Otilia Lux de Coti

Entretiens

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août 8, 2008

Otilia Lux de Coti

Ancienne Ministre de la culture et des sports du Guatemala

«Lorsqu’on s’engage en politique, on acquière une meilleure compréhension du pouvoir et l’on découvre que c’est là un objectif indispensable si l’on veut se faire entendre dans les décisions majeures. On porte un regard très différent de l’extérieur et de l’intérieur. Lorsqu’on est au cœur de la politique, on trouve une structure bien établie, et bien que cela soit un défi immense, ceux qui sont à l’intérieur doivent trouver un moyen de la rendre plus flexible et de la modifier. Lorsqu’on est à l’intérieur, on parle de changement, mais si l’on continue à parler de changement sans avoir le pouvoir, il ne se passera rien.» - Otilia Lux de Coti

iKNOW Politics: Non seulement vous êtes actuellement membre du Congrès, mais vous avez été Ministre de la culture et des sports du Guatemala de 2000 à 2004, et représentante permanente du Guatemala au Conseil exécutif de l’UNESCO. À quels défis avez-vous été confrontée en tant que femme autochtone lorsque vous occupiez ces fonctions? Comment votre situation et votre expérience vous a-t-elle aidé en tant que dirigeante?

Les femmes qui participent à ce genre d’activités dans des sociétés très conservatrices, comme celle du Guatemala, qui est une société raciste et machiste, sont confrontées à des défis majeurs. Il n’a pas été facile d’assumer une position de prise de décision politique comme celle de Ministre de la culture et des sports dans l’administration du Président Alfonso Portillo, dans une société qui ne s’attendait pas à voir une femme maya détenir un portefeuille ministériel. J’ai toutefois relevé ce défi, et j’ai constitué une équipe pluriculturelle et pluridisciplinaire pour montrer que le Guatemala est un pays divers. En suivant ce principe, nous avons rompu avec les anciennes méthodes, et lorsque nous prenions des décisions, nous nous sommes toujours fondées sur les principes de la réalité de l’administration publique.

Non seulement nous avons garanti les aspects économiques et financiers du Ministère, mais nous avons formulé de nouvelles politiques culturelles en consultant d’autres secteurs. Nous avons changé les choses en adoptant une démarche active et ouverte à tous, car chacun s’est senti impliqué. Quand nous étions au pouvoir, nous sommes parvenues à démontrer aux hommes que les femmes sont tout à fait capables de diriger des politiques et des programmes, et en particulier de gérer un budget. Nous avons montré que nous, femmes autochtones, en plus d’être très capables, sommes très honnêtes. Jusqu’à mon mandat, le terme de «culture» était sacré, et les beaux-arts étaient réservés à une élite. J’ai encouragé un changement radical de ce point de vue. Par exemple, nous avons demandé à la Symphonie nationale, qui est reconnue comme faisant partie de notre patrimoine national, de jouer dans un parc de la ville pour atteindre un public plus large et moins aisé, y compris des étudiants qui n’auraient pas la possibilité d’entendre cette musique ailleurs. L’un des éléments fondamentaux de nos politiques, y compris nos politiques nationales, est qu’elles sont participatives. À cet égard, notre direction a été très innovante.

iKNOW Politics: Quel est la situation actuelle de la participation politique des femmes au Guatemala, dans les partis politiques et au gouvernement?

Cette participation est très faible. Très peu de femmes autochtones ont la possibilité de devenir Membres du Congrès ou législatrices, ou de participer au niveau local. Actuellement, Rigoberta Menchú (une femme quiché-maya qui a remporté le Prix Nobel de la paix et le prix du Prince des Asturies pour la coopération internationale) tente de déterminer comment on pourrait mettre en place un groupe solide pour développer la vision politique d’une nation pluraliste soucieuse de n’exclure personne. Nous avons lancé ce processus cette année, si bien que d’ici quatre ans un parti politique sera créé. Les personnes autochtones seront les principaux acteurs de ce projet, qui impliquera également des personnes qui participent traditionnellement aux partis politiques.

Bien entendu, nous veillerons scrupuleusement à ce que ceux qui participent à ce projet aient une vision progressiste et pluraliste, et qu’ils soient connus pour leur honnêteté. Il arrive que des personnes de réputation douteuse s’impliquent dans les partis politiques, et il faudra donc être très prudent dans la mise en place de ce projet. Bien que peu de femmes autochtones participent à la politique, on en trouve à certains postes clé: la présidente du Secrétariat à la paix, la Médiatrice chargée des questions des femmes autochtones, et à d’autres positions. Toutefois, dans l’ensemble, nous sommes loin de disposer d’une représentation et d’une participation solides dans la sphère politique.

iKNOW Politics: Le Guatemala n’a pas de loi sur les quotas. Des initiatives ont-elles été prises dans ce sens pour encourager les femmes autochtones? Le Congrès du Guatemala dispose-t-il d’un groupe de femmes parlementaires, comme d’autres pays? Si tel est le cas, ce groupe donne-t-il davantage de visibilité aux problèmes des femmes autochtones?

En effet, la Loi sur les partis électoraux et politiques ne prévoit pas de quotas. Nous tentons actuellement de faire amender la loi pour y intégrer des quotas. Nous nous heurtons toutefois à une forte opposition, et c’est la raison pour laquelle nous faisons campagne, notamment auprès des dirigeants de tous les blocs politiques au Congrès, pour voir comment nous pouvons remédier à cette situation. C’est là un des grands défis auxquels les femmes sont confrontées au Congrès actuellement. Nous avons mis en place un groupe de femmes parlementaires cette année. Ce groupe est composé de 20 femmes maya et mestiza. Nous avons soutenu la loi contre le féminicide et avons obtenu qu’elle soit approuvée en avril 2008.

De nombreux débats ont eu lieu à propos de cette loi. Notre stratégie a consisté à inviter des membres et des dirigeants de tous les partis, pour qu’ils se sentent intégrés et qu’ils comprennent et soutiennent cette loi. Bien entendu, de nombreuses femmes qui avaient été les conseillères de ces politiciens nous ont aidés, ce qui était une autre de nos stratégies. Nous sommes aujourd’hui quatre femmes autochtones au Congrès. Nous tentons de faire inscrire la «Consultation des populations autochtones» à l’ordre du jour législatif. Les femmes, en particulier les femmes autochtones, s’entretiennent avec les dirigeants des partis, et nous utiliserons les mêmes stratégies que pour la loi contre le féminicide. Ce projet de loi sur la «Consultation des populations autochtones» fait référence au droit, pour les populations autochtones, d’être consultées sur les décisions concernant l’exploitation des ressources naturelles sur leur territoire.

Les populations autochtones seraient consultées avant qu’une concession soit accordée. Les populations autochtones doivent être informées à l’avance, et non pas quand le projet a déjà été autorisé. Il est clair que cette consultation doit inclure des informations sur l’effet des projets sur la santé, les questions de survie et les modes de vie actuels et futurs. Il sera essentiel d’assurer la transparence à toutes les étapes du processus. Heureusement, j’ai été soutenue par des personnes qui comprennent cette question et qui ont soutenu des activités semblables dans d’autres parlements, comme Raquel Irigoyen, qui a travaillé au Guatemala et comprend notre contexte. Elle nous aide actuellement à élaborer une proposition correspondant au contexte international et conforme aux instruments internationaux. Pour nous, ce serait la première véritable initiative entièrement destinée aux femmes autochtones, et nous allons déterminer comment les femmes mestiza peuvent nous aider. C’est ce que nous avons fait pour la loi contre le féminicide, pour laquelle 20 femmes se sont rassemblées.

iKNOW Politics: En tant que membre du Congrès, quels autres projets pensez-vous promouvoir pour encourager la participation des femmes autochtones à la politique?

J’aimerais d’abord élaborer une Loi sur la concession, car cette loi, générale, est étroitement liée aux populations autochtones, notamment aux femmes. J’aimerais aussi promouvoir l’incorporation, dans la Loi électorale et relative aux partis politiques, d’un article qui établirait un quota de 30 pour cent de femmes. Sur ces 30 pour cent, au moins 50 pour cent seraient réservés à des femmes autochtones, et 50 pour cent à des femmes mestiza. De cette manière, je serais satisfaite de ma contribution à l’égalité. Cette mesure traiterait la question de la parité – parité entre femmes et hommes et parité entre femmes autochtones et femmes mestiza.

iKNOW Politics: A votre avis, quels sont les principaux obstacles auxquels sont confrontées les femmes autochtones en politique au Guatemala?

En premier lieu, il n’existe pas de normes claires en matière de promotion des femmes. Ensuite, je pense que les partis politiques ne sont pas démocratiques, et qu’ils sont très conservateurs. Ils ne font place qu’aux hommes, et ne sont généralement pas ouverts aux femmes et encore moins aux femmes autochtones. Il arrive que les partis invitent une dirigeante, mais ils ne lui donnent jamais de véritable pouvoir. Parfois aussi, les partis invitent des femmes qui disposent de ressources financières et peuvent les soutenir. Au Guatemala, il est très rare qu’une femme soit invitée uniquement pour ses capacités à diriger. Il y a d’autres restrictions, comme la culture et le facteur économique. On doit garder à l’esprit qu’il faut beaucoup de ressources pour mieux faire connaître les dirigeantes. Cela implique de financer les campagnes de publicité, ce qui me ramène à la nécessité de réviser la Loi électorale et relative aux partis politiques, pour que l’Etat finance la publicité de tous les partis politiques.

iKNOW Politics: Pour en revenir au facteur culturel, s’agissant des populations autochtones en général, et des Guatémaltèques en particulier, y a-t-il des restrictions imposées aux femmes, en particulier à celles qui sollicitent des positions dirigeantes? En tant que femme maya, vous avez occupé avec succès des positions dirigeantes, pouvez-vous dire à nos lectrices comment vous avez fait face à ces difficultés?

Oui, il y a des restrictions. Si une femme n’a pas l’occasion de sortir, si elle reste dans sa communauté et qu’elle ne connaît pas le mode de vie de la population mestizo, elle aura du mal à surmonter ces restrictions. Les femmes qui ont l’occasion de sortir et qui ont participé à la vie politique ou culturelle ou à d’autres domaines peuvent mettre en cause certaines choses. Dans mon cas, ma famille a soutenu mes choix. J’aimais la politique et heureusement, mon mari et mes enfants l’ont compris et m’ont soutenue. Je pense que c’est encourageant, non seulement pour les femmes qui ont du mal à participer à la vie politique, mais aussi pour les hommes. Aujourd’hui, les nouvelles générations, qui sont plus ouvertes au monde extérieur à nos communautés autochtones, demandent à participer, à s’extérioriser. À long terme, les choses changeront et les femmes autochtones participeront davantage aux structures communautaires et gouvernementales.

iKNOW Politics: Vous avez été membre de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones de 2002 à 2004. Dans le cadre de vos fonctions, vous vous êtes occupée des questions autochtones au niveau international. Bien que des progrès aient été effectués en matière de mécanismes internationaux pour la protection des populations autochtones, en particulier les femmes autochtones, pensez-vous que des entités comme l’Instance jouent véritablement un rôle important? Quelles sont les faiblesses qui subsistent dans le cadre international en ce qui concerne la protection des femmes autochtones, et notamment leur droit de participer équitablement à la prise de décision?

Je pense qu’il est temps que l’Instance permanente sur les questions autochtones donne leur place aux femmes qui participent à la politique. L’Instance devrait faire de cette question une priorité, et promouvoir les rencontres avec des politiciennes qui exercent des fonctions en Amérique latine et dans le monde, pour promouvoir un dialogue entre les femmes qui participent à ses activités. En plus de s’acquitter de son mandat, qui est réparti en six domaines de travail, l’Instance permanente devrait aussi inclure la sphère politique. Cette année, la priorité sera la question des changements et du réchauffement climatiques. L’année prochaine, la priorité pourrait être, par exemple, la manière de mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ou la manière de promouvoir la deuxième Décennie des peuples autochtones, sans négliger de surveiller la mise en œuvre de la Convention n° 169 de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants. L’Instance traite de nombreuses questions liées à la participation politique des femmes, mais ce thème n’est pas encore un domaine de travail précis. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de promouvoir le dialogue. Il faudrait aussi mettre davantage l’accent sur le renforcement des capacités des femmes. Beaucoup de femmes n’ont pas la possibilité de développer leurs compétences. L’Instance pourrait peut-être obtenir des fonds et promouvoir des accords continentaux pour rendre les femmes autochtones mieux à même d’exercer leur droit de participer à égalité à la vie politique.

iKNOW Politics: De quelle manière votre carrière a-t-elle été influencée par les réseaux et le fait d’établir des contacts? Pensez-vous que les réseaux vous ont été utiles? Que pensez-vous de l’initiative d’iKNOW Politics?

iKNOW Politics est un réseau très important. Les liens et l’échange d’expériences entre groupes de femmes permettent de tirer parti des connaissances, et servent aussi de point de départ aux femmes autochtones pour leurs stratégies communes. Si tous les réseaux avaient le même objectif, celui de renforcer les capacités des femmes, cela permettrait aux femmes des réseaux de dépasser le fait d’être dirigeantes dans leur domaine pour participer à la politique, par exemple en soutenant une femme autochtone qui se présente à une fonction. Imaginez que toutes les femmes d’Asie se disent: «Si Rigoberta Menchú se présente au Guatemala, pourquoi ne pas l’aider?»

Elles pourraient envoyer des messages de soutien et de solidarité. L’Equateur, où Nina Pacari est juge, est un autre exemple. Nous pourrions toutes l’aider et lui manifester notre solidarité. On pourrait faire de même pour d’autres femmes qui participent à la politique. Etre au pouvoir est extrêmement intéressant pour une femme, mais ce n’est pas encore très courant, et les réseaux de femmes et de femmes autochtones n’y consacrent que peu d’attention. Nous autres femmes, nous nous renforçons en nous soutenant mutuellement. Je pense que le renforcement des capacités des femmes doit être l’objectif principal de toute organisation fonctionnant en réseau.

iKNOW Politics: Quelles sont vos suggestions aux jeunes femmes, en particulier aux jeunes femmes autochtones, qui aimeraient s’engager dans la vie politique, mais la perçoivent comme un monde distant auquel elles ont peu de chances d’accéder?

Lorsqu’on s’engage en politique, on acquière une meilleure compréhension du pouvoir et l’on découvre que c’est là un objectif indispensable si l’on veut se faire entendre dans les décisions majeures. On porte un regard très différent de l’extérieur et de l’intérieur. Lorsqu’on est au cœur de la politique, on trouve une structure bien établie, et bien que cela soit un défi immense, ceux qui sont à l’intérieur doivent trouver un moyen de la rendre plus flexible et de la modifier. Lorsqu’on est à l’intérieur, on parle de changement, mais si l’on continue à parler de changement sans avoir le pouvoir, il ne se passera rien. Je voudrais inviter les femmes autochtones à relever le défi. Beaucoup de femmes autochtones préfèrent rester dans leurs organisations et y poursuivre leurs projets, mais ne passent pas à l’étape suivante. Grâce à nos organisations, nous pouvons demander des choses au gouvernement et faire des recommandations, mais nous sommes contrariées quand il ne réagit pas. Lorsqu’on est à l’intérieur du gouvernement, c’est différent. Même si l’on se heurte souvent à des lois qui nous entravent en tant que dirigeants, on peut avoir suffisamment de pouvoir pour susciter les changements dont nous avons besoin. Les femmes autochtones doivent participer à la sphère politique. Maintenant que je suis au Congrès, je me rends compte que nous sommes trop peu de femmes représentantes des peuples autochtones, ce qui rend nos actions et nos décisions trop difficiles. La raison en est que le parti qui dispose du plus grand nombre de membres élus est plus puissant. Par conséquent, je recommanderais à toute personne qui veut susciter des changements de participer sans avoir peur. Il est temps de participer à la politique.

iKNOW Politics: Pour finir, à quel degré estimez-vous l’importance du premier Forum international des femmes autochtones à Lima, Pérou, notamment dans son évaluation de la participation politique des femmes?

Tout d’abord, cette initiative était prise par des femmes organisées, et elle a donné l’occasion de prendre connaissance de nombreux progrès. J’ai de nombreuses années d’expérience du mouvement autochtone dans mon pays et en Amérique latine, et nous avons atteint un certain nombre d’objectifs. C’est là un fait indéniable et irréversible. Lors du séminaire, nous avons comparé nos expériences et renforcé nos stratégies dans chaque organisation, au sein du mouvement national et, bien sûr, en Amérique latine. Nous devons pourtant aborder d’autres questions. Il existe d’autres domaines, comme les politiques partisanes, que nous n’avons pas suffisamment abordés. Lors de cet événement, nous avons examiné non seulement les progrès réalisés, mais aussi les défis qui se posent. L’un de ces défis réside dans la nécessité de trouver davantage d’occasions directes d’échanger avec les autres groupes de femmes. Un autre défi consiste à renforcer le mouvement autochtone en Amérique latine, sur la base d’alliances entre nos groupes.

Nous devons toutes partager nos acquis et renforcer notre alliance. D’autre part, en dehors de la participation à ces espaces, les femmes autochtones sont confrontées à des difficultés dans leur famille et leur communauté. Enfin, le fait de s’engager dans le gouvernement est un défi crucial. Le jeu en vaut la chandelle, car nous avons une expérience qui repose sur des valeurs et des principes, et il devient alors beaucoup plus difficile de nous imposer une défaite. Le fait de participer à un parti politique ne signifie pas que l’on sacrifie ses principes et ses valeurs. Au contraire, cela signifie défendre ses principes dans l’espace politique. Lors du séminaire, nous avons examiné les faiblesses de nos organisations. Souvent, nos organisations ne peuvent subvenir à leurs besoins. Nous devons les rendre durables, afin qu’elles deviennent plus fortes. La coopération internationale contribue toujours à nos activités, mais les agences de coopération internationale doivent aussi unifier leurs stratégies pour encourager les initiatives et éviter la duplication des efforts.

Je crois que la coopération internationale doit être plus cohérente dans son soutien aux organisations féminines, et notamment aux organisations de femmes autochtones. Il y a 5 millions d’autochtones en Amérique latine. Je demanderais aux agences de coopération internationale de se consacrer davantage aux femmes autochtones et aux femmes d’ascendance africaine, afin que nous ayons aussi la possibilité de progresser là où les décisions sont prises et de renforcer nos capacités, nos compétences et notre potentiel intellectuel pour continuer à progresser.

 

 

 

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