Liia Hanni

Entretiens

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septembre 10, 2008

Liia Hanni

ancienne première ministre et membre de l’Assemblée constituante d’Estonie

“Dans le monde moderne, les réseaux en ligne sont une source importante de capital social. Les femmes bénéficient beaucoup du fait d’appartenir à des réseaux sociaux de jeunes mères, de femmes d’affaires, etc. Pourquoi ne bénéficieraient-elles pas aussi des échanges de compétences et d’expériences issues de leurs activités politiques?” - Liia Hanni

iKNOW Politics: Vous avez été élue au Parlement estonien à l’époque où l’Estonie a retrouvé son indépendance, et vous avez été la seule ministre chargée de la réforme de la propriété. À quels défis avez-vous été confrontée en tant que femme lorsque vous occupiez ces positions dirigeantes? Comment votre expérience de scientifique vous a-t-elle préparée à relever ces défis?

Je ne me faisais aucunes illusions sur les difficultés que j’allais rencontrer quand j’ai accepté de me présenter aux élections du premier Parlement librement élu d’Estonie. À l’époque, personne ne savait comment notre lutte pour l’indépendance se terminerait. Mes objectifs en tant que femme ne se distinguaient pas de ceux des hommes, mais parce que la situation était d’une complexité sans précédent, il y avait une lutte d’idées contradictoires sur la manière d’agir. Pour les politiciens, la lutte des idées est devenue une lutte de pouvoir et d’influence politiques. Les femmes étaient plus tolérantes et coopérants, elles jouaient un rôle de passerelle entre différentes factions politiques. Mon expérience de scientifique m’a aidée à analyser les différentes solutions et à faire des propositions constructives. Je suis devenue ministre des réformes à l’issue d’un projet de transformation de la propriété que j’ai conçu avec mes collègues et amis les plus proches.

iKNOW Politics: Vous êtes scientifique de formation, vous avez fait de la recherche en astrophysique. Qu’est-ce qui vous a poussée à changer de carrière et à entrer en politique?

Pour plaisanter, je dirais que je suis une victime de la Révolution chantante. En effet, je n’avais pas l’intention de changer de profession, mais cela s’est fait par la force des choses. Mes collègues de l’Observatoire m’ont demandé de me présenter aux élections, et je n’ai pas trouvé suffisamment d’arguments sérieux pour m’y soustraire. Quand j’ai été élue, je n’ai pas eu la possibilité de revenir au télescope, car j’étais pleinement engagée dans la nouvelle mission d’édification de l’Etat.

iKNOW Politics: Vous avez été membre de l’Assemblée constitutionnelle estonienne, puis présidente de la Commission constitutionnelle d’Estonie. Pensez-vous que les femmes apportent une perspective unique aux activités constitutionnelles? Dans quelle mesure est-il important d’apporter à la constitution une perspective de genre?

La constitution n’est pas seulement un document juridique important, c’est aussi une création intellectuelle de la société, une idée pour l’avenir. Il est clair que les femmes enrichissent le contenu de la constitution, ainsi que les processus de son élaboration. Il est capital de donner aux femmes comme aux hommes le sentiment d’être partie prenante à la fondation de l’Etat.

iKNOW Politics: L’Estonie est un des pays les plus développés en termes d’administration en ligne. Vous dirigez actuellement le programme de l’Académie pour la démocratie en ligne d’Estonie. Quelle est l’importance de la technologie pour ouvrir des perspectives à la participation politique des femmes?

Nous savons à quel point on peut être occupées. Nous n’avons pas assez de temps pour nous rendre aux réunions ou examiner les documents d’orientation. Les nouvelles technologies et l’Internet sont des outils extrêmement efficaces pour nous informer et nous engager dans l’élaboration des politiques. Nombre de gouvernements du monde disposent déjà de portails Internet spéciaux à cet effet. Le fait de créer des réseaux avec les associations regroupant des citoyens ordinaires nous permet aussi de comprendre comment les autres réfléchissent aux questions d’intérêt commun et ce qu’ils ressentent au sujet de ces questions. Nous devons apprendre à utiliser ces nouvelles possibilités.

iKNOW Politics: Quels sont, à votre avis, les principaux obstacles posés aux femmes qui briguent des postes de la fonction publique? Comment avez-vous surmonté ces obstacles?

Les principaux obstacles sont les traditions et le fait que la société ne soit pas capable d’affronter ceux qui violent l’égalité entre les êtres humains. Dans mon pays, la politique est aussi perçue essentiellement comme une activité masculine. En outre, les femmes ont une charge de travail bien plus importante que les hommes en ce qui concerne les tâches ménagères, ce qui rend plus difficile leur participation sociale et politique. Parce que nous sommes mères, il y a aussi des périodes dans notre vie pendant lesquelles nos enfants sont une priorité. Les relations familiales et le système de protection sociale doivent soutenir les jeunes femmes afin qu’elles ne soient pas exclues de la vie publique. Cependant, le plus important est de faire preuve de volonté et de confiance en soi. Pour ma part, je n’ai pas eu de difficulté à me lancer en politique, car j’ai bénéficié du soutien de ma famille, de mes amis et de mes collègues.

iKNOW Politics: Pourriez-vous nous donner des détails sur la situation de la participation politique des femmes en Estonie, à la fois dans les partis politiques et dans le législatif et l’exécutif?

En général, les femmes sont plus nombreuses dans les partis politiques d’orientation sociale que dans les partis conservateurs. Par exemple, le Parti social-démocrate, auquel j’appartiens, est composé de près de 50% de femmes. Au parti conservateur Pro Partia, les femmes représentent un tiers des membres. Au Parlement estonien, la proportion de femmes est passée progressivement de 7% dans les années 1990 à 24% actuellement. Aujourd’hui, c’est une femme qui dirige le Parlement, et deux des trois membres du Conseil du parlement sont des femmes. Dans l’exécutif, il y a encore matière à amélioration. Actuellement, trois femmes sont ministres dans le gouvernement.

iKNOW Politics: Comment le soutien des autres femmes vous a-t-il aidé dans vos activités? Comment les groupes de femmes et les commissions féminines des partis politiques peuvent-ils contribuer à rendre les femmes plus efficaces en politique?

Je me suis engagée dans les activités liées à la condition féminine quand je me suis rendu compte que les femmes constituent une ressource immense pour la démocratie. Nous pouvons également enrichir l’ordre du jour politique pour rendre les activités politiques plus ouvertes et plus fécondes. Mon expérience en tant que première présidente du Groupe de femmes de mon parti a démontré clairement qu’il faut s’organiser pour soutenir les candidates et parvenir à un programme électoral plus équilibré du parti.

iKNOW Politics: D’après votre expérience, quelles pensez-vous être les meilleures stratégies pour faire participer les hommes aux activités de promotion de l’égalité des sexes, notamment au plan politique? Il faut tenter de faire respecter les valeurs démocratiques dans la pratique politique quotidienne. Il ne faut pas trop parler d’égalité entre les hommes et les femmes, il faut y œuvrer et en faire progressivement une réalité. Pouvez-vous faire part à nos lecteurs d’un changement politique particulier que vous avez introduit, qui a bénéficié aux femmes et qui continue à trouver un écho?

J’ai été l’une des fondatrices du Réseau des femmes en Estonie en 1997. Ce réseau rassemblait des représentantes des différents partis politiques, ainsi des ONG non politiques de femmes au niveau régional. Les femmes ont acquis une expérience précieuse sur la manière de créer des activités communes pour soutenir les candidates pendant les campagnes électorales et le fait de militer en faveur d’un agenda politique des femmes. Ce réseau est toujours actif, et sa situation varie en fonction des dirigeants et des ressources financières.

iKNOW Politics: Pensez-vous que le fait d’appartenir à un réseau mondial comme iKNOW Politics peut aider les femmes à tous les niveaux de la politique et leurs partisans à réussir dans leur carrière et à mobiliser les citoyens en faveur de questions d’intérêt général?

Dans le monde moderne, les réseaux en ligne sont une source importante de capital social. Les femmes bénéficient beaucoup du fait d’appartenir à des réseaux sociaux de jeunes mères, de femmes d’affaires, etc. Pourquoi ne bénéficieraient-elles pas aussi des échanges de compétences et d’expériences issues de leurs activités politiques? Je pense qu’iKNOW Politics est un projet utile.

iKNOW Politics: Quel conseil donneriez-vous aux membres de iKNOW Politics, en particulier aux candidates et aux dirigeantes qui évoluent dans leur carrière politique?

N’hésitez pas à demander conseil, mais prenez les décisions vous-mêmes.

 

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