanents (Etats-Unis,Russie,Chine,Royaume-UnietFrance), il sera le neuvième homme à exercer cette fonction, alors qu'aucune femme n'a encore été élue Secrétaire Générale de l'ONU depuis la création de l'organisation, soit depuis plus de 70 ans.

Si Ban Ki-moon avait affirmé il y a quelques mois l'importance de nommer une femme pour le remplacer, cette idée était aussi défendue par de nombreux acteurs sur la scène internationale. En effet, plusieurs campagnes, telle que celle lancée par l'organisation Equality Now, ont vu le jour afin de soutenir les candidates et supporter l'idée qu’une femme puisse diriger l’ONU pour la première fois, après huit hommes.

Cependant, bien que le visage du Secrétaire Général de demain ne soit pas celui d'une femme, la question a été au centre de l'attention et des évolutions ont pu être notées lors de ces élections. En effet, en principe, rien ne s’opposait auparavant à des candidatures féminines, toutefois, une résolution datant de 1946 faisait référence à « un homme de grande valeur ». C'est pour la première fois en juin 2015, que l'Assemblée Générale a formulé une résolution visant à recourir à une sélection plus égalitaire entre les hommes et les femmes et plus transparente.

De fait, pour la première fois de l'histoire de l'ONU, les candidats et candidates ont participé à des auditions publiques devant les représentants des pays membres, et le Conseil de Sécurité a multiplié les tours de scrutins. Par ailleurs, sur les treize candidats qui ont participé aux élections, sept étaient des femmes, un nombre record dans l'histoire des élections du Secrétaire Général de l'ONU. Celles-ci, ont su s'affirmer et montrer aux Etats membres et la communauté internationale qu'elles avaient largement leur place dans la course.

Se sont présentées la diplomate du Costa Rica Christiana Figueres, actuellement responsable du climat ; l'ancienne ministre des Affaires étrangères de la Bulgarie et actuelle directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova ; Helen Clark, femme politique Néo-Zélandaise, à la tête du Programme des Nations unies pour le développement ; l'actuelle ministreargentinedes Affaires étrangères, Susana Malcorra ; ainsi que Vesna Pusic, ancienne ministre croate des Affaires étrangères européennes ; Natalia Gherman, Premier ministre moldave ; et enfin la bulgare Kristalina Georgieva, actuelle vice-présidente de la Commission européenne chargée du budget qui a fait une arrivée surprise quelques jours avant la nomination d'António Guterres.

En revanche, si la campagne WomanSG a décrit le résultat comme un « outrage » et un « désastre », il paraît important que les candidates ne soient pas favorisées sur seul prétexte que ce sont des femmes. Les élections doivent se faire sur la base du mérite et des compétences de chacun, comme le souligne un tweet de Christiana Figueres, ayant participé aux élections : « Des résultats aigre-doux #NextSG. Aigre : pas une femme. Doux : de loin le meilleur homme dans la course. Félicitations Antonio Guterres ! Nous sommes tous avec vous. » (« Bittersweet results #NextSG. Bitter: not a woman. Sweet: by far the best man in the race. Congrats Antonio Guterres! We are all with you »). 

Quoiqu'il en soit, Antonio Guterres, qui prendra ses fonctions dans quelques mois, a promis de s'attaquer à la très critiquée représentation des femmes au sein de l'ONU et de promouvoir la parité au sein de l'institution, des mesures prometteuses malgré la déception de certains après l'élection d'un neuvième homme pour ce poste. L'idée de laisser place à une femme à la tête de l'ONU fait son chemin, doucement, mais les évolutions perçues ces derniers mois semblent être encourageantes. Néanmoins, il faudra attendre cinq, voire dix ans supplémentaires, pour à nouveau espérer voir une femme à la tête de l’organisation internationale.

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